1892 : la grève de Carmaux et Jean Jaurès - Maxicours

1892 : la grève de Carmaux et Jean Jaurès

Objectifs
  • Connaitre l'épisode de la grève de Carmaux.
  • Distinguer les deux voies qui se dégagent de cette grève : voie légale et voie radicale.
Points clés
  • La grève de Carmaux a eu valeur d’exemple pour tous les ouvriers de France. C’est un épisode fondateur de la prise de conscience par la classe ouvrière de sa force collective.
  • C’est aussi la « naissance » d’une figure du mouvement ouvrier, Jean Jaurès. Ce brillant défenseur des ouvriers continue son combat en étant élu plusieurs fois député, en créant le journal de la classe ouvrière, L’Humanité. Il est assassiné en 1914 alors qu’il essaie d’empêcher le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
1. Carmaux, une ville industrielle
a. Carmaux, petite ville, grande industrie

Carmaux, ville du Tarn


La ville de Carmaux se situe dans le Tarn, dans le sud de la France, au nord-est de Toulouse. En 1892, elle ne compte que 10 000 habitants.

Pour autant, c’est une ville industrielle importante car ses mines de charbon emploient 3 000 personnes en 1892, soit 30 % de la population de la ville. C’est aussi une ville industrielle en plein développement car on comptait seulement 2 000 ouvriers dans le charbon en 1880 à Carmaux.

Il existe aussi à Carmaux une industrie du verre depuis le XVIe siècle. Sa production est liée à l’exploitation viticole de masse dans le Midi. En 1890, elle comptait 800 employés. Elle fait partie de ces petites villes industrielles du sud comme Decazeville ou Alès.

b. Un monde ouvrier qui s'affirme

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le développement industriel de la France a pour conséquence la formation d’un nouveau groupe social : les ouvriers. Souvent mal payés, ils s’organisent et obtiennent de nouveaux droits sous différents régimes :

  • en 1864, sous Napoléon III, la loi Ollivier reconnait le droit de grève ;
  • en 1884, sous la IIIe République, la loi Waldeck-Rousseau autorise les syndicats.
Grève : arrêt collectif du travail pour porter une revendication portant sur les salaires, les conditions ou l’organisation du travail.
Syndicat : organisation de défense d’un groupe professionnel (ouvriers, agriculteurs, patrons).

Les ouvriers doivent s’organiser face à des patrons tout-puissants qui contrôlent non seulement la vie économique de villes ou de régions entières mais ont aussi un pouvoir politique. C’est un cas très répandu : Henri Schneider dirige les usines du Creusot dont il est maire. Il est par ailleurs conseiller général et député de Saône-et-Loire.

À Carmaux, le marquis de Solages est administrateur de la Compagnie minière et en même temps député.
Entre 1855 et 1914, 14 grèves sont organisées à Carmaux par les ouvriers. Les mineurs luttent en général pour améliorer leurs conditions de travail et leur salaire.

2. Le conflit et la grève de 1892
a. Les raisons de la grève

Jean-Baptiste Calvignac, un employé de la mine, ouvrier et syndicaliste, a été élu maire de Carmaux en 1892. Cette élection est un camouflet pour le marquis de Solages.

Camouflet : défaite humiliante.

Quelques semaines plus tard, il est renvoyé par la Compagnie en raison de ses absences. Or celles-ci sont liées à son nouveau mandat de maire pour lequel il a besoin de temps.

Ce renvoi injustifié d’un ouvrier travaillant depuis 20 ans pour la Compagnie provoque une réaction de solidarité spontanée : 3 000 ouvriers se mettent en grève et demandent la réintégration de Calvignac.

Habituellement, les ouvriers faisaient la grève pour leur salaire ou leurs conditions de travail. C’est une des premières grèves ayant un motif politique, ce qui montre que les ouvriers ont compris l’importance et la nature de leur pouvoir. Ils sont aidés et soutenus par un jeune professeur de philosophie de 33 ans, Jean Jaurès.

Brillant orateur, il a été élu député en 1885. À cette époque, il n’est pas socialiste et ne soutient pas particulièrement les ouvriers. C’est la grève de 1892 qui en fait un ardent défenseur de la cause ouvrière.

Jean Jaurès lors d'un meeting socialiste, parle aux mineurs de Carmaux, illustration
b. La résolution du conflit

Devant l’ampleur et la durée du conflit, le baron Reille, président du conseil de d’administration de la Compagnie, demande l’arbitrage du président du Conseil, Émile Loubet.

Président du Conseil : sous la IIIe et la IVe République, équivalent du premier Ministre.

Ce dernier envoie l’armée pour contenir la grève, mais il convoque aussi un arbitrage, c'est-à-dire une négociation entre les deux camps. C’est un premier pas pour les ouvriers qui se rendent compte que leur action collective et leur unité permettent la discussion.

Lors de la grève des mineurs de Carmaux, les gendarmes affichent l'arrêté du préfet interdisant les attroupements, gravure


À l’issue de ce mouvement de grève, Calvignac est réintégré et les ouvriers grévistes sont réembauchés. Le marquis de Solages est contraint de démissionner de son mandat de député.

3. Les conséquences de la grève
a. La voie légale

Le gouvernement vote le 27 décembre 1892 la loi sur la conciliation et l’arbitrage facultatif en matière de différends collectifs entre patrons et ouvriers ou employés. C’est une première tentative de mettre sur pied des procédures de règlement pacifique des conflits collectifs du travail.

Par ailleurs, le siège de député de Solages étant vacant, Jaurès se présente. Massivement soutenu par les ouvriers de Carmaux, il est élu avec une large avance.
C’est la première grande victoire d’un candidat socialiste et du mouvement ouvrier sur le patronat.

b. La voie radicale

Certains ouvriers jugent que la victoire est insuffisante et que les ouvriers ne seront pas libérés de la domination du patronat par la négociation.
Ils veulent lutter contre toute forme de domination (de l’État, de la religion, de l’armée), y compris par la violence. On appelle ce mouvement politique l’anarchisme.

Le 8 novembre 1892, un anarchiste de 19 ans, Émile Henry, dépose une bombe dans l’immeuble de la Compagnie des mines de Carmaux à Paris. La bombe est découverte et transportée au commissariat du quartier où elle explose, faisant six victimes.

Explosion dans un commissariat de Paris faisant 6 morts, couverture du Petit Journal, 19 octobre 1892

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