La France et la naissance de l'Allemagne - Maxicours

La France et la naissance de l'Allemagne

Objectif

Comprendre comment l’unité territoriale et politique des États allemands s’effectue au détriment de la puissance de la France, pourtant actrice de l’unité italienne.

Points clés
  • L’unité des États allemands est un enjeu politique et national pour la Prusse et l’Autriche. Ces deux États ont des projets d'unité différents : la Prusse souhaite réaliser la Petite Allemagne ; tandis que l’Autriche, État multinational, défend le projet d’une Grande Allemagne.
  • La Prusse s’impose cependant comme le moteur de la construction allemande en gagnant trois guerres contre des États voisins : le Danemark, l’Autriche puis la France.
  • La défaite française a des conséquences politiques importantes : le Second Empire de Napoléon III s'effondre, le Deuxième Reich est proclamé au château de Versailles. La France, qui se retrouve amputée de l’Alsace et de la Moselle, cultive l’esprit de revanche.
Pour bien comprendre
  • Mouvements nationaux
  • Unité allemande
1. Les États allemands, Guillaume Ier et Bismarck
a. Le morcellement territorial et politique

Depuis le congrès de Vienne (1815) les États allemands, au nombre de 39, sont réunis au sein de la Confédération germanique. Dominés par l’Autriche, ces États sont cependant souverains. La Prusse et l’Autriche sont les États les plus vastes et les plus peuplés. Mais l'Autriche est un État multinational tandis que la Prusse est peuplée uniquement d’Allemands.

État multinational : État dont la population se compose de différentes nationalités.

Ainsi, deux projets d’unité s'opposent :

  • le projet autrichien de Grande Allemagne ;
  • le projet prussien de Petite Allemagne (projet pangermaniste).
Petite Allemagne : unité des États allemands autour de la Prusse.

L’Autriche, affaiblie par les révolutions de 1848, manque de moyens pour contrer le projet prussien.
Les États allemands du Sud de la Confédération catholiques ne souhaitent pas s’allier avec les Prussiens protestants. Ils reçoivent le soutien de la France dans leur volonté de rester indépendants.

b. L’action de la Prusse en faveur de l’unité des États allemands

Les États allemands se rassemblent au sein du Zollverein.

Zollverein : union douanière en vigueur en 1834 entre les États allemands, mais sans l’Autriche. Les règles fiscales et économiques sont harmonisées entre les États de l’Union.

Le roi de Prusse prend en main la question du nationalisme allemand et affirme ainsi sa volonté de construire l’unité allemande. Pour cela, Guillaume Ier, roi de Prusse, s’entoure de Otto Von Bismarck. Issu d’une famille de junker (grand propriétaire terrien), protestant, Bismarck est très conservateur et cultive la nostalgie du Premier Reich.
D’abord député prussien, il est nommé ambassadeur de Prusse en Autriche, puis en Russie et en France. En 1862, il devient chancelier et ministre des Affaires étrangères. Il ambitionne de construire l'Allemagne autour de la Prusse (Petite Allemagne) et qu’elle devienne une nouvelle puissance continentale européenne par la diplomatie et la guerre.

Otto Von Bismarck en uniforme de cuirassier 
« Les frontières données à la Prusse par le congrès de Vienne ne sont pas bonnes (...). Ce n’est point par des discours, des associations et des votes (...) que les grandes questions de notre temps seront résolues — ce fut là la faute et l’erreur de 1848-1849 — mais par le fer et le sang »
Bismarck, Discours du 30 septembre 1862.
2. Les premières étapes de l’unification (1864-1867)
a. La guerre contre le Danemark et l’Autriche : affermir la puissance de la Prusse au sein des États allemands

La guerre permet d’abord à la Prusse d’annexer des territoires danois et de devenir l'État allemand le plus vaste. Son alliance avec l’Autriche contre le Danemark, en 1864, permet le rattachement du Schleswig et du Holstein.

Pour anéantir l’Autriche, Bismarck déclenche la guerre contre elle ; les armées prussiennes gagnent lors de la victoire de Sadowa en 1866.

« Il n’y a pas de place pour deux Allemagne. C’est pourquoi je veux abattre l’Autriche. Je veux relever la Prusse et lui donner en Allemagne la situation prépondérante qui lui revient de de droit. La monarchie autrichienne est fort peu allemande (...) »
Bismarck, Discours de 1864.

La défaite militaire écarte l’Autriche définitivement de l'unité allemande. La Confédération germanique dissoute (traité de Prague, 1866) est remplacée par la Confédération des États du Nord (traité de Berlin, 1866). Cette nouvelle confédération, dirigée par la Prusse, entre en vigueur en 1867.
22 des 39 États allemands (du Rhin à la Russie) en sont membres ; elle compte 30 millions d'habitants. Le traité de Berlin est complété par des traités d'alliances défensive et offensive conclus avec les États allemands du Sud (Bade, Bavière, Hesse rhénane, Wurtemberg).

b. La Prusse devient le moteur de la Confédération

La confédération se dote d’une constitution promulguée le 24 juin 1867 et rédigée par Bismarck. Deux institutions se partagent les pouvoirs :

  • le Conseil fédéral (Bundesrat), qui représente les États membres ;
  • le Reichstag (députés) élu par les citoyens au suffrage universel.

Les lois fédérales priment sur les lois nationales. Le roi de Prusse est le Président du conseil. Les représentants des États disposent du droit de vote, mais dans des proportions inégales ; la Prusse détient 17 voix sur 47 et dispose ainsi d’un droit de véto.

Droit de véto : droit de s’opposer à une loi.

La Constitution prévoit le développement des voies ferrées dans toute la Confédération, dans l'intérêt de la défense du territoire et de l'amélioration des communications entre les États allemands.

3. La désignation de la France comme ennemi commun des États allemands pour réaliser l’unité
a. Le déclenchement du conflit

Pour Bismarck, la guerre contre la France est nécessaire pour rallier au projet les États du Sud et achever l'unité des États allemands. La guerre est aussi le moyen de se venger de la destruction du Saint-Empire romain germanique par Napoléon Ier. Ce sentiment de revanche contre la France, commun à tous les Allemands, devient le ciment de leur unité.

C’est une crise diplomatique entre la Prusse et la France qui déclenche le conflit. En juillet 1870, Léopold Hohenzollern (membre de la famille de Guillaume Ier) se déclare candidat au trône d’Espagne. Suite aux vives critiques de la France qui entend préserver l’équilibre géopolitique de l’Europe et craint d’être encerclée entre la Prusse et l’Espagne, la candidature est retirée. Mais la France demande des garanties à Guillaume Ier. La réponse, une dépêche d’Ems du Roi, est falsifiée par Bismarck. Il y durcit le ton pour offenser la France et envoie la dépêche à la presse allemande et française.

Dépêche d’Ems : télégramme rédigé par Guillaume Ier et envoyé à Bismarck.

Ainsi, Bismarck pousse la France à déclarer la guerre à la Prusse. L’ordre de mobilisation est lancé le 14 juillet 1870 en France et elle déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet de la même année.

b. La guerre et la défaite française

La guerre, déclenchée par la France, est une humiliation militaire, politique et territoriale pour elle.
Les armées françaises, victorieuses en Europe jusque-là, connaissent rapidement des défaites : l'État major ne dispose pas de cartes locales et la stratégie militaire adoptée est défensive. De plus, Napoléon III, qui dirige l’armée, est affaibli par la maladie et sans alliés.

Les armées sont numériquement inégales : 500 000 soldats allemands contre 250 000 soldats français. Les Prussiens, bien formés, disposent de canons à longue portée. Napoléon III capitule à Sedan le 2 septembre 1870. Il se rend à Guillaume Ier et signe la capitulation. 83 000 soldats sont faits prisonniers. Napoléon III est enfermé au château de Wilhelmshöhe, en Westphalie.

La reddition de Napoléon III du 2 septembre 1870

La capitulation met fin au Second Empire. Le 4 septembre 1870, les députés proclament la IIIe République sur les marches du Palais Bourbon (Assemblée) et à l’Hôtel de Ville de Paris.
Un gouvernement de défense nationale est mis en place. Léon Gambetta rassemble une nouvelle armée pour enrayer l’avance allemande vers Paris sans succès. La ville est assiégée du 19 septembre 1870 au 28 janvier 1871.
Privés de nourriture, les Parisiens résistent ; les pigeons voyageurs et les déplacements en ballons permettent de maintenir le contact avec le reste du territoire. Devant cette situation, Adolphe Thiers décide de négocier avec les Allemands à Versailles en janvier 1871.

Bismarck exige la capitulation de Paris et obtient des indemnités financières, une quantité de minerai de fer, l’annexion du Nord-Est de la Moselle et l’Alsace protestante (au nom du principe des nationalités, l’Alsace étant de langue allemande). Ces négociations aboutissent à la signature de l’armistice le 28 janvier 1871.

c. La guerre révèle la puissance allemande

Le 18 janvier 1871, Bismarck proclame l’Empire allemand (Deuxième Reich) à Versailles dans la galerie des Glaces. C’est le triomphe de Bismarck. Au cours de la cérémonie religieuse, le roi de Prusse est proclamé empereur du Reich (Kaiser). Les États allemands du Sud rejoignent le Reich.

Proclamation de l'Empire allemand en 1871

Les troupes allemandes occupent le territoire aux frais de la France jusqu’à l’approbation du traité par l’Assemblée. Le 1er mars, les troupes allemandes défilent sur les Champs Elysées tandis que les députés alsaciens et mosellans protestent à l’Assemblée qui siège à Bordeaux à cause du conflit. Ils souhaitent rester français au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Le traité de paix, traité de Francfort, est signé le 10 mai 1871.

Le nouvel empire allemand constitue un État-Nation puissant en Europe. Sa constitution reprend celle de 1867. Bismarck est le premier chancelier du Reich allemand. La victoire de Sedan est célébrée le 2 septembre en Allemagne (Sedantag).

Chancelier : équivalent de premier ministre en Allemagne.

L'unité des États allemands s’est réalisée par l‘action des hommes politiques, la diplomatie et la guerre. Cependant, l’annexion de l’Alsace Moselle par l’Empire allemand contribue à exacerber le sentiment national et porte les germes des guerres mondiales futures.

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