Mesurer la mobilité sociale - Maxicours

Mesurer la mobilité sociale

Comment rendre compte des déplacements des individus dans l’espace social et quels enjeux se cachent derrière les instruments de mesure ?
1. L'instrument privilégié : les tables de mobilité
a. Le principe de construction
Les tables de mobilité sont construites à partir des données des enquêtes emploi de l’INSEE. Ces enquêtes périodiques permettent de mesurer la mobilité intergénérationnelle. On interroge les hommes âgés de 40 à 59 ans sur leur activité professionnelle et on leur demande ce que faisaient leurs pères. Ces tables ne peuvent donc être réactualisées que sur une longue période (à court terme, les situations restent les mêmes, il faut interroger des générations différentes).
Il y a une périodicité d’environ 8 à 10 ans.
b. Les tables de mobilité de 2003
À partir des données recueillies, on peut construire deux tables différentes :


La table d’origine met en valeur ce que faisaient les pères des actifs interrogés. Le premier chiffre montre donc qu’en 2003, sur 100 agriculteurs exploitants âgés de 40 à 59 ans, 81 avaient un père lui-même agriculteur exploitant. Dans ce cas-là, la table se lit en ligne (le total est au bout de chaque ligne).
La dernière ligne représente quant à elle la structure socioprofessionnelle de l’époque des pères. On peut y lire que les agriculteurs représentaient 11 % des actifs et les cadres 10 % du total.

La table de destinée met plutôt en valeur ce que sont devenus les fils. Elle est néanmoins construite à partir des mêmes données brutes. Dans notre présentation, la table se lit en colonnes :


Le premier chiffre se lit donc ainsi : en 2003, sur 100 fils d’agriculteurs exploitants, 21 le sont devenus à leur tour.
La dernière colonne mesure alors la répartition des actifs à la génération des fils, c'est-à-dire ici en 2003. On voit que les agriculteurs exploitants ne représentent plus que 3 % des actifs contre 16 % de cadres. La comparaison avec la ligne ensemble de la table de recrutement permet donc de mesurer l’évolution de la structure socioprofessionnelle entre deux générations.

Cette table permet de calculer des coefficients de passage. Si la mobilité sociale était parfaite, chaque individu devrait avoir les mêmes chances d’obtenir une certaine position sociale. Ainsi, la probabilité d’être agriculteur devrait être de 3 % quelque soit l’origine sociale. Or, on voit que les enfants d’agriculteurs sont 21 % à le devenir, donc une probabilité 7 fois plus forte (21/3). On peut ainsi mesurer les inégalités dans la mobilité sociale.
2. Les enjeux de la mesure de la mobilité
a. Les critiques des tables de mobilité
Ces tables de mobilité ne sont pas des instruments parfaits car :

• elles ne prennent en compte qu’une partie de la population : les hommes âgés de 40 à 59 ans. Cela s’explique par le fait qu’à partir de 40 ans les trajectoires professionnelles se sont à priori stabilisées ;

• la mobilité sociale n’est pas mesurée pour les femmes. Les explications sont nettes : les femmes ne sont rentrées sur le marché du travail massivement qu’à partir des années 1960 et se sont concentrées dans la catégorie « employés » du fait de leur faible niveau de diplôme à l’époque. Cela n’est donc pas représentatif d’une certaine mobilité sociale vis-à-vis de leurs pères. Les futures tables de mobilité devront intégrer ce paramètre néanmoins ;

• les actifs concernés sont des hommes français. Les étrangers sont exclus du fait de la structure socioprofessionnelle différente dans leur pays d’origine (pour eux ou pour leurs pères à cause d’un niveau de développement différent notamment) ;

• les générations interrogées sont en décalage avec la situation actuelle du marché du travail. Au mieux, les hommes âgés de 40 ans en 2003 sont entrés dans la vie active dans les années 1980 et ceux de 59 ans dans les années 1960. La mobilité observée est donc en grande partie encore celle de la fin des Trente Glorieuses et ne représentent pas des tendances récentes (la montée de la précarité par exemple qui fragilise les trajectoires sociales).
b. Que constate-t-on dans ces tables ?
La mobilité observée est plutôt faible aux extrémités du spectre social. Si on regarde la table de destinée, 21 % des fils d’agriculteurs sont devenus eux-mêmes agriculteurs (alors qu’ils ne représentent plus que 3 % des actifs), 32 % des fils d’ouvriers le sont restés et 45 % des fils de cadres ont la même profession que leurs pères. On peut plutôt parler de reproduction sociale pour ces catégories.
Même s’il y a mobilité pour les fils d’agriculteurs ou d’ouvriers, elle s’explique d’abord par des raisons structurelles (la baisse des effectifs dans le secteur primaire et secondaire) et on va les retrouver chez les ouvriers (pour 22 % des fils d’agriculteurs) ou les employés (pour 23 % des fils d’agriculteurs et 33 % des fils d’ouvriers).

La mobilité est plus importante pour les classes moyennes du secteur tertiaire. Ce sont ces catégories qui ont profité d’une certaine mobilité ascendante lors des Trente Glorieuses. On constate que le destin des fils d’employés s’écrit en partie chez les professions intermédiaires (29 %) ou les cadres (15 %). Ceux qui avaient un père de profession intermédiaire se retrouvent en partie chez les cadres (24 %).

La mobilité au sein de la catégorie artisans, commerçants et chefs d’entreprise est plus difficile à analyser. On retrouve des fils dans toutes les PCS notamment du fait de la baisse du nombre de professions indépendantes depuis la fin des Trente Glorieuses.
L'essentiel
Les tables de mobilité sont donc un outil pour rendre en partie compte de la mobilité sociale des individus. Mais ces tables sont limitées car elles ne prennent en compte qu’une partie de la population et ne reflètent pas la situation actuelle. On constate cependant que la mobilité sociale ne concerne qu’une partie des individus et qu'il est plus pertinent de parler, pour les autres, de reproduction sociale.
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