La loi est-elle un obstacle à notre liberté ? - Cours de Philosophie avec Maxicours - Lycée

01 49 08 38 00 - appel gratuit de 9h à 18h (hors week-end)

La loi est-elle un obstacle à notre liberté ?

1. Qu'est-ce qu'une loi ?
a. Sens général du mot « loi »
La loi renvoie de façon générale à un principe ayant une valeur universelle. Mais il faut distinguer deux types de lois.
b. Les lois naturelles ou scientifiques
Les lois de la nature sont les principes universels selon lesquels se produisent nécessairement les phénomènes naturels : ceux-ci constituent l'objet propre des sciences de la nature. Telle est par exemple la loi de l'attraction universelle de Newton. Ce sont des lois constatives ; elles renvoient à ce qui, en fait, est ou advient dans la nature : « Les lois de la nature, dit Kant, ne traitent que de ce qui arrive » effectivement et universellement.
c. Les lois morales, juridiques ou politiques
Ces lois sont aussi des principes universels ; mais ils nous disent, non ce qui est, mais ce qui doit être. Kant dit que ce sont « les lois objectives de la liberté, qui expriment ce qui doit arriver ». Ce sont des lois prescriptives, qui énoncent un devoir ou une obligation. auxquels cependant les individus ne se conforment pas nécessairement. Par exemple, la loi morale et le Code civil interdisent le mensonge, le Code pénal interdit le vol ; cela n’empêche pas toutefois que des gens mentent, ou que des vols se produisent.
2. Liberté, loi naturelle et déterminisme
a. L'idée de loi naturelle semble exclure absolument celle de liberté
Si les lois naturelles sont universelles et nécessaires, alors elles énoncent ce qui advient partout et toujours et ne saurait advenir autrement : la loi de l'attraction universelle n'admet nulle exception et il est impossible qu'aucun corps dans l'univers échappe à cette nécessité. Or l'homme, s'il est en partie un être naturel, n'est-il pas en même temps, par conséquent, soumis à l'ensemble des lois naturelles ? La liberté humaine n’est-elle pas, alors, remise en cause ? Le problème de la librté renvoie implicitement au problème du déterminisme, suivant lequel tout événement est l'effet nécessaire d'une cause antérieure. Si des lois naturelles régissent le comportement des hommes, alors on ne peut pas considérer que ceux-ci sont libres. Les deux notions de « liberté » et de « déterminisme » s’opposent.
b. Peut-on échapper à la nécessité ou au déterminisme ?
L'homme, parce qu'il n'est pas seulement un être naturel, mais aussi un être doué de conscience et de raison, peut cependant échapper à cette nécessité. Tout d'abord, grâce à ses capacités scientifiques et techniques, il est susceptible de connaître et de maîtriser la nature, ou d’utiliser les lois naturelles pour servir son intérêt. Leibniz écrit, dans la « Théodicée » (« Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal », 55 - 1710) : « L’effet étant certain, la cause qui le produira l’est aussi ; et si l’effet arrive, ce sera par une cause proportionnée (...) L’on voit donc que la liaison des causes et des effets, bien loin de causer une fatalité insupportable, fournit plutôt le moyen de la lever ». En fait, Leibniz ne renonce ni à l’idée de déterminisme (ou de « providence »), ni à celle de liberté. Certes, nous ne sommes pas libres – mais le savoir nous permet de conquérir notre part de liberté. Connaître les lois de la nature, ou encore les causes qui nous déterminent, permet par conséquent d'échapper aux contraintes que ces lois nous imposent d'abord.
3. La liberté et les lois
a. Les lois renvoient à des obligations, non à des contraintes
On estime communément que la liberté implique l'absence de toute loi, dans la mesure où la loi est assimilée à la contrainte. IL importe cependant de distinguer la contrainte de l'obligation. La contrainte implique une force (physique ou morale) qui en tant que telle supprime tout choix et nous amène à faire malgré nous ce que nous ne voulons pas ; si quelqu'un me demande de le suivre sous la menace d'une arme, je suis alors contraint de le suivre. L'obligation au contraire nous indique ce que nous devons faire, mais nous ne sommes nullement contraints de faire : nous avons le choix d’obéir ou non. Nous savons que « nous ne devons pas mentir », c'est là une loi et une obligation morale, ce qui n'empêche pas que nous mentions parfois. Si la contrainte supprime la liberté, au contraire l'obligation la suppose : les lois morales ou juridiques obligent, mais ne contraignent pas.
b. Rousseau : « Il n'y a pas de liberté sans lois »
Les lois morales ou juridiques non seulement n'excluent pas la notion de liberté, mais encore sont nécessaires pour qu'advienne une liberté authentique. Du point de vue individuel, une liberté qui consiste à faire absolument tout ce que l'on veut, de façon irrationnelle, nuit à l’individu lui-même. Du point de vue politique, la liberté ne peut pas non plus consister à faire ce que l’on veut : « On a beau vouloir confondre l’indépendance et la liberté, ces deux choses sont si différentes que même elles s’excluent mutuellement. Quand chacun fait ce qu'il lui plaît, il fait souvent ce qui déplaît à d'autres » (Rousseau, « Lettres écrites de la montagne. Huitième lettre. -1764- ) La liberté conçue comme indépendance serait, au sein de la société, source de conflits et de nuisances réciproques. C’est pourquoi, dans le même passage, Rousseau affirme que « la liberté sans la justice est une véritable contradiction. (…) Il n’y a donc pas de libertés sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois. »
c. La notion d'autonomie
La liberté consiste alors en une capacité de se donner à soi-même des lois rationnelles : la liberté est autonomie (auto : « soi-même » ; nomos : « loi »). Pour l'individu, la liberté véritable consiste, selon Kant, à agir suivant les lois morales universelles, et non selon des motifs sensibles : être libre, c'est être autonome, c’est donc agir conformément aux lois morales que notre raison a conçues. Dans le même registre, un peuple libre est un peuple autonome, qui se donne à lui-même les lois auxquelles il acceptera de se soumettre : tel est le sens du « contrat social » par lequel, selon Rousseau, les individus s'unissent et mettent en commun leurs forces et leurs volontés, de sorte que la « volonté générale » du peuple décide des lois nécessaires au bien commun, dont les individus seront tout à la fois, alors, les auteurs et les sujets.
Pour aller plus loin

Kant, Critique de la Raison Pure (1781), Méthode transcendantale, Aubier, pp. 656-657 : sur la distinction entre les lois de la nature et les lois de la liberté, ou entre être et devoir-être.
Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, II, (1785) Garnier-Flammarion, pp. 112-117 : sur la notion d'autonomie et de loi morale.
Rousseau, Lettres écrites sur la Montagne, VIII (1764) : le philosophe explique pourquoi la liberté ne saurait être seulement conçue comme «indépendance», et implique nécessairement une obéissance non pas à des «maîtres» mais à des lois.
Rousseau, Contrat social, I, 6 (1762) : sur l'idée de contrat social et de volonté générale comme étant à l'origine des lois, qui seules constituent une liberté politique véritable.
Hobbes, Léviathan, XIII (1651) : sur l'idée d'état de nature, état dans lequel se trouve l’homme quand l’État n’existe pas -et sur les raisons pour lesquelles cet état selon lui ne saurait être qu'un «état de guerre».

Comment as-tu trouvé ce cours ?

Évalue ce cours !

 

Découvrez
Maxicours

Des profs en ligne

Géographie

Aidez votre enfant à réussir en histoire des arts grâce à Maxicours

Des profs en ligne

  • 6j/7 de 17h à 20h
  • Par chat, audio, vidéo
  • Sur les 10 matières principales

Des ressources riches

  • Fiches, vidéos de cours
  • Exercices & corrigés
  • Modules de révisions Bac et Brevet

Des outils ludiques

  • Coach virtuel
  • Quiz interactifs
  • Planning de révision

Des tableaux de bord

  • Suivi de la progression
  • Score d’assiduité
  • Une interface Parents