Les Anciens et les Modernes - Maxicours

Les Anciens et les Modernes

Objectif
  • Distinguer ces deux notions.
  • Comprendre les conséquences du passage du monde des Anciens à celui des Modernes.
Points clés
  • Le monde des Anciens se réclame d’un ordre naturel, solidaire d’une cosmologie géocentrique et ordonnée, où chaque chose occupe une place naturelle et prédéfinie.
  • L’univers des Modernes laisse le sujet parfaitement libre de déterminer ce qu’il doit faire.
  • La querelle, par-delà les particularités de son contexte, interroge l’attitude à adopter vis-à-vis de l’héritage littéraire et partage les réponses entre conservatisme et esprit de réforme.
1. Genèse de deux conceptions de la culture

Cette opposition est avant tout la conséquence du passage entre le monde des Anciens et l’univers naissant des Modernes. Alors que le monde des Anciens se réclame d’un ordre naturel, solidaire d’une cosmologie géocentrique et ordonnée, où chaque chose occupe une place naturelle et prédéfinie, l’univers des Modernes laisse le sujet parfaitement libre de déterminer ce qu’il doit faire.

Effectivement, l’ordre naturel du monde antique, celui d’Aristote (384-322) et de Claude Ptolémée (~100-~168), a été emporté avec le mouvement d’une révolution copernicienne qui découvre désormais aux Modernes un univers où il n’y a plus de place prédéfinie pour l’Homme et où il est désormais le seul auteur de ses choix. Car ce passage du monde clos à l’univers infini a également contribué au retrait de la parole divine : avec le monde antique, c’est aussi le texte biblique qui est mis à mal puisque la Genèse ne trouve plus confirmation dans la cosmologie et la physique moderne. Le silence s’installe progressivement dans la nature, la voie de Dieu ne s’y fait plus entendre et le désenchantement du monde laisse l’Homme seul avec lui-même. C’est sur les seules capacités du sujet, son libre arbitre et sa raison, que se fondent ses choix, tant moraux que politiques. Si bien sûr nombre de philosophes sont toujours croyants, la place et le rôle de la subjectivité et de la raison deviennent centraux dans leurs systèmes.

Au travers de ces deux courants antagonistes, on doit donc voir une rupture historique entre un ordre cyclique du monde, où tous les mouvements se répètent perpétuellement et l’idée d’un progrès discontinu. Chaque étape succède à une autre et le monde antique est dépassé par les progrès scientifiques, mais aussi intellectuels, littéraires et artistiques.

2. La querelle des Anciens et des Modernes

À l’Humanisme qui redécouvre les lettres et les arts de l’Antiquité et y trouve ses modèles, succède le XVIIe siècle où s’opposent les Anciens, défenseurs de la culture antique aux Modernes, qui se font les champions d’un progrès en rupture avec cette tradition.

Cette querelle oppose d’une part, les défenseurs d’une tradition littéraire issue de l’Antiquité, dits les « Anciens » avec, à leur tête, Nicolas Boileau (1636-1711) et de l’autre, « les Modernes » avec, pour chef de file, Charles Perrault (1628-1703), qui cherche à s’émanciper des cadres fournis par ces œuvres du passé.

Les Anciens, qui ne rejettent pas les œuvres de leur temps, sont en revanche soucieux de conserver et de cultiver un héritage provenant de l’Antiquité et surtout d’ériger leurs œuvres en s’appuyant sur ce patrimoine antique et la langue latine. Ils défendent en somme une continuité historique en matière de création littéraire en cherchant à imiter les modèles esthétiques passés, ce qui n’interdit pas toute création. En revanche, les Modernes (du latin modernus, « à la mode ») prônent une liberté de forme, de langue, de références et de sujets, ainsi que le recours au français. Ils sont bien souvent confortés dans leurs choix par l’approbation générale du public et sont en accord avec leur temps, suivant une mode que vilipendent leurs détracteurs.

Cette querelle éclate en France en 1637 autour d’un conflit entre Jean Mairet (1604-1686) et Georges Scudéry (1601-1667) qui sont dramaturges et Pierre Corneille (1606-1684) à propos de sa pièce, Le Cid. Les premiers reprochent au second de ne pas respecter la règle des trois unités (notamment celles du lieu et d’action) dont le cardinal Richelieu (1585-1642) lui-même s’était fait le promoteur. Mais surtout, ces accusateurs voient dans la pièce de Corneille un manque flagrant de patriotisme : tout ce qu’elle contient, depuis son titre, son thème, jusqu’aux personnages et leur cadre d’action, appartient au monde ibérique, alors même que la France est en guerre contre l’Espagne depuis 1635. Aussi l’Académie française, qui avait été officiellement créée cette même année par le cardinal Richelieu pour servir de tribunal littéraire, se saisit-elle de l’affaire, et donne raison aux accusateurs de Corneille. Cette querelle se poursuivra autour de différentes œuvres et sujets et prendra fin le 30 août 1694 avec la réconciliation publique des deux chefs de camp.

Au-delà d’une discussion autour de l’héritage littéraire, la querelle des Anciens et des Modernes a, en France, un sens politique puisqu’elle tend à glorifier, du côté des Modernes, les temps présents et avec eux, le pouvoir politique royal.

Lorsque Charles Perrault publie Le siècle de Louis le Grand (1677), où il pose que tous les arts et la littérature suivent la marche d’un même progrès, il caresse du même geste l’orgueil d’une monarchie qui croit en sa grandeur inégalée.
Mais il en va de même pour les Anciens qui sont, pour leur part, les tenants d’une tradition. En effet, à chaque fois, ce qui est en jeu, c’est la reconnaissance du pouvoir royal et c’est au nom de celui-ci que chacun des deux camps prétend porter ses coups. Mais c’est surtout pour bénéficier des faveurs royales que chacun se fait le défenseur de l’éclat du pouvoir.
3. Répercussions et actualités de la querelle des Anciens et des Modernes

La querelle entre Anciens et Modernes, par-delà les particularités de son contexte, interroge l’attitude à adopter vis-à-vis de l’héritage littéraire et partage les réponses entre conservatisme et esprit de réforme.

Quand Arthur Rimbaud (1854-1891) déclare dans Une saison en Enfer (1873) qu'il « faut être absolument moderne », il reprend à son compte et poursuit la discussion entre tradition et modernité, initiée au XIXe siècle. Rimbaud plaide ici pour un art libéré de la tutelle des modèles hérités du passé. Art qui d’ailleurs dépasse aussi les querelles passées, comme celle des Anciens et des Modernes : voilà en quoi réside le caractère absolu de la modernité rimbaldienne.

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