Louis-Napoléon Bonaparte, 1er Président de la République - Maxicours

Louis-Napoléon Bonaparte, 1er Président de la République

Objectifs
  • Connaitre les circonstances qui ont permis à Louis-Napoléon Bonaparte d’être le 1er président à réaliser un coup d’État.
Points clés
  • Louis-Napoléon Bonaparte est le premier et le seul Président de la Seconde République.
  • Élu triomphalement, grâce à une campagne électorale moderne, de nombreux soutiens et son intérêt pour la question sociale, il gouverne avec le parti de l’Ordre. La Seconde République perd alors son caractère social.
  • Très vite en opposition avec l'Assemblée, il prend le pouvoir par le coup d’État du 2 décembre 1851, légitimé par le plébiscite des 20 et 21 décembre.
  • Il met fin à la Seconde République en proclamant l’Empire le 2 décembre 1852.

Louis Napoléon Bonaparte (1808-1873), neveu de Napoléon 1er, devient le premier et unique Président de la République de la IIe République.

Après avoir prêté serment devant l'Assemblée, il déclare à la fin de son discours :

« Nous avons une grande mission à remplir, c’est de fonder une République dans l'intérêt de tous et un gouvernement juste et ferme, qui soit animé d’un sincère amour du progrès sans être réactionnaire ou utopiste (...) ».

Pourtant, le 2 décembre 1851, par un coup d’État, il met fin à la Seconde République.

1. Un Président de la République élu au suffrage universel
a. Une élection fixée par la Constitution et par un décret

Le décret publié le 1er novembre 1848 et la Constitution du 4 novembre 1848 (articles 46, 47, 48 et 116) définissent les modalités de l’élection du Président de la République. La date de l’élection est fixée au 10 décembre 1848.

Les électeurs, inscrits sur les listes électorales, sont âgés d’au moins 21 ans. C’est la première élection au suffrage universel masculin direct et la première élection d’un Président de la République.

Pour être éligible, les candidats doivent remplir plusieurs conditions :

  • être nés français ;
  • avoir plus de trente ans ;
  • n’avoir jamais perdu la nationalité française.

Pour être élu au premier tour, la majorité absolue des suffrages exprimés et au moins deux millions de voix sont requis. Le mandat présidentiel est de 4 ans non renouvelables : le Président prend ses fonctions dès la proclamation des résultats, après avoir prêté serment de fidélité à la Constitution.

b. L’élection triomphale de Louis Napoléon Bonaparte

Les résultats sont proclamés officiellement le 20 décembre. Louis-Napoléon Bonaparte obtient plus 75 % des suffrages exprimés dès le premier tour. Le monde rural s’est fortement prononcé en faveur de Louis-Napoléon Bonaparte.

Cependant, l’observation des votes à l'échelle cantonale indique de fortes disparités dans les votes : dans de nombreux cantons de l’Ouest, son score n’atteint pas 10 % alors que dans les cantons du Bassin Parisien et en Corse, il obtient plus de 80 % des suffrages. Son principal concurrent, Cavaillac, obtient la majorité dans seulement quatre départements.

À l’Assemblée et à l’annonce des résultats, Cavaillac, alors chef du gouvernement, présente la démission de son gouvernement. Après proclamation des résultats, le serment lu par le Président de l’Assemblée, est approuvé par le Président :

« En présence de Dieu et devant le Peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible, et de remplir tous les devoirs que m’impose la Constitution ».
2. Le succès électoral de Louis Napoléon Bonaparte
a. Le lien qu’il tisse avec les Français et son intérêt pour la question sociale

Louis Napoléon Bonaparte rédige un manifeste adressé aux Français le 27 novembre 1848. Celui-ci rappelle son parcours personnel.

Condamné à la prison à perpétuité pour avoir tenté de destituer Louis Philippe, il s’évade et se réfugie en Angleterre. De retour en France, il est élu député. Il détaille également son programme électoral, à la fois social, libéral (essor du travail agricole, création d'institutions de prévoyance pour les inactifs âgés, baisse des impôts) et conservateur (respect de la religion, de la famille et de la propriété, maintien de l’ordre, diminution du nombre de fonctionnaires).

Enfin, dans les domaines militaire et politique, il rejette la guerre de conquête, veut alléger la conscription et assure qu’il respectera le suffrage des électeurs et l’Assemblée.

C’est un programme ambitieux qui rallie à la fois les conservateurs, les catholiques et les Républicains

Son intérêt pour la question sociale est ancien. En effet, en 1844, alors qu’il est emprisonné au fort du Ham, en Picardie, il rédige un ouvrage intitulé Extinction du paupérisme dans lequel il décrit la condition paysanne et la condition ouvrière, alors que le pays commence tout juste à s’industrialiser.

« (...) L’industrie dévore ses enfants et ne vit que de leur mort (...) »

Il y propose des solutions pour lutter contre la misère sociale :

  • créer des emplois dans le monde rural ;
  • créer des caisses de solidarité (idées reprises dans son manifeste).

Cet intérêt pour la condition des plus pauvres s’explique par ses visites dans de nombreuses industries en Grande Bretagne et par son éducation, par la lecture d’ouvrages d'auteurs socialistes comme Louis Blanc, par l’initiation au saint-simonisme, etc.

Publié dans un journal républicain, son ouvrage est salué par Louis Blanc et rallie à lui les républicains les plus à gauche, le monde ouvrier naissant et le monde rural.

Saint-simonisme : Doctrine économique et sociale élaborée par le comte de Saint-Simon, qui préconise d'améliorer le sort des plus pauvres par la science et l'industrialisation.
b. Des soutiens solides

Le prestige de son nom – Bonaparte – devient un argument électoral.

« Mon nom se présente à vous comme un symbole d’ordre et de sécurité (....) la mémoire de l'empereur me protège et inspire vos suffrages » déclare-t-il dans son manifeste.

Louis Napoléon Bonaparte apparaît comme l'homme providentiel, fort, héritier de la tradition napoléonienne, dont le destin se confond avec celui de la Nation, et qui ramènera la paix sociale.

Son nom lui permet de rallier une partie de l’Armée. Un de ses principaux soutiens est celui du Parti de l’Ordre, rallié à la République par obligation et seconde force politique du pays. Il regroupe des partisans de l’ordre social, de la sécurité et de l’ordre moral, c’est-à-dire des monarchistes légitimistes (favorables au retour sur le trône d’un Bourbon) et des Orléanistes (favorables au retour sur le trône du comte de Paris, désigné par Louis philippe pour lui succéder).

Ses leaders sont Adolph Thiers, Guizot, le comte de Falloux, Alexis de Tocqueville. Ils soutiennent la candidature de Louis Napoléon Bonaparte, car ils pensent pouvoir le manœuvrer facilement.

c. Une campagne électorale moderne, mais une presse globalement hostile

Louis Napoléon Bonaparte mène une campagne électorale active et moderne : collage d’affiches, colportage d’images, etc.

Des extraits de son livre, L’Extinction du paupérisme, sont distribués dans les quartiers ouvriers des villes sous forme de tracts. L’image d’un candidat social, voire socialiste, se propage ainsi.

La presse relaie la campagne électorale. Articles, pamphlets, caricatures sont publiés dans l’espoir d’orienter l’opinion publique. Quelques journaux comme Le Constitutionnel ou L'Événement de Victor Hugo prennent parti pour Louis Napoléon.

3. Un Président conservateur aux ambitions bonapartistes
a. La question italienne et l'intervention militaire de la France

La question italienne, de mars à juin 1849, trouble les préparatifs de l’élection. L'Italie se compose de plusieurs États parfois rivaux. Certains sont dominés par l’empire d’Autriche depuis le congrès de Vienne de 1815 : la Lombardie et la Vénétie.

Le Piémont-Sardaigne souhaite unifier les États italiens en un État-Nation – c'est le mouvement des nationalités – et entre en guerre contre les Autrichiens. Désavoué par le pape Pie IX, le Piémont capitule. Mais en novembre 1848, une révolution éclate à Rome. Le Pape est chassé, et une République est proclamée.

Le mouvement s’étend à Naples, à la Sicile et à Milan. Ces révolutions remettent en question l’ordre établi au congrès de Vienne en 1815.

Les députés français se divisent sur l’attitude à adopter :

  • les socialistes veulent soutenir l'initiative du Piémont au nom du principe des nationalités et du droit des peuples à se gouverner eux-mêmes ;
  • les députés du parti de l’Ordre soutiennent le Pape.

En avril 1849, Louis Napoléon Bonaparte décide d'une intervention militaire. Les Romains capitulent, le Pape retrouve son trône sous la protection de la France.

Les députés socialistes, opposés au rétablissement de la papauté, organisent une manifestation à Paris. Réfugiés aux Arts et Métiers, ils proclament la déchéance de Louis-Napoléon Bonaparte et la formation d'un gouvernement provisoire. Vite réprimée, la contestation s’éteint.

Le gouvernement décide de suspendre une soixantaine de journaux, crée le délit « d’offense au Président de la République » et interdit les réunions politiques pour un an. Plusieurs députés sont déchus de leur fonction, arrêtés et déportés ou emprisonnés

b. Le Président et le Parti de l’Ordre au pouvoir

Les élections législatives de mai 1849, marquées par une forte abstention (60 % de votants) donnent la majorité aux candidats du Parti de l’Ordre (450 députés sur 750, 200 socialistes et 80 Républicains modérés).

Le nouveau gouvernement mène une politique conservatrice :

  • restriction des libertés, dont celle de la presse ;
  • réorganisation par la loi Falloux de l'enseignement, en accordant davantage de place et de pouvoir aux cultes ;
  • restriction du suffrage, qui élimine un tiers des électeurs. Pour être électeur, il faut désormais payer un impôt et résider depuis au moins trois ans sur le territoire français. Cette mesure exclut bon nombre d’ouvriers et d’artisans, qui, à l’époque, occupent des emplois saisonniers et se déplacent souvent, donc résident de façon temporaire dans un lieu.

Le président ne s’oppose pas à cette politique conservatrice.

c. Des réformes sociales modestes

Mais Louis Napoléon Bonaparte rencontre l’opposition de l’Assemblée sur certains de ses projets comme l’amnistie, la création de colonies agricoles.

Amnistie : Acte législatif par lequel certaines poursuites et condamnations sont effacées du casier judiciaire.

Les réformes, dans ce domaine, demeurent ainsi modestes :

  • loi sur l’assainissement des logements insalubres ;
  • interdiction du travail le dimanche ;
  • création des sociétés de secours ;
  • création de la Cité Rochechouart à Paris ou Cité Napoléon (première cité ouvrière de France, située dans l'actuel IXe arrondissement de Paris).
Remarque
La Cité Rochechouart est conçue selon le principe du familistère : elle comprend des logements pour quatre cents familles, des parties communes pour laver et sécher le linge ainsi que des sanitaires communs. Les eaux usées sont évacuées, les habitants bénéficient de visites médicales gratuites.
Un inspecteur surveille les mœurs et le comportement des habitants, qui ne peuvent sortir après 22 heures.
La Cité ne rencontre pas le succès escompté : les ouvriers acceptent mal le règlement strict et le contrôle de leurs faits et gestes.

Dans le même temps, il visite les pauvres et les ouvriers, ouvre des asiles. Il entretient son image de président social, mais ne réalise pas de réformes de fond.

4. Le coup d’État du 2 décembre 1851
a. Un coup d’État préparé

Le mandat présidentiel s'achève en mai 1852.

Louis Napoléon Bonaparte souhaite un second mandat, mais la Constitution l'interdit. Il demande alors la révision de la Constitution, qui est refusée par l’Assemblée. Ainsi, Louis Napoléon Bonaparte, par le coup d’État du 2 décembre 1851 –  date du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d’Austerlitz) – prend le pouvoir, violant ainsi la Constitution.

Le coup d'État, appelé « Opération Rubicon », est préparé, soutenu et financé par le Ministre des Finances, des militaires et le Préfet de Police de Paris. Son entrée à l'Assemblée s’effectue sans heurts, et plusieurs députés sont arrêtés dont Thiers et Cavaillac.

Les bâtiments officiels et points stratégiques de Paris, ainsi que les cafés et hôtels, sont fermés. Les journaux républicains sont occupés par les forces de l’ordre. Par voie d’affiche placardées dans les rues, les Français apprennent la dissolution de l'Assemblée, la dissolution du Conseil d’État, le rétablissement du suffrage universel et la convocation à un plébiscite afin de donner à Louis Napoléon Bonaparte le pouvoir de rédiger une nouvelle Constitution. Le coup d’État est présenté comme le moyen de sauver la République, menacée par un coup d'État monarchiste.

Le coup d'État s’accompagne de la mise en état de siège de Paris : 54 000 soldats et 117 pièces d’artillerie sont positionnés dans les rues. La police est chargée, sous les ordres du Préfet de Paris, Maupas, d’empêcher les députés de se réunir au Palais Bourbon.

À l’été 1852, Louis Napoléon Bonaparte effectue des voyages officiels dans les principales villes du pays pour se faire connaître et préparer les Français au coup d’État voire au rétablissement de l’Empire.

Plébiscite : Consultation directe du peuple sur une question par le pouvoir exécutif.
b. La résistance au coup d’État

La résistance est inefficace. Des députés libéraux et Républicains, dont Victor Schoelcher et Victor Hugo, tentent vainement de s’opposer en créant un comité de résistance et en essayant de soulever les ouvriers. La répression est trop violente. Victor Hugo choisit de s’exiler : il part pour la Belgique, muni de faux papiers d'identité. Il est banni par Louis Napoléon Bonaparte en janvier 1852.

Globalement, il n’y a pas de résistance massive au coup d’État mais une certaine passivité. La Seconde République n’a pas tenu ses promesses sociales et la répression est violente.

Cette répression concerne aussi la province. Dans le Sud, des régiments sont envoyés pour mater la rébellion : au total, il y a 26 884 condamnations (déportation au bagne de Cayenne, en Algérie, expulsions de France, assignations à résidence, etc.).

C'est dans ce contexte de terreur que se déroule le plébiscite.

c. Le plébiscite des 20 et 21 décembre 1851 légalise le coup d’État

Le plébiscite est la forme de consultation nationale choisie par Louis Napoléon Bonaparte. Elle marque une rupture avec le principe de la souveraineté nationale et la Seconde République. Le suffrage universel est ainsi placé au dessus de la Constitution et le Président établit une relation directe avec le peuple en se passant de la représentation nationale. La volonté du peuple devient source de légitimité démocratique. Ce plébiscite sert à légaliser le coup d’État.

La consultation a lieu les 20 et 21 décembre. Celle-ci est entachée d’irrégularités et se déroule dans un climat de terreur. Trois quarts des votants répondent « OUI » à la formulation suivante : « Le peuple français veut le maintien de l’autorité de Louis Napoléon Bonaparte, et lui délègue les pouvoirs nécessaires pour établir une constitution sur les bases proposées dans sa proclamation du 2 décembre 1851. »

En janvier 1852, Louis Napoléon Bonaparte promulgue la nouvelle Constitution. Elle prépare la proclamation de l’Empire et la fin de la République.

Les pouvoirs exécutif et législatif sont donnés au Président, élu pour dix ans. La justice est rendue en son nom et pas au nom du peuple français. Le régime devient un régime autoritaire et personnel, l’Assemblée est dépourvue de pouvoirs.

Le 2 décembre 1852, Louis Napoléon Bonaparte proclame le Second Empire et devient Empereur des Français sous le nom de Napoléon III.

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