Zazie dans le métro : les thèmes principaux - Maxicours

Zazie dans le métro : les thèmes principaux

Objectifs
- Expliciter les thèmes principaux abordés dans l'œuvre
- Acquérir les clés nécessaires à la compréhension de l'œuvre
Tous les numéros de page font référence à l’édition Zazie dans le métro, de la collection Folio de Gallimard.

Zazie dans le métro
est un roman hétéroclite. La structure décousue donne une impression d'éclatement, voire d'incohérence narrative. On comprend donc aisément la prolifération des thèmes de cette œuvre.
1. Une morale et des morales
a. Relation parents/Enfants
C'est un thème fondamental dans l'œuvre qui se décline sous deux différentes formes :

• La responsabilité parentale
L'auteur aborde le problème de la responsabilité parentale. La mère, unique parent vivant, se décharge de son rôle de tuteur auprès de son frère Gabriel. L'œuvre s'ouvre donc sur l'image d'un parent irresponsable et les pérégrinations futures de Zazie accentuent encore ce sentiment. Gabriel devient tuteur mais se décharge aussi de son rôle d'adulte responsable. Ainsi, la petite a-t-elle le temps de fuguer avant qu'il ne s'en rende compte et ne part à sa recherche que de très mauvaise grâce :

« - Tu ne crois pas, dit doucement Marceline, que tu devrais essayer de la retrouver ? 
- Moi, dit Gabriel, moi je retourne me coucher. » (p. 39)

• La confusion entre les deux mondes et une maturité précoce

La confusion entre le monde des adultes et celui des enfants s'incarne dans le personnage de Zazie. Elle peut tout aussi bien jouer l'enfant innocente ou bien faire preuve d'une grande maturité. Pour échapper à Turandot qui veut l'empêcher de fuguer, elle hurle :

« Ce meussieu, qu'elle dit comme ça, il m'a dit des choses sales. » (p. 33/34)
 
Elle accuse devant la foule, la seule personne qui endosse le rôle d'éducateur, d'être un pervers sexuel déviant. Son incursion brutale dans le monde des adultes lors de la tentative de viol de son père, lui a permis de mieux envisager son fonctionnement .
Son comportement est en apparence celui d'une petite fille mais en réalité bien plus réfléchi. Le parent devient l'agresseur fictif d'une enfant, l'autorité disparaît. Zazie a grandi et a perdu sa candeur. Elle s'adresse aux adultes d'égal à égal :

« Allez râlez pas, racontez-moi plutôt vos complexes » (p. 89)

Cela explique aussi le manque de confiance total qu'elle éprouve pour les adultes, ainsi que le manque de respect dont elle fait souvent preuve vis-à-vis d'eux :

« - Il faut pas brutaliser comme ça les grandes personnes.
- Grandes personnes mon cul, répliqua Zazie. » (p. 100)

Cette confusion des mondes sera synthétisée dans la remarque de Gabriel qui explique à Zazie pourquoi Charles est parti : « parce que tu lui disais des trucs qu'il comprenait pas, des trucs pas d'son âge ». Ici, c'est le comportement de Charles qui paraît enfantin par rapport à celui de Zazie.

La morale, qui voudrait que l'éducation passe par la transmission du savoir parental ainsi que par la protection de l'adulte, est remise en question. Zazie brouille les frontières de la morale et de la bienséance.
b. Homosexualité/ transsexualité
• L'homosexualité
Ce thème est suggéré lorsque l'on comprend que Jeanne n'a confiance qu'en Gabriel pour garder sa fille. Paradoxe social dans la société de 1950l'homosexualité était considérée comme une perversion malsaine. Et pourtant, c'est cet aspect de Gabriel qui rassure totalement Jeanne : 

« - Tu comprends, je veux pas qu'elle se fasse violer par toute la famille. » (p. 11)

Ce thème ponctue le texte lorsque l'on insinue que Gabriel est un homosexuel et que Zazie s'interroge sur la signification de ce terme qu'elle s'approprie sous la forme « hormosessuel » :

« - Qu’est-ce que c’est au juste qu’une tante ? […] Une pédale ? une lope ? un pédé ? un hormosessuel ? Y a des nuances ? » (p. 131)

Sujet tabou dans une France conservatrice, Queneau aborde délibérément un thème subversif avec humour et légèreté par le biais du paradoxe, sur le statut de l'homosexuel, qui de l'être malsain, devient le protecteur de l'innocence infantile.

• La transsexualité
L'auteur va même plus loin puisqu'il aborde le sujet délicat de la transsexualité en deux étapes : 

→ Tout d'abord, on sait que Gabriel se travestit le soir dans un club homosexuel, le Nyctalope dont la paronomase évidente fait sourire et qui suggère parallèlement des prestations nocturnes. Cet homme massif revêt, pour divertir son public, un tutu de danseuse. Le décalage entre le physique de l'homme et son statut de danseuse de revue, provoque le rire comme l'explique Bergson « le rire est un écart par rapport à une norme ».
→ Puis, Queneau va plus loin en abordant la transsexualité au quotidien. Si on pense que dans le roman Gabriel est marié à la timide Marceline qui ne sort jamais sans lui, on apprendra, à la dernière page, sa réelle identité :

« - Tiens, dit Jeanne Lalochère, Marcel. » (p. 189)

C'est Marcel qui reconduit Zazie à sa mère après les tribulations de la veille. Malle traitera ce thème autrement en faisant appeler Marceline « Albert » par Jeanne et en faisant dire « au revoir monsieur » (p. 189) à une Zazie ensommeillée. Autre exemple exploité par Malle, celui du changement de vêtement (51min 17).

Il s'agit donc d'un degré supplémentaire dans le traitement du thème de la transsexualité et donc dans la transgression des tabous. Cependant, quel que soit l'artiste qui en parle, c'est toujours avec subtilité et humour.
c.  La violence et le meurtre
• La violence verbale
Les insultes sont nombreuses, notamment dans la bouche de Zazie. Elle ne mâche pas ses mots surtout envers la veuve Mouaque :

« Elle a raison, dit Zazie qui était près de ses sous. Elle est moins conne que je ne croyais ». (p. 105)

• La menace latente
Lorsque Zazie est en tête-à-tête avec le satyre du marché aux puces, il apparaît que cet homme n'est pas dénué d'intentions malhonnêtes à l'égard de la petite fille et Zazie en est consciente : 

« - Mais, répondit le type en cessant de gratter le sol, parce que j'aime les enfants. Les petites filles. Et les petits garçons.
- Vous êtes un vieux salaud oui. » (p. 46)

• La violence physique
Elle peut avoir plusieurs niveaux. Peu douloureuse, elle est surtout un geste de cruauté lorsque Zazie pince son oncle juste pour le plaisir de se montrer insoumise. Elle peut se manifester par une forme de force inébranlable comme lors de l'enlèvement de Gabriel par les touristes. Enfin, elle peut être purement brutale comme lors de la bagarre dans le bar à la fin du roman, après la prestation de Gabriel.

• Le meurtre
Le premier est commis par Jeanne Lalochère pour défendre sa fille contre les attaques incestueuses de son mari. On notera le détail de la hache, accessoire particulièrement sanglant et brutal qui entre en contradiction avec le comportement insouciant de cette femme. Le second est celui de la veuve Mouaque, lors de l'altercation dans le bar. La mort ne suscite aucun chagrin dans les deux cas. La mort de la veuve est d'ailleurs comique puisqu'elle se termine sur un trait d'esprit qui en fait un personnage grotesque de farce.

« La veuve Mouaque, tenant ses tripes en mains, s'effondra.
- C'est bête, murmura-t-elle. Moi qu'avais des rentes.
Et elle meurt. » (p. 184)

La violence et la mort sont des composantes inhérentes au monde de Zazie. Elle n'émeut pas. Queneau refuse de traiter ce sujet conventionnellement et le tourne en dérision. La mort est grotesque, injuste mais inévitable. Il ne lui accorde pas la grandeur ni la noblesse d'une mort tragique.

En définitive, Queneau présente un roman qui aborde des thématiques subversives sans jamais les traiter de manière classique. L'originalité de son écriture vient aussi de ce refus de se conformer à la bienséance. La morale n'est pas présente dans le roman. Ou plutôt, chaque personnage a sa propre morale qu'il adapte en fonction des situations qu'il rencontre. Il n'y a donc pas une morale, mais des morales.
2. Paris lieu symbolique et tentaculaire
Paris est l'un des thèmes clé du roman comme du film. Cette ville à la fois authentique, touristique, encombrée, en grève, vivant le jour comme la nuit, paraît à la limite du représentable. Elle incarne plusieurs symboles, ainsi qu'une conception de l'humanité toujours en mouvement, à l'instar des personnages.
a. Le métro
Thème principal annoncé par le titre, il est le grand absent de l'œuvre. Si Zazie en rêve, elle ne le prendra que pendant son sommeil lorsque Marcel la ramènera à sa mère (p. 186). Le métro est surtout symbolique à plusieurs niveaux : 

Il est le monstre sous-terrain, serpent mythologique et chthonien (=monstre qui provient de l'intérieur de la terre, des enfers) dont on parle mais que Zazie ne peut voir. C'est en poursuivant l'envie d'apercevoir et de maîtriser ce monstre qu'elle vivra toutes ses aventures dans Paris et entreprendra son parcours initiatique.

Le métro est également représentatif du monde des adultes, du travail et des grèves. Il ne s'agit pas d'un jeu mais d'un monde d'où les enfants sont exclus. Pour atteindre ce monde des adultes, Zazie doit parachever son initiation dans la ville de Paris. Prendre le métro sera sa récompense.
b. Une ville tentaculaire/ chaotique
Queneau présente un Paris inédit. Il est impossible de se repérer dans cette ville tentaculaire et chaotique. Les personnages s'y perdent. Même le chauffeur de taxi ignore le nom des bâtiments ou des rues (p. 14/16). La topologie est méconnaissable et la scène du taxi qui récupère Gabriel et Zazie à la sortie de la gare, en et un exemple probant. Queneau jouera avec ce thème jusqu'à faire perdre au bar du coin de la rue, son statut de repère spatial.

« - On est bientôt arrivé, dit Gabriel conciliant. Voilà le bar du coin. [...]
- Alors dit Charles, c'est pas çui-là. » (p. 16).

La ville paraît en perpétuelle évolution, grouillante de vie. Elle symbolise l'effervescence, l'activité de reconstruction dans les années 1950. Elle est passionnante et dangereuse, génératrice d'obstacles, de rencontres et d''aventures. Elle est un terrain de jeu pour Zazie ainsi que le lieu de son apprentissage, son passage à l'âge adulte. Louis Malle le représente clairement en (1'08'10)

Le cadre spatial n'est donc pas un élément négligeable. Il est générateur de symboles qui permettent de mieux cerner l'esprit du roman et le contexte des errances initiatiques de Zazie.
3. La théâtralité
a. Les jeux de masques
Tous les personnages portent des masques, se font passer pour ce qu'ils ne sont pas afin de se conformer à une attente sociale.

Personnages masqués Personnages démasqués
Gabriel de stature imposante, donne l'image d'un homme viril et fort

Jeanne Lalochère paraît une mère irresponsable et infantile

Trouscaillon est un homme énigmatique aux intentions douteuses

La veuve est une femme d'un certain niveau de vie et de bonne éducation
 
→ Pourtant, il est danseuse de revue

→ Pourtant, elle a tué son mari à coup de hache pour protéger son enfant

→ Pourtant, il est officier de police et doit protéger les autres

→ Pourtant, elle ne fait que fantasmer sur les hommes potentiels avec lesquels elle pourrait refaire sa vie

Cependant, certains masques sont plus ambiguës que d'autres. Ainsi, celui de Gabriel peut être interprété de différentes façons. Au théâtre, il offre un divertissement en montant sur scène déguisé. Toutefois, avec l'ambiguïté soulevée par le thème de la transsexualité, on peut se demander dans quelle mesure, une fois sur scène, il revêt un masque de danseuse de revue ou enlève le masque du tonton Gabriel.
b. La prépondérance du dialogue sur la narration
L'auteur privilégie la parole à la narration. Si ce procédé rapproche le texte du théâtre en favorisant la dramatisation, il a également permis à Louis Malle une adaptation fluide de l'œuvre. Grâce à ce choix, le lecteur semble suivre les personnages directement en oubliant la présence du narrateur. L'intrigue paraît plus naturelle et spontanée.

Ce chaos ordonné est la représentation de la vie telle qu'elle est, telle qu'elle arrive aux gens, sans plan établi et sans structure narrative. Notre vie n'est pas aussi ordonnée que celle d'un roman et c'est ce chaos, cet hasard qu'à voulu reproduire l'auteur.
c. Le jeu et l'humour, une comédie absurde
En adoptant la théâtralité, Queneau ne choisit pourtant pas de se subordonner aux règles de ce genre. Il privilégiera donc le mélange des genres théâtraux avec une tendance plus marquée pour le comique farcesque. Le registre comique domine :

→ Celui de geste lorsque le policier essaye d'arrêter des voitures pour le conduire à la Sainte Chapelle. 
→ Le comique de répétition (p. 109), lorsque les automobilistes lui répondent la même chose ou que Zazie pince son oncle (p. 100).
→ Le comique de situation avec Gabriel danseuse de revue ou l'enlèvement par des touristes (p. 104).

On trouve également d'autres éléments qui participent à la farce comme la mort de la veuve Mouaque ou bien encore la fuite de Zazie pour échapper à Trouscaillon et qui apparaît comme si de rien n'était.

L'ensemble donne un texte souvent incohérent voire absurde dans la mouvance d'un Ionesco qui fut l'un des premiers admirateurs de l'œuvre. C'est par leurs côtés erratiques et décousus qu'ils arrivent à faire une représentation fidèle du monde qui les entoure et de la condition humaine. Le rire, l'humour et le théâtre sont donc essentiels pour peindre la société vue par Queneau et Malle
L'essentiel
Oeuvres aux thématiques foisonnantes, Zazie dans le métro regorge de thèmes variés :
- Roman d'exploration
, on y trouve tous les ingrédients de la découverte d'une ville symbolique en perpétuelle activité.
- Roman engagé
, les auteurs ont décidé de montrer la complexité des rapports humains, notamment dans un monde envisagé par une enfant qui a grandi prématurément.
- Roman fantaisisteet original, les canons littéraires sont revisités et les genres mélangés.

La dramaturgie prend une place prépondérante dans l'œuvre comme pour insister sur les difficultés des Hommes à vivre au sein d'une société en s'y conformant sans nier sa personnalité. « Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles » (William Shakespeare, extrait de Comme il vous plaira).

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