La résistible ascension d'Arturo Ui, Bertold Brecht - Cours de Français Terminale L avec Maxicours - Lycée

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La résistible ascension d'Arturo Ui, Bertold Brecht

Objectif : connaître les préceptes de l'art dramatique selon Bertold Brecht et leurs mises en pratique dans une de ses pièces emblématiques, La Résistible ascension d'Arturo Ui.
1. Bertold Brecht : quelques éléments de biographie
Né en 1898 à Augsburg, Bertold Brecht ne se destine pas à la littérature mais à la médecine. Il est mobilisé à la fin de la Première Guerre Mondiale en tant qu'infirmier et y écrira sa première pièce, Baal qui sera jouée à peine 4 ans plus tard. C'est en revenant du front qu'il abandonnera la médecine pour la littérature.

Il va travailler à Berlin en tant que dramaturge au Deutsches Theater et connaît assez vite le succès, notamment avec sa pièce L'Opéra de quat'sous. A cette époque, il embrasse publiquement les idées marxistes, et voit d'un mauvais œil la montée du fascisme en Allemagne. Il décide de s'exiler après l'incendie du Reichstag.

Il perd la nationalité allemande en 1935 et vivra successivement à Prague, à Vienne, à Copenhague et même en Finlande. Ses œuvres seront naturellement interdites et brûlées par les nazis. Son exil correspond aussi à sa plus grand période de création : Grandeur et Misère du Troisième Reich, Mère Courage, La Vie de Galilée, Le Cercle caucasien.

Dès 1940, il va vivre aux Etats-Unis. C'est là qu'il rencontrera Fritz Lang avec qui il collaborera. Mais la société capitaliste ne plaît guère à l'esprit marxiste de Brecht. Il n'hésite pas à critiquer cette terre d'accueil, s'intègre mal et rechigne à parler l'anglais. Il va même être suspecté par la Commission des activités anti-américaines en 1947 et sera contraint à nouveau à l'exil.

Toujours interdit de résidence sur le sol de l'Allemagne de l'Ouest, Brecht s'installe à Berlin Est où il va fonder avec son épouse le Berliner Ensemble et y restera jusqu'à sa mort, en 1956.

2. Une véritable doctrine de l'art dramatique
Dans ses Ecrits sur le théâtre, Bertold Brecht pose clairement les bases de sa doctrine théâtrale qui consiste avant tout en l'émergence d'une nouvelle forme dramaturgique : le théâtre épique. La fonction principale est claire : éveiller la conscience critique du spectateur.
La fonction épique du théâtre se définit selon Brecht en opposition à la forme dramatique : le genre épique est avant tout narratif, et fait du spectateur un observateur, mais pas un observateur passif car il va devoir se tenir en éveil pour saisir le message que veut lui lancer le dramaturge. L'homme doit étudier la situation qui lui est soumise sur scène. Il peut agir sur lui-même en comprenant ce qu'il peut changer. L'homme n'est donc pas défini comme immuable mais comme un processus en cours d'évolution.

Brecht développe la notion qui va fonder la caractéristique de sa théorie : l'effet de distanciation. Cette notion se situe à la frontière de la politique et de l'esthétique. Ce principe de distanciation repose sur la capacité à faire percevoir un personnage, un objet, un processus tout en le rendant insolite, étrange.

Dans la mise en scène, cet effet de distanciation se traduit par la suppression des effets d'illusion, en accentuant le caractère artificiel de la représentation.
Le texte doit souligner les contradictions du personnage, l'acteur exagère l'artificiel de la diction, il doit donner son personnage à voir en même temps qu'il le joue. Un acteur incarne plusieurs rôles, simultanément ou successivement. Parfois, un narrateur peut intervenir, mais d'ailleurs, chaque personnage peut devenir narrateur et s'adresser au public, dévoilant ainsi le jeu de la double énonciation. Enfin, des commentaires peuvent venir interrompre l'histoire, ruinant davantage si besoin était l'illusion théâtrale.

3. Arturo Ui ou la mise en scène du fascisme
L'œuvre de Brecht est très politisée. Ses poèmes de jeunesse étaient clairement anarchistes, mais il a ensuite succombé aux sirènes du marxisme et l'on retrouve sur scène la lutte des classes. Son ennemi principal est le fascisme, et l'on sait quels déboires cela lui a coûté.

Arturo Ui est une pièce extrêmement connotée politiquement puisque le personnage éponyme n'est qu'un ersatz d'Hitler, comme toute la mise en scène tend à le souligner.

Dès le prologue, l'esthétique brechtienne s'impose ; dans un décor minimaliste (un rideau sur lequel des titres de journaux annoncent déjà les grands événements de la pièce) le Bonimenteur assure la présentation des personnages et de l'intrigue, sans chercher à créer l'illusion théâtrale : « Chers spectateurs, nous présentons – vos gueules un peu, dans le fond ! Chapeau là-bas, la petite dame !- Des gangsters l'historique drame ».
Les personnages apparaissent un à un durant le prologue, à l'évocation de leur nom : Hindsborough, Dollfoot, et même le personnage éponyme, Arturo Ui passent sur scène.
Ce dernier est déjà présenté plus en détails : « Et voici, curiosité unique,/ Le gangster des gangsters, le tristement célèbre Arturo Ui, fléau que le ciel en colère /Envoya nous punir de nos iniquités,/ Nos crimes, nos erreurs et notre lâcheté ! »

La volonté du dramaturge est très clairement énoncée : « Tout est représenté en grand style tragique,/ Mais sans quitter d'un pas le réel authentique. /Nous ne vous montrons pas une fiction nouvelle,/ Rien d'inventé ou bien d'imaginaire,/ D'expurgé, de refait afin de mieux vous plaire./ Ce que nous vous montrons est partout bien connu. »

L'intrigue est relativement simple, malgré une apparence foisonnante de personnages. Arturo Ui, gangster sur le déclin et en mal de « gros coups » déprime, en attendant de pouvoir faire son grand retour sur la scène du crime. Ses fidèles (comme Roma, Gobbola) commencent à douter de sa témérité.
Se présente alors l'occasion rêvée : Hindsborough, notable de 80 ans, respecté de tous, aurait été acheté par le puissant Trust du chou fleur. Arturo Ui va faire chanter le vieil homme : il tait sa vilenie si celui-ci accepte qu'il donne sa « protection » aux marchands et distributeurs de légumes, moyennant 30% de leurs revenus. Le procédé est simple et digne d'Al Capone.

Regonflé par cette aubaine, Arturo Ui retrouve là confiance et pouvoir. Il prend des cours avec un acteur, pour apprendre à bien se tenir, assis et debout, et pour perfectionner la diction (sur un discours de Marc–Antoine !) qui servira bientôt ses discours de propagande.
Ce passage est extrêmement représentatif de l'esprit de Brecht : il nous montre là les artifices de « fabrication » de l'acteur tragique, comme ceux du futur dictateur. L'analogie est d'autant facile à faire que des écriteaux viennent aiguiller le spectateur : « D'après certains bruits, Hitler recevait d'un acteur de province nommé Basile des leçons de déclamation et de maintien. »

Toute la pièce se comprend comme une parabole de la montée du nazisme. Ceux qui tentent de résister, même au sein du « Trust », sont éliminés. Le vieil Hindsborough lui-même ne fera pas long feu, laissant derrière lui un testament qui lègue tout à Arturo Ui !
Même l'unique femme à avoir un rôle un peu étoffé, Betty Dollfoot, dont l'époux sera assassiné par les hommes de Ui, essaie de résister à l'ascension du gangster, dénonce ses actes de violence, avant de se rallier à lui, probablement sous la pression, dans la toute fin de la pièce.

Quelle est l'intention de Brecht ici ? Le spectateur doit voir devant lui, sur scène, les mécanismes qui mènent au pouvoir le plus odieux criminel. L'auteur dénonce la soumission des hommes, qui auraient pu empêcher cette ascension et finalement laissent le destin s'accomplir.
De la même manière, les écriteaux scandent les scènes en rappelant les étapes de l'ascension d'Hitler au pouvoir. La pièce s'achève sur le triomphe d'Arturo Ui, qui n'est plus désormais entouré que de gens dévoués à sa cause. La terreur s'est installée, plus rien ne peut l'arrêter. Il est trop tard. Et son dernier discours n'a plus rien des balbutiements des premières répliques, le gangster a maintenant l'assurance des chefs : « Cicero, Chicago crient aussi pour qu'on les protège. /D'autres villes aussi (...) Aucun « hou » de mépris, /Aucun « Que c'est vilain ! » n'arrête Arturo Ui ! »

Le prologue, si besoin était, tombe comme un dernier avertissement de l'auteur :
« Vous, apprenez à voir, au lieu de regarder/ Bêtement. Agissez au lieu de bavarder./ (allusion ici à l'opposition entre le théâtre dramatique et le théâtre épique) Voilà ce qui a failli dominer une fois le monde. /Les peuples ont fini par en avoir raison. Mais nul ne doit chanter victoire hors de saison:/ Le ventre est fécond, d'où a surgi la chose immonde. »

L'essentiel

Bertold Brecht a posé les bases d'un art dramatique nouveau, destiné non pas à divertir mais à former les esprits des hommes pour leur permettre d'agir sur leur destinée. Son théâtre doit développer la conscience politique de chacun, mais dans le sens de l'idéologie qui était la sienne, marxiste d'inspiration. La résistible ascension d'Arturo Ui est à la fois une illustration très probante de son théâtre épique, mais aussi un manifeste anti-nazi très clair.

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