Germinal : lecture méthodique III - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Germinal : lecture méthodique III

Introduction

Ce passage se situe à la fin du livre. Nous sommes en pleine grève, l’armée a été réquisitionnée pour permettre aux mineurs belges de descendre. Une sentinelle vient d’être assassinée par Jeanlin, l’enfant infirme. A travers ce passage, nous montrerons que le personnage de Jeanlin illustre la thèse du déterminisme chère au romancier naturaliste. Nous prouverons que cette scène est pathétique. Enfin, ce passage marque une évolution du personnage d’Etienne.
1. Le portrait de Jeanlin
a. L’animosité de Jeanlin
Il est tout d’abord à étudier les détails décrivant le physique de l’enfant. Les deux verbes « se ramassa, se traîna » le montrent dans une posture physique proche de celle d’un animal. On peut relever des termes employés habituellement pour caractériser Jeanlin « félin, échine ». Ces deux mots orientent la description physique qui prend une valeur inquiétante en privant le garçon de toute humanité : « ses larges oreilles, ses yeux verts, ses machoires saillantes ». Le verbe « frémissaient » le place à mi-chemin entre humanité et animalité.

L’emploi métaphorique du verbe « flambaient » souligne l’importance de la violence de Jeanlin. L’enfant a une posture qui le rapproche d’un animal : « Jeanlin se ramassa et se traîna sur les mains ». Jeanlin est traité par Etienne comme un animal : « Etienne le chassa encore d’un coup de pied ainsi qu’une bête inconsciente ». Jeanlin ne parvient pas à justifier la raison de son geste. Par deux fois est répété le fait qu’il en avait envie. Zola emploie le discours indirect libre pour nous faire pénétrer dans la conscience de Jeanlin. Le mauvais style marque l’absence d’éducation. Le passage au discours indirect libre « Est-ce qu’on avait à se gêner avec ses cochons de soldats qui embêtaient les charbonniers chez eux ? » renforce le sentiment de l’inexplicable puisque le lecteur découvre les pensées de Jeanlin ; cela accentue sa monstruosité.

b. Un personnage compulsif
Le besoin de tuer est comparé à une pulsion physique, à une maladie : « la tête lui en faisait mal, là derrière les oreilles, tellement il y pensait ». Une autre phrase souligne le besoin de meurtre comme une pulsion irrésistible : « ça lui était venu tout seul, comme lui venait l’envie de voler des oignons dans un champ ». Le geste de Jeanlin est présenté comme une impulsion irrésistible qui marque du même coup la disparition du sens moral chez Jeanlin.

Zola donne une explication plus rationnelle à ce geste : « Des discours violents dans la forêt, des cris de dévastation et de mort hurlés au travers des fosses, cinq ou six mots lui étaient restés qu’il répétait en gamin jouant à la révolution ». Jeanlin a été conditionné par des discours politiques entendus et surtout mal compris. De plus, Jeanlin vit sous terre comme un animal dans un terrier seul. Il ne peut devenir qu’un animal, un marginal. La vie sous terre (obscurité) évoque le côté symbolique de la noirceur de son âme et de ses pensées (comportement).

Jeanlin a une double dégénérescence physique et morale. Sa description physique contient des éléments d’animalité. De plus Jeanlin n’a plus aucun sens moral, il ne connaît plus d’interdit. Il obéit à une pulsion physique qui n’est pas indissociable des discours entendus.
Zola atténue de ce fait sa responsabilité. Il est représentatif de la thèse du déterminisme dans la mesure où il n’est pas entièrement responsable de son crime qui est le résultat d’une double influence, de son hérédité et du milieu social dans lequel il vit (où il a reçu une mauvaise éducation). Il est utilisé comme un argument par Zola pour montrer l’état d’abêtissement dans lequel les mineurs sont maintenus et qui ne peut que compromettre le succès de la grève.
2. Le pathétique de la scène
a. L’innocence meurtrie
Le personnage de Jules représente le parangon de l’innocence, de la douceur à travers trois détails descriptifs « douce figure blonde, criblée de tâches de rousseur, yeux bleus ». Il est le symbole de toutes les victimes innocentes.

Le couteau du soldat : « on ne voyait du couteau, que le manche d’os, où la devise galante, ce mot simple Amour était gravée en lettres noires ». Il y a une opposition entre la première destination du couteau, l’amour et l’usage qu’en a fait Jeanlin, donner la mort. Cette opposition est renforcée par le contraste visuel entre la couleur blanche du manche en os et les lettres noires.

b. La victime reconnue
La désignation du soldat renforce le pathétique. Etienne se rapprochant, il y a un effet de zoom sur l’identité du soldat. « La sentinelle » est une désignation neutre. « Le petit soldat » induit l’affectivité.

Puis vient la reconnaissance par Etienne « C’était Jules, la recrue ». Enfin est employée l’expression « le petit » qui est un terme affectif. Le point de vue interne adopté progressivement souligne, amplifie l’émotion. On rentre dans le pathos (passion en grec). Le meurtre d’un innocent prouve que cette scène est pathétique.
3. L’évolution d’Etienne : la désillusion
a. Des sentiments mêlés

Les sentiments d’Etienne évoluent tout au long de ce passage. Il connaît la colère comme le marque le juron « Nom de Dieu ! ». Il a également peur : « épouvanté », « il tremblait » car il craint d’être pris pour responsable de ce crime.

Enfin la pitié d’Etienne s’exprime de deux façons. Elle est explicite : « une grande pitié le saisit ».
Elle apparaît également de façon implicite par le discours indirect libre qui révèle les pensées d’Etienne, plus exactement son imagination : « Deux femmes étaient debout, la mère, la sœur, tenant leur coiffes emportées, regardant elles aussi, comme si elles avaient pu voir ce que faisait à cette heure, le petit ». Zola donne une vision stéréotypée à travers les deux femmes qui attendent le retour du petit soldat, le stéréotype est accentué par les toques bretonnes. 
b. Une compassion universelle
Etienne imagine que les deux femmes se tiennent au milieu d’un paysage où les éléments naturels se déchaînent « La mer hurlait au loin par cette nuit d’ouragan ». On peut noter un jeu d’homophones entre le mot mer et la mère. La fonction de ces éléments descriptifs est triple. Ils traduisent le sentiment de désespoir d’Etienne, ils sont annonciateurs du malheur à venir et expriment la compassion universelle face aux misères sociales, aux injustices et à la mort : les hommes et la nature se révoltent.

Le passage se termine par une sorte d’enseignement moral : « Quelle abominable chose de se tuer entre pauvres diables, pour les riches ! »
Zola dénonce la violence sociale qui est reportée en un déchirement interne au sein d’un groupe d’opprimés. Il stigmatise la fatalité qui pousse les pauvres à reproduire sur eux la violence dont ils sont victimes. La mort d’un innocent annonce l’ambivalence de la fin du livre où les mineurs seront les premières victimes de la grève.

Conclusion

Zola illustre la thèse du déterminisme à travers le personnage de Jeanlin. Cette scène présente une tonalité pathétique qui vise à dénoncer une violence aveugle et mal contenue qui fait des victimes au sein d’un même groupe social. Ce passage marque également la désillusion d’Etienne et préfigure l’échec final de la grève.

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