Les Confessions : lecture méthodique 1 - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Les Confessions : lecture méthodique 1

1. Présentation du passage

La première étude de texte se focalise sur le premier préambule aux Confessions. Il figure dans le manuscrit de Genève et n’a été publié qu’en 1850 alors que les lecteurs des premières éditions ont déjà lu, ce que nous appellerons, a posteriori, le second préambule. Le lecteur, qui ne connaît de ce livre que le titre, s’attend à ce que l’auteur débute le récit de sa vie par son enfance ; or, la rédaction de cette œuvre en 1776 s’inscrit dans un projet d’auto-réhabilitation et c’est pourquoi le récit, par l’auteur, qui est aussi le narrateur et le protagoniste, de sa vie et de ses fautes est évoqué d’emblée à travers la difficulté de cette entreprise.

Un premier axe de lecture, qui s’impose, va donc consister à examiner, au sein de ce bref texte, la nature du projet autobiographique de Rousseau à travers la présentation qu’il en fait. D’autre part, le contenu et le ton du texte mettent en relation le projet et le destinataire à qui il s’adresse, qui fera donc l’objet du deuxième axe.    

2. Le passage : Préambule de 1850, p. 32

3. Les axes de lecture
a. Nature du projet autobiographique de Jean-Jacques Rousseau
  • Les trois dimensions du projet Les choix lexicaux opérés dans ce préambule parlent d’eux-mêmes puisqu’ils soulignent les trois dimensions du projet. Tout d’abord, nous avons affaire à une œuvre unique, puisque nous sommes confrontés « au seul portrait authentique » car « peint d’après nature et dans toute sa vérité », et humaine : il s’agit d’un « portrait d’homme ». Ces éléments construisent l’image d’un projet ne relevant que de lui-même, créé ex nihilo, soit hors de toute référence à des ouvrages antérieures. En outre, ce portrait unique et original « peut servir de première pièce de comparaison pour l’étude des hommes » et l’auteur n’hésite pas à faire adopter le point de vue de la postérité à son texte et le futur employé ( « existera, vivront » ) en est emblématique tout autant que l’expression « de ne pas ôter à l’honneur de ma mémoire le seul monument sûr de mon caractère qui n’ait pas été défiguré par mes ennemis », qui atteste de la conscience d’une œuvre honorable.
       
  • La référence à la Nature La référence à la « nature » fonctionne comme un gage d’authenticité puisque l’on peut voir dans l’idée de la nature une base de référence stable reconnue de tous ; fonctionnant  comme un trait d’union entre les hommes, elle est unificatrice. Le premier Préambule nous montre Les Confessions comme une œuvre humaine dans le sens où elle doit toucher et provoquer des sentiments humains et ce, même dans les cœurs les plus hostiles désignés par les termes « ennemis implacables […] malfaisant et vindicatif ». C’est le sens de la conclusion tragique et pathétique de ce préambule.
     
  • Substitution de l’œuvre à l’auteur
Pour Rousseau, il s’agit de produire avec les mots un être de papier qui complète voire corrige l’homme réel qu’il a été. Cet être de papier ainsi créé qui peut servir de « pièce de comparaison » ; il semble pouvoir faire oublier l’homme réel voire se substituer à lui. L’identification qui s’opère progressivement entre l’auteur et son texte manifeste une dimension essentielle de l’œuvre : humaine non seulement en raison du fait qu’elle suscite de la compassion, de la reconnaissance et de la pitié mais aussi car elle se substitue à son auteur qui ne consent à ne plus exister que par son intermédiaire comme le souligne l’expression « cessez de l’être envers ma cendre, et ne portez pas votre cruelle injustice jusqu’au temps où ni vous ni moi ne vivrons plus ». Jean-Jacques Rousseau se réduit donc volontairement au statut d’écrit textuel mais aussi au statut d’œuvre.    

     Ainsi, la présentation de son projet autobiographique se fait sous des angles divers qui mettent en scène l’œuvre en tant qu’objet et aussi selon une esthétique de la réception très importante qui amène à l’étude du destinataire et des relations que Rousseau entretient avec le lecteur.

b. La mise en scène du destinataire
  • Un membre de l’espèce humaine « Qui que vous soyez » est la première expression désignant le lecteur des Confessions : il s’agit du premier terme générique et le lecteur est, par là même, désigné comme un membre de l’espèce humaine sans être davantage cerné puisqu’il reste un être indéfini. Si le lecteur n’est pas plus explicitement désigné et cerné, il n’en détient pas moins un pouvoir absolu : il n’est autre que « l’arbitre du sort de ce cahier » et peut, s’il le désire, « anéantir [cet] ouvrage ». Le sort de celui-ci est donc effectivement entre ses mains et ce d’autant plus que le lecteur est en position de supériorité puisque l’auteur le supplie : « je vous conjure ». Le destinataire apparaît comme tout-puissant : c’est à lui qu’appartient désormais cet écrit. Rousseau tente cependant d’établir un lien entre ce lecteur et lui-même comme en atteste la gradation « par mes malheurs, vos entrailles, au nom de toute l’espèce humaine » qui tente d’imbriquer l’auteur et son lecteur et de les confondre dans l’humaine nature.
           
  • Tentative d’union avec le lecteur
C’est bel et bien une tentative d’union lecteur-auteur qui s’ébauche dès le préambule des Confessions. Avec l’expression « fussiez-vous, vous-même un de ces ennemis implacables », on voit se dessiner un destinataire plus précis et ce passage de l’individu générique au lecteur ennemi, qui se fait par glissement, est à souligner. Ce glissement est significatif d’une volonté de la part de l’auteur de rendre généreux ce lecteur avec qui il établit un pacte par le biais d’une série de prières : « je vous conjure, cessez de l’être, ne portez pas votre cruelle injustice, que vous puissiez vous rendre bon et généreux ». Celle-ci présuppose que des vertus de compassion et de compréhension, sur lesquelles repose ce pacte de lecture autobiographique, sont censées exister chez cet individu ennemi.
Par conséquent, on voit bien que le texte autobiographique rétablit l’équilibre : il permet à Jean-Jacques Rousseau de renouer des relations avec le genre humain par lequel il a été cruellement malmené. Le destinataire de ce premier préambule et, a fortiori, des Confessions est donc l’humanité et en particulier, bien sûr, la partie qui lui est hostile, celle qu’il lui faut convaincre et conquérir. Pour mieux l’émouvoir, ce premier texte, incipit de l’œuvre dans toutes les éditions postérieures à 1850, met en scène l’auteur mort via l’allusion à ses « cendres ». Rousseau replace donc l’œuvre dans une perspective historique lointaine en faisant référence « aux temps où ni vous ni moi ne vivront plus », relativisant ainsi la portée de la querelle : les individus sont fragiles et périssables alors que l’œuvre est immortelle.
Conclusion

Sur la base d’une affirmation initiale, « voici le seul portrait d’homme », ce texte présente des objections de plus en plus fortes et l’enchaînement des trois premières périodes mime un parcours argumentatif plus qu’autobiographique contribuant à la dramatisation du propos. L’effort rhétorique très net dès l’incipit des Confessions vise la réconciliation de l’auteur avec le genre humain et le pacte de lecture ainsi posé ne repose plus seulement sur un pacte univoquement autobiographique mais aussi dialogique. En effet, ce texte révèle toute la dimension dialogique (qui vise à établir un dialogue) d’un texte autobiographique où un auteur, qui est aussi le narrateur et le personnage, élabore une image de lui-même et doit la construire tout autant que se construire en permanence en fonction des objections imaginaires formulées par un lecteur potentiel qu’il faut sans cesse convaincre, séduire voire tromper ou intimider.

Plus près de nous, l’écrivain italien Italo Calvino dans le registre très contemporain du Baron Perché s’adresse à son lecteur en le tutoyant, ce qui est une façon de le séduire en postulant une complicité préétablie avec lui : il est d’emblée le lecteur-ami.

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