Peut-on réduire le vivant à de la simple matière ? - Maxicours

#entraideCovid19

#entraideCovid19

#entraideCovid19

#entraideCovid19

Peut-on réduire le vivant à de la simple matière ?

Le vivant doit-il être traité comme n’importe quel autre objet que les sciences étudient ? Parler de vivant, ou d’êtres vivants, c’est surtout reconnaître que le principe de « vie » les différencie des choses ou des objets, donc de la matière. Depuis l’Antiquité grecque, jusqu’à la période moderne (d’Aristote à Descartes), on distingue en effet les êtres « animés » (littéralement : pourvu d’une anima, c’est-à-dire pourvus d’un souffle, donc de vie) et les êtres inanimés.
Mais on doit considérer que la biologie est devenue une science à part entière lorsqu’elle s’est intéressée à ce type particulier d’« objets » que sont les êtres vivants, classés en trois genres : végétal, animal et humain. On ne peut pas, en effet, étudier les êtres vivants comme on étudie les phénomènes matériels : c’est d’ailleurs en prenant conscience de cette particularité que la biologie se constitue en tant que science.
Descartes, au 17e siècle, croyait au contraire que pour connaître le vivant – concept qui n’avait donc pas été clairement établi –, il fallait l’assimiler à une « machine ». En dégageant la spécificité de la vie, on met les êtres vivants à part ; on décide en fait de leur accorder un traitement scientifique particulier. Il semble néanmoins que la vision mécaniste ou matérialiste du vivant ait, à la fin du 20e siècle, ressurgi : c’est parce que le vivant a été étudié comme n’importe quel phénomène physique que les progrès de la biologie, de la génétique et de la médecine ont pu être aussi considérables.

1. Le mécanisme et sa critique
a. La nature peut être étudiée comme on étudie une machine (Descartes)
Descartes (1596-1650) conçoit la nature comme une machine, dont le fonctionnement s’explique par l’agencement, entre eux, des différents rouages de la machine. Il propose donc d’étudier le vivant comme on étudie ce qu’il nomme les « automates », ou les « machines mouvantes » : « Je suppose que le Corps n’est autre qu’une statue ou machine de terre, que Dieu forme tout exprès, pour la rendre plus semblable à nous qu’il est possible » (Traité de l’homme).
Le corps n’est finalement qu’un simple assemblage de pièces. Les os, les nerfs, mes muscles, les veines, les artères, l’estomac, le foie, la rate, le cœur, le cerveau – énumérés par Descartes tout au début de son Traité – ne sont, donc, que des pièces ; on peut expliquer leur fonctionnement par les lois de la mécanique. Le mouvement est capable à lui seul d’expliquer le fonctionnement de ces pièces ; il suffit donc de procéder à la description des mouvements qui permettent aux pièces de fonctionner à l’intérieur de cette machine qu’est le corps : tel est le but du Traité.

Dans une lettre au Marquis de Newcastle, datée du 23 novembre 1646, Descartes explique que les animaux peuvent être comparés à une horloge, « laquelle montre bien mieux l’heure qu’il est » que nous ne pouvons le faire. Les hirondelles, poursuit Descartes, reviennent chaque année au printemps parce que leur instinct les pousse à le faire. Les animaux sont évidemment dotés de certaines capacités ou de certains talents que les hommes n’ont pas. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont une âme. L’objection d’après laquelle les animaux auraient une constitution similaire à la nôtre est rapidement écartée : si les animaux pensaient, ils auraient « une âme immortelle aussi bien que nous », écrit Descartes, ce qui n’est évidemment pas le cas.

b. Les êtres vivants doivent être distingués des êtres essentiellement matériels (Kant)
Kant (1724-1804) va critiquer cette vision essentiellement mécaniste du vivant ; à la « force motrice » (le mouvement) qui suffit, selon Descartes, à expliquer le fonctionnement du vivant, il oppose une « force formatrice » qui lui est inhérente, et qui fait que les êtres vivants ne peuvent être comparés à des machines.

La vie est capable de création ; la machine en est incapable (Critique de la faculté de juger). Un corps, en outre, peut guérir seul (les blessures cicatrisent) – il est donc capable d’auto-réparation, tandis qu’une montre, si elle est déréglée, ne se réparera jamais seule.
Pour autant, ce principe vital, que l’on peut assimiler à une force créative suffit-il vraiment pour faire de la vie un concept singulier ?

2. Le concept d'« élan vital »
a. L'opposition entre finalisme et mécanisme est stérile
Bergson (1859-1941), en introduisant le concept d’« élan vital » essaie de trouver un juste milieu entre le finalisme et le mécanisme. Le mécanisme, nous l’avons vu, établit que l’on peut étudier les êtres vivants comme on étudie la matière. Le finalisme correspond au contraire à l’idée que « la nature ne fait rien en vain », selon la formule qu’emploie Aristote (384-322 av. J.-C.) dans plusieurs de ses ouvrages. Rien ne ce qui existe dans la nature n’est du au hasard, rien n’est inutile.
b. Qu'est-ce que l'« élan vital » ?
Il existe dans chaque production naturelle, un « dessein », une finalité de la nature. Bergson estime, donc, qu’un « élan vital », d’origine spirituelle, préside au mouvement qui anime les êtres vivants. La vie est « évolution créatrice », et non le résultat d’un processus finalisé et déterminé. Elle est imprévisible et produit continuellement du « nouveau ». C’est en ce sens que la philosophie de Bergson est associée à un « vitalisme ».

3. La position des médecins et des biologistes aux 18e et 19e siècles
a. Les tenants du vitalisme : Barthez et Bichat
Le vitalisme, d’une manière générale, fait de la vie une force mystérieuse qui explique que la matière soit animée. Paul-Joseph Barthez (1734-1806), médecin de l’école de Montpellier, est le premier à introduire le principe du « vitalisme », en refusant de réduire le vivant à de la simple matière, qu’il s’agirait d’étudier comme telle. « J’appelle principe vital de l’homme, écrit Barthez, la cause qui produit tous les phénomènes de la vie dans le corps humain » (Nouveaux éléments de la science de l’homme).

Dans le même esprit, Bichat (1771-1802) précise que « les actes de la vie opposent à l’invariabilité des lois physiques leur instabilité, leur irrégularité (…) un immense intervalle les sépare de la science des corps organisés, parce qu’une énorme différence existe entre leurs lois et celles de la vie » (Recherches physiologiques sur la Vie et la Mort).

b. Le concept de vie comme force de création
Claude Bernard (1813-1878), considéré comme le père de la médecine expérimentale, même s’il affirme que « la vie, c’est la création » (Introduction à la médecine expérimentale, Deuxième partie, chap. II), n’est pas un vitaliste, comme certains le prétendent pourtant encore aujourd’hui.
Il affirme en effet, dans le même ouvrage : « Quand un phénomène obscur ou inexplicable se présente en médecine, au lieu de dire "Je ne sais", ainsi que tout savant doit faire, les médecins ont l’habitude de dire : "C’est la vie", sans paraître se douter que c’est expliquer l’obscur par du plus obscur encore. Il faut donc (…) chercher toujours à supprimer complètement la vie de tout phénomène physiologique ; la vie n’est rien qu’un mot qui veut dire ignorance, et quand nous qualifions un phénomène de vital, cela équivaut à dire que c’est un phénomène dont nous ignorons la cause prochaine ou les conditions » (chap. IV, « Des obstacles philosophiques que rencontre la médecine expérimentale »). Ainsi, pour Claude Bernard, le concept de vie correspond à une force de création, mais il ne peut servir à expliquer l'inexplicable.

Conclusion
Georges Canguilhem (1904-1995), dans La connaissance de la vie (1952), s’il réfute les conceptions vitalistes du 18e siècle, continue néanmoins de penser qu’on ne peut assimiler le vivant à de la matière. Il va jusqu’à affirmer qu’on doit « attendre peu d’une biologie fascinée par les prestige des sciences physico-chimiques » (article intitulé « Aspects du vitalisme »). L’explication mécaniste, ou physico-chimique, appauvrit le vivant et en détruit la spécificité. Canguilhem montre en outre que le vitalisme s’est toujours présenté comme une réaction contre le mécanisme : « Le vitalisme d’Aristote n’était-il pas déjà une réaction contre le mécanisme de Démocrite, comme le finalisme de Platon dans le Phédon, une réaction contre le mécanisme d’Anaxagore ? ».
Mais au 20e siècle, être vitaliste, c’est s’opposer, quasiment, aux progrès de la biologie et de la recherche scientifique, pour défendre l’originalité de la vie, auréolée d’un « mystère » assez peu scientifique. C’est en quelque sorte défendre une cause perdue.

Vous avez déjà mis une note à ce cours.

Découvrez les autres cours offerts par Maxicours !

Découvrez Maxicours

Comment as-tu trouvé ce cours ?

Évalue ce cours !

 

Découvrez
Maxicours

Des profs en ligne

Géographie

Des profs en ligne

  • 6j/7 de 17h à 20h
  • Par chat, audio, vidéo
  • Sur les 10 matières principales

Des ressources riches

  • Fiches, vidéos de cours
  • Exercices & corrigés
  • Modules de révisions Bac et Brevet

Des outils ludiques

  • Coach virtuel
  • Quiz interactifs
  • Planning de révision

Des tableaux de bord

  • Suivi de la progression
  • Score d’assiduité
  • Une interface Parents

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de Cookies ou autres traceurs pour améliorer et personnaliser votre navigation sur le site, réaliser des statistiques et mesures d'audiences, vous proposer des produits et services ciblés et adaptés à vos centres d'intérêt et vous offrir des fonctionnalités relatives aux réseaux et médias sociaux.