L'expérience divisionniste
Depuis Georges Seurat (1859-1891), son instigateur, jusqu'à Signac, le divisionnisme produit des oeuvres dans lesquelles Matisse voit tout à la fois un retour du classique dans l'ordonnancement très strict de la composition et un moyen de maîtriser ses épanchements de couleurs, afin de communiquer au mieux son « sentiment ».
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Doc. 1. Poseuse de face de Georges Seurat |
Matisse dira : « mettre de l'ordre entre les couleurs, c'est mettre de l'ordre dans ses idées ». Il a aussi pressenti, comme les divisionnistes, que la représentation objective de la réalité, le rendu de la fugacité d'une impression ne lui permettront pas d'exprimer sa propre perception de la lumière et des couleurs. En ce sens, Matisse trouve un écho dans les écrits de Signac, qu'il lit probablement dès 1899 et qu'il rencontre en 1901.
Toujours empêtré dans des difficultés financières, il accepte l'invitation de Signac à le rejoindre dans sa villa de Saint-Tropez pour l'été.
Henri-Edmond Cross (1856-1910), autre peintre et théoricien du divisionnisme, s'y trouve aussi.
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Doc. 2. La chaîne des maures de Henri Edmond Cross |
Et Matisse retrouve là, pour la première fois depuis plus de cinq ans, la lumière du Sud. Il est à nouveau ébloui, mais il va tenter cette fois-ci d'ordonner, de construire sa sensation colorée, sur les conseils de Signac et de Cross.
Il a déjà peint en 1899 Nature morte, buffet et table, suivant ce qu'il pense alors avoir compris du divisionnisme : compréhension encore lacunaire et expérience sans suite. Désormais, les maîtres du divisionnisme sont là pour l'aiguiller, mais il ressent aussitôt qu'il ne peut pas s'en remettre entièrement à la théorie. Il lui faudrait pour cela brider un instinct qui l'incite à une utilisation plus libre de la couleur. C'est donc au contact de Signac qu'il mesure ce qui l'en sépare (et ce qui le rapproche de Cézanne !).
Pour autant, Matisse a compris, par le biais de ses multiples tâtonnements, dont le recours au divisionnisme n'est que le dernier avatar, ce qui le constitue, ensemble avec son amour de la lumière et de la couleur : le besoin de mesure et d'apaisement. C'est à travers cela qu'il faut comprendre la plus importante des toiles qu'il peint cet été-là.
L'admiration que lui voue Matisse tient au fait qu'ils pourraient, l'un comme l'autre, s'abandonner à la volupté et à l'apaisement des sens plutôt qu'à l'évocation des malheurs du monde. Matisse n'est sans doute pas aussi déchiré que Baudelaire, mais il le comprend.
Le tableau est traité à la manière du divisionnisme, mais la touche est plus large et irrégulière que dans le divisionnisme pur : elle est relativement libre.
Matisse semble avoir voulu laissé à ses couleurs leur autonomie, quand le divisionnisme pur s'appuie sur l'exaltation d'une touche (d'un point) de couleur dominante par une touche de « couleur-contraste » qui lui est soumise.
Le thème hédoniste, la tranquillité lumineuse et sensuelle, les arabesques dessinées par les corps, la stabilité de la composition parlent pour Matisse de son tempérament, partagé entre l'excès et la mesure, cette dernière finissant par l'emporter.
Et c'est naturellement qu'il se tourne, à nouveau, vers Cézanne, qu'il considère comme étant le type même du peintre instinctif, qui avant toute chose s'en remet à ce qu'il ressent.
Le séjour à Saint-Tropez et la brève expérimentation du divisionnisme se fera d'ailleurs en parallèle avec une poursuite de ses recherches d'après Cézanne, en témoignent les deux oeuvres peintes le même été : Nature morte dite au purro I et II, l'une à la manière pointilliste, l'autre « cézannienne ».
Matisse sait devoir tout explorer pour mieux se trouver. C'est fort de cette certitude qu'il s'intéresse au divisionnisme, de la même manière qu'il a étudié les grands maîtres de la tradition dans les musées et qu'il s'est exercé à l'impressionnisme.
La fréquentation des peintres divisionnistes Signac et Cross à Saint-Tropez aura ceci d'exceptionnel qu'il faudra peu de temps à Matisse pour ressentir les limites de leurs théories. L'ordre que celles-ci prétendent rendre à la peinture post-impressionniste est trop réducteur pour Matisse, car il n'y est question que d'optique et de perception physique.
C'est l'expression du sentiment que recherche Matisse, et la peinture divisionniste paraît souvent bien désincarnée. Cependant, faisant ainsi la preuve de sa capacité à tirer de toute expérience une leçon valable, c'est bien par le biais du divisionnisme, utilisé comme repoussoir, que Matisse entrera dans sa période fauve.

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