Cézanne et le sud - Cours d'Histoire de l'art Terminale L avec Maxicours - Lycée

01 49 08 38 00 - appel gratuit de 9h à 18h (hors week-end)

Cézanne et le sud

Objectif
Evoquer le bouleversement que suscite la découverte de la lumière du Sud chez Matisse, et la leçon qu'il saura tirer de la peinture de Cézanne quant à la maîtrise de son expression.
Matisse, en peignant, découvre peu à peu que la finalité de son art ne sera pas la reproduction fidèle de la réalité, ni l'évocation de belles allégories, mais la traduction sur la toile d'un sentiment, d'une émotion. En 1897, Matisse a déjà éprouvé les attraits (la lumière, la couleur) et les limites (une expression évaporée, diluée) de l'impressionnisme. Il se souvient alors de ce qu'il a appris dans les musées des grands maîtres du passé, de Chardin à Goya. Il voudrait atteindre, dans le sillage de ces derniers, à une plus grande concentration des moyens, une expression plus intense, quitte à sacrifier certains éléments, comme la profondeur spatiale ou la richesse des détails. C'est dans la peinture de Cézanne qu'il trouve une indication quant à la direction qu'il devra emprunter.  
1. « Si Cézanne a raison, j'ai raison »
En effet, Cézanne (1839-1906), dont il a découvert la peinture peu après celle des impressionnistes, concilie dans son art ce à quoi pourraient aboutir les recherches divergentes de Matisse.

 

Doc. 1. Dans le parc du château noir, de Cézanne

Cézanne estime qu'il est impossible de représenter telle quelle la nature, il refuse de définir les formes par la ligne ou par le modelé, pas plus qu'il ne veut décrire l'espace en profondeur par la perspective. Il construit donc ses tableaux par la couleur : des plans de couleurs sont juxtaposés et doivent, par effet de contraste, suggérer plutôt que montrer. La méthode requiert donc d'ordonner et de hiérarchiser les formes, comme dans la peinture classique.

Comme Cézanne le dit lui-même, il veut « faire quelque chose qui soit comme l'art des musées ». Pourtant, Cézanne est un passionné et il aura bien du mal à soumettre complètement son art à l'ordre strict qu'il veut s'imposer : la recomposition de la réalité passe nécessairement par le filtre de la personnalité du peintre.

Matisse et Cézanne se retrouvent par le fait qu'ils se posent la même question, sans trouver de réponse formelle : que choisir, entre d'une part la représentation comme reflet de la nature telle qu'elle est et, d'autre part, la restructuration de la nature par le travail subjectif et forcément expressif du peintre ?

Même s'il ne peindra qu'une poignée de toiles reprenant littéralement la manière cézannienne, c'est bien dans la peinture de Cézanne que Matisse trouvera la résolution de cette dualité entre maîtrise et expression. Il s'en souviendra jusqu'à la fin de sa vie : « je pensais : si Cézanne a raison, j'ai raison, et je savais que Cézanne ne s'était pas trompé ».

2. Un nouveau départ
Ayant acquis une certaine confiance en ses capacités et la pertinence de ses recherches, Matisse est plus à même de relativiser la déception ressentie à la suite du mauvais accueil réservé à La Desserte au Salon de 1897. Il en tire son parti et donne une nouvelle assise à sa vie.

En février, Matisse a reconnu sa fille Marguerite, née en 1894 de son union avec Caroline Joblaud, sa première compagne et son modèle pendant plusieurs années (notamment pour La Desserte) ; il quitte cette dernière pour Amélie Parayre, qu'il épousera en 1898.

L'été de cette même année 1897, Matisse se rend pour la troisième fois en Bretagne, et les oeuvres qu'il peint alors (comme Le Port du Palais à Belle-Ile) montrent une affirmation de la détermination de l'artiste, confiant en lui-même et en sa volonté de trouver sa propre manière de peindre, même s'il sait devoir chercher toujours plus avant. Tout en mesurant ce qui le sépare de l'impressionnisme, il semble jubiler de la liberté qu'il s'octroie. Les couleurs encore gagnent en intensité et en expressivité, la touche se diversifie, est plus vive.

Au début de 1898, son voyage de noces l'emmène à Londres, où il dit ne s'être rendu que pour voir les toiles de Turner ; Turner (1775-1851) dont la peinture a servi de transition entre tradition et impressionnisme, mais qui n'aura pas de réelle influence sur Matisse, si ce n'est peut-être de l'avoir rapproché encore davantage, par un effet rebond, de Cézanne et du Sud.

3. Le Sud
De retour en France, le couple Matisse se rend presque immédiatement en Corse, à Ajaccio, où la soeur de la jeune mariée est institutrice. Il y restera plusieurs mois. C'est là que Matisse est, pour la toute première fois, émerveillé par la lumière du Sud. Les oeuvres de cette période débordent de l'énergie spontanée que leur confère une lumière et des couleurs à l'éblouissement desquelles Matisse semble s'être abandonné.

Il apparaît pourtant, dans certaines toiles (il est à ce titre possible de comparer les deux études d'oliviers conservées au musée des Beaux-Arts de Bordeaux) la manifestation d'une nécessité pour Matisse d'accorder la spontanéité de l'expression à la nécessaire maîtrise des moyens, nécessité qui s'affirmera plus tard.

Après un bref séjour à Paris en juin 1898, lors duquel il a peut-être pu voir l'exposition d'une soixantaine d'oeuvres de Cézanne à la galerie Vollard, Matisse repart avec son épouse pour un long séjour dans le Sud, près de Toulouse, chez ses beaux-parents. Le peintre s'abandonne à nouveau à son engouement pour la lumière et à un usage de la couleur qui le dépasse encore.

Soucieux de ne pas céder à la démesure, il est d'autant plus fasciné par ce dont il se souvient de la maîtrise de Cézanne, dont il prévoit d'acheter Les Baigneuses, tableau qu'il gardera trente-cinq ans dans son atelier, tel un talisman.

 

Doc. 2. Les baigneuses de Cézanne

Dès leur retour à Paris, en février 1899, commence pour Matisse et sa famille une période difficile, qui durera jusqu'en 1904.

4. La mémoire du Sud
A son retour à Paris, Matisse quitte l'Ecole des beaux-arts : Gustave Moreau est mort, il estime n'avoir plus rien à apprendre de l'académie. Dès lors, son père lui retire la maigre pension qu'il lui accordait en tant qu'étudiant, et les finances du couple Matisse, qui aura bientôt trois enfants, sont au plus mal.

Jusqu'en 1903, toujours dépendant de son père, Matisse sera obligé de retourner régulièrement dans le giron familial, en Picardie.
Il continue pourtant à créer : durant ces premières années du 20e siècle, Matisse peindra une copie de La Raie de Chardin, mais aussi des nus d'hommes, dont l'Homme nu : le valet en 1900, au Musée d'art moderne de New York, d'inspiration nettement « cézannienne » ; ces nus masculins resteront exceptionnels dans la carrière de Matisse, qui privilégiera désormais les corps de femmes ; il fait également ses premières sculptures.

Matisse tente aussi de se souvenir, et cela paraît déterminant, à Paris et en Picardie, de la lumière du Sud. Et c'est de l'opposition entre l'observation directe et la mémoire, entre les tonalités plus sombres qu'il a sous les yeux et l'éblouissement dont il se souvient, que naît l'émotion, l'expression du sentiment qu'il a pressenti chez Cézanne et qu'il touche enfin du doigt, comme dans Intérieur à l'harmonium, peint en 1900 (musée Matisse à Nice) ou L'Atelier sous les toits, peint en 1903 (Cambridge).

L'essentiel

Une nouvelle période commence dans la vie de Matisse quand en 1898 il se rend pour la première fois et pendant plusieurs mois dans le Sud de la France : d'abord en Corse, puis à Toulouse jusqu'en 1899. Il découvre alors une lumière qui l'exalte et modifie pour toujours sa manière de peindre. Cependant, il prend garde à ne pas s'y abandonner complètement, conscient de la nécessité pour lui d'être toujours maître de son expression.

Durant toutes ces années et pour le restant de sa vie, Cézanne, que pourtant il ne rencontrera jamais, sera une inspiration et un réconfort. Le peintre provençal a en effet su, selon lui, concilier l'ordre et l'expression du sentiment. Matisse se souviendra de cette leçon lorsque durant les premières années du XXe siècle, des difficultés financières l'éloigneront de la lumière du Sud.

Découvrez
Maxicours

Des profs en ligne

Géographie

Aidez votre enfant à réussir en histoire des arts grâce à Maxicours

Des profs en ligne

  • 6j/7 de 17h à 20h
  • Par chat, audio, vidéo
  • Sur les 10 matières principales

Des ressources riches

  • Fiches, vidéos de cours
  • Exercices & corrigés
  • Modules de révisions Bac et Brevet

Des outils ludiques

  • Coach virtuel
  • Quiz interactifs
  • Planning de révision

Des tableaux de bord

  • Suivi de la progression
  • Score d’assiduité
  • Une interface Parents