L'Empire français au moment de l'Exposition coloniale de 1931 - Maxicours

L'Empire français au moment de l'Exposition coloniale de 1931

L'apogée de l'Empire colonial français se situerait en 1930-31 avec les organisations des fêtes du Centenaire de l'Algérie française et de l'Exposition coloniale de Paris. Cette dernière célèbre, pour la IIIe République, l'affirmation du succès de la colonisation. Il s'agit pour le régime de faire partager auprès du plus grand nombre les bienfaits de l'impérialisme.
1. L'Exposition coloniale : quelle représentation de la colonisation donnée par le régime républicain ?
L'Exposition coloniale est ouverte à Paris en mai 1931 et se tient jusqu'au mois de novembre. Elle est organisée avant tout dans deux buts : glorifier la colonisation et mettre en avant les progrès économiques dus à la colonisation.
a. Une organisation fastueuse
Le premier but de l'exposition est de glorifier la colonisation. L'Empire colonial est à cette date au maximum de son extension, il s’agit de le faire connaître et aimer par la population.

Doc. 1. Exposition coloniale, 1931


1931 est l'année coloniale par excellence, l'apogée d'une République alors second empire au monde derrière la Grande-Bretagne. Les possessions françaises couvrent plus de 12 millions de km² et comptent plus de 63 millions d'habitants répartis sur tous les continents.
L'organisation de l'Exposition coloniale, qui doit incarner la gloire de cet Empire, nécessite un projet à la hauteur de l'ambition. Le maréchal Lyautey est chargé de le mener à bien. Son vœu est de dépasser, par l'ampleur des réalisations, l'exposition britannique de Wembley en 1924. Pour cela, la ligne 8 du métro parisien est prolongée, on édifie le Palais de la Porte Dorée pour recevoir le Musée permanent des colonies, on réalise les pavillons de chaque colonie et pays invité.

Doc. 2. Exposition coloniale : vue du pavillon de la Belgique (illustration du Petit Journal)


Surtout, le parc zoologique de Vincennes est conçu afin de recevoir les animaux de toutes les contrées. Le bois est orné de palmiers dattiers, des villages indigènes sont reconstitués. L'organisation doit être à l'image d'un voyage dans le monde colonial, un spectacle d'art.
b. Le regard transmis sur l'oeuvre colonisatrice
Il s'agit, à travers cette exposition, qui sur sept mois rassemble 6 millions de Français, d'insister sur les réalisations de ce que Lyautey nomme « la politique indigène ».
Le gouvernement républicain met en avant les progrès économiques dus à la colonisation. Il faut convaincre que l'Empire contribue à épauler l'économie, qu'il soutient la puissance de la métropole à une période où la crise débute. Il convient surtout de faire prendre conscience aux Français, qui ignorent encore largement la réalité de cet Empire à cette date, que le régime conduit dans les colonies une mission civilisatrice.

La cité des informations et le musée des colonies présentent l'œuvre coloniale de la France. On insiste sur les réalisations en matière d'urbanisation, de constructions de routes, de ponts, de voies de chemins de fer ou de bâtiments administratifs. Des expositions de photographies mettent en avant la construction des écoles, l'enseignement apporté aux populations mais aussi les progrès en matière d'hygiène, de santé publique. Il faut convaincre des bienfaits apportés par les « lumières » de la civilisation occidentale. Il est évident que cette mise en scène s'assimile à de la propagande et que la réalité de la colonisation est tout autre.
2. Quelles réalités de la colonisation ?
a. Une exploitation économique des colonies et des populations
Les colonies françaises sont avant tout des colonies d'exploitation : il s'agit d'exploiter les richesses du pays, le peuplement d'origine métropolitaine est faible. L'économie locale est centrée sur l'exportation des matières premières au bénéfice des colons et des entreprises du pays colonisateur.

Les intérêts de la France priment au détriment des droits des populations indigènes qui sont soumises au travail forcé. Ainsi, le chemin de fer Congo-Océan, situé dans la République du Congo et qui relie le port de Pointe-Noire, sur l'océan Atlantique, à Brazzaville, sur le fleuve Congo, est construit entre 1921 et 1934, au prix de 20 000 morts victimes du travail forcé.

Ce n’est pas le discours tenu par cette Une du Petit Journal datée de 1924 :

Doc. 3. La Une du Petit Journal (1924) qui illustre la construction du chemin de fer sans évoquer le travail forcé des populations indigènes

b. Oppression culturelle et domination politique
Le principe de l'assimilation guide théoriquement l'action coloniale française. Il s'agit, dans le discours officiel, de supprimer toute différence entre métropole et colonie et, selon ce principe, de considérer les populations indigènes comme des citoyens à part entière.
Dans la réalité, le statut de l'indigénat cantonne ces populations dans un statut inférieur à celui des populations de métropole. La domination française s'accompagne d'une acculturation des peuples colonisés : les cultures et solidarités tribales traditionnelles sont étouffées au bénéfice de la culture occidentale. On lutte contre les croyances ancestrales par le biais de l'évangélisation, mais aussi contre les habitudes et les modes de pensée. On impose également la langue, sans se soucier des bouleversements, des déchirements que l'on provoque.

Il n'est bien sûr pas rendu compte de cette violence directe ou indirecte dans le cadre de l'Exposition coloniale. L'image donnée de la colonisation se veut exclusivement positive. Cependant, à côté de cette propagande officielle, de plus en plus de voix s'élèvent contre un processus jugé incompatible avec les valeurs de la démocratie et des droits de l'homme.
3. Le crépuscule de l'Empire colonial
La période de l'Entre-deux-guerres voit s'affirmer la contestation de l'idéologie coloniale. Les mouvements d'opposition prennent de l'ampleur dans les colonies mais également en métropole.
a. Dans les territoires dominés : l'essor d'un nationalisme anti-colonial
Les mouvements nationalistes sont pour certains anciens et ils prennent de l'ampleur après 1918. Ils sont animés par des élites occidentalisées, ayant suivis souvent leurs études en métropole. Après la Première Guerre mondiale, elles réclament la juste récompense à l'effort de guerre auquel elles ont contribué et donc souhaitent la reconnaissance de droits politiques, le statut de citoyens à part entière. Il ne s'agit pas d'une volonté immédiate d'indépendance mais un profond désir d'autonomie.
À la différence des Britanniques, les Français opposent un refus à l'évolution du statut des colonies. En conséquence, beaucoup de ces mouvements se radicalisent. Ainsi, au Maroc, des révoltes éclatent entre 1921 et 1926, c'est la guerre du Rif, du nom de cette région du nord du territoire d'où viennent les insurgés menés par Abd-El-Krim.

Doc. 4. Peinture d'Antonio Munoz Degrain représentant le héros militaire espagnol Luis Noval Ferrao lors de la Guerre du Rif

Les révoltes se produisent également en Indochine où le parti communiste indochinois créé par Hô-Chi-Minh exige un statut comparable à celui des colonies britanniques.

Ces mouvements glissent bientôt vers des revendications d'indépendance. C'est le cas de l'Étoile nord-africaine fondée par Messali Hadj en Algérie en 1926 et du Néo-Destour d'Habib Bourguiba en Tunisie en 1934. Ces nationalismes refusent l'acculturation et prônent un retour aux valeurs traditionnelles, aux cultures locales et en particulier à la langue ou à la religion des origines.
b. Dans la métropole
Cette contestation de la colonisation trouve un écho également en métropole. Elle est le fait de partis politiques tel que le parti communiste qui lutte pour la libération et l'indépendance des colonies. Ce parti dénonce d'ailleurs l'organisation de l'Exposition coloniale et pour cela mobilise des écrivains du groupe surréaliste comme André Breton, Louis Aragon ou Paul Éluard.

Les intellectuels jouent un rôle essentiel dans cette prise de conscience des méfaits de la colonisation. André Gide publie en 1927 un ouvrage, Voyage au Congo, où il la dénonce fermement. L'Exposition coloniale constitue donc le crépuscule d'un âge d'or impérial. Léon Blum dans un éditorial du Populaire, daté du 7 mai 1931 souligne d'ailleurs cette réalité de « peuples conquis ou soumis [qui] commencent à réclamer leur liberté ».
L'essentiel
L'Exposition coloniale de 1931 marque la consécration de l'empire colonial français. À travers une organisation qui se veut fastueuse, il s'agit pour le régime d'affirmer la grandeur de l'œuvre civilisatrice menée par le pays.
Cependant, le faste de cette exposition masque les terribles réalités de l'exploitation économique des territoires et des populations. L'oppression de celles-ci commence déjà à être dénoncée, y compris en métropole, par certains partis politiques et intellectuels.

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