La valeur morale d'une action repose-t-elle sur ses principes ou sur ses conséquences ? - Cours de Philosophie Terminale pro avec Maxicours

01 49 08 38 00 - appel gratuit de 9h à 18h (hors week-end)

La valeur morale d'une action repose-t-elle sur ses principes ou sur ses conséquences ?

Le mot « principe », du latin princeps désigne étymologiquement ce qui est premier et qui, en conséquence, commande ou dirige tout le reste (le mot « prince » provient d’ailleurs de la même racine). Le principe d’une action, c’est donc ce qui, précédant l’action constitue soit sa cause, soit sa raison.
La conséquence (du latin sequi, « suivre »), à l’inverse, est ce qui suit l’action, ce qui en découle comme un effet possible ou nécessaire.
La valeur morale, c’est-à-dire le caractère soit absolument bon, soit absolument mauvais, de l’action, réside-t-elle alors en ce qui fonde et précède l’action (son principe), ou dans la réalité effective de l’action et de ses conséquences ?

1. Les causes de l'action : le problème de la responsabilité morale
a. La question du déterminisme
Si le « principe » de l’action s’identifie à la « cause » de l’action, cause qui peut être soit interne (par exemple lorsqu’un sentiment de crainte me pousse à m’enfuir), soit externe (si c’est la chute d’un rocher qui me pousse à fuir), alors l’action se trouve comprise dans le cadre d’une théorie déterministe, suivant laquelle tout événement – y compris l’action humaine – est l’effet nécessaire d’une cause antérieure.
b. Déterminisme et irresponsabilité
Le problème d’une telle identification entre principe et cause, et celui du déterminisme, c’est qu’il faut dire que l’homme n’est pas libre mais déterminé : l’action ne résulte pas d’un libre choix, mais elle advient nécessairement en vertu d’une cause antérieure. Comme le disait Spinoza, la liberté n’est alors qu’une illusion : je crois être libre alors que chacun de mes actes découle nécessairement de principes antécédents, dont je n'ai aucune conscience.
 
Or si je ne suis pas libre, il faut admettre aussi que je ne suis pas responsable : si je n’ai pas vraiment choisi de fuir face au danger, alors on ne saurait me reprocher d’avoir fui ; je ne pouvais faire autrement. Dans une telle perspective, comment parler d'une valeur morale de l'action ? L'action effectuée étant absolument nécessaire, elle ne peut être dite ni « bonne », ni « mauvaise » ; comme l'écrit Spinoza, les actions humaines, étant nécessaires, peuvent être comprises mais non pas « louées » ni « blâmées ».
c. La volonté comme cause libre
Pour pouvoir penser une responsabilité et ainsi une valeur morale de l’action humaine, il faut donc que celle-ci soit libre. Ainsi Kant nous explique que si l'on considère la cause de l'action, il faut concevoir cette cause comme étant une cause libre – cette cause libre, opérant par-delà les déterminations, n'étant autre que la volonté : c’est parce que j’ai librement voulu et choisi d’agir de telle manière, que l’on peut me reprocher ou me féliciter de mon action.

2. L'intention morale
a. La notion d'intention
L’évaluation morale d’une action se ferait alors en fonction de son principe, conçu non plus comme cause nécessaire, mais comme volonté libre, c’est-à-dire en fonction de l’intention qui commande mon action.
C’est parce que nous agissons, non pas seulement selon des causes nécessaires, mais suivant des libres « intentions », terme qui signifie étymologiquement la volonté de « tendre vers » un but, que nos actions nous sont imputables, c’est-à-dire que l’on peut nous en attribuer le mérite ou la faute.
b. La « bonne volonté » comme fondement de la moralité
Kant fait en ce sens de l’intention ou de la volonté bonne le fondement de l’action morale : mon action peut être dite bonne si la maxime (c’est-à-dire la règle que suit ma volonté) peut devenir une loi universelle.
Par exemple : parce que la maxime « j’ai le droit de mentir » ne peut devenir une loi universelle (sans quoi toute parole serait finalement dénuée de sens), alors l’action qui a une telle maxime pour principe peut être dite mauvaise, immorale.
c. Le problème de l'intention : l'insondabilité de l'intention morale
Fonder la valeur morale de l’action sur l’intention pose cependant deux difficultés majeures.
• On peut dire que l’intention morale est insondable, c’est-à-dire qu’on ne peut jamais en juger de façon certaine, puisqu’elle relève de l’intériorité. Comment savoir si cet homme qui a donné de l’argent à un pauvre l’a-t-il fait par générosité, ou par amour propre et pour être admiré ? La difficulté est qu’en fondant la valeur morale d’une action sur ce principe qu’est l’intention morale, on rend finalement impossible tout jugement moral.
Juger une action, comme le veut le droit français, c’est alors juger d’une action visible et réelle, de ses conditions, des moyens employés et de ses conséquences – et non d’une prétendue « intention » intérieure à laquelle on n’a jamais accès.

• Ne pourrait-on dire, par ailleurs, que la tentation de ne se soucier que du principe et de l’intention qui précède l’action, sans s’interroger sur les possibles conséquences, à court ou à long terme, de son action, ne pose-t-il pas également problème ?

3. Intentions et conséquences : les deux sens de l'éthique
a. Éthique de la conviction
Max Weber distingue en ce sens deux types de morale ou d’éthique. La première est « l’éthique de la conviction », ou « éthique de l’intériorité » qui consiste à fonder la moralité de l’action sur son principe ou son intention, sans s’interroger sur ses conditions de réalisation et ses conséquences réelles.

On voit ce qui pose ici un problème : agissant pour une « bonne cause » ou dans une « bonne intention », mon action peut finir néanmoins par être nuisible. On peut songer par exemple à ces voyageurs ou colons qui, persuadés d’apporter richesse et culture à des peuples lointains, ont contribué à leur destruction.
b. Éthique de la responsabilité
Il faut donc substituer, ou du moins ajouter, à la seule éthique de la conviction, ce que Weber appelle « l’éthique de la responsabilité », selon laquelle faut aussi tenir compte, et répondre des « conséquences prévisibles de l’action », ce qui implique un calcul rationnel des effets possibles de mon action.
c. Principes et conséquences, conviction et responsabilité
La responsabilité et par suite la valeur morale de l’action reposent donc sans doute d’abord sur l’intention qui m’anime et me conduit à agir – car une action absolument involontaire, sans intention, ne saurait être ni bonne ni mauvaise.
Toutefois la valeur accordée au principe de l’action ne doit pas me conduire à abdiquer toute responsabilité quant aux conséquences possibles de mes actes : offrir à un jeune enfant un objet avec lequel il va probablement se blesser, et me contenter ensuite de me dire que mon « intention était bonne » serait certes un peu aisé…
La valeur de l’action doit donc également impliquer la valeur des conséquences éventuelles de cette action, dans la mesure où elles peuvent être calculées et prévues.

Pour aller plus loin
Spinoza, Œuvres complètes (Pléïade), « Traité de l’autorité politique » (I, §1 et 4) : sur l’impossibilité de louer ou de blâmer les actions humaines, nécessairement déterminées par des causes.

Kant, Critique de la raison pure, « Dialectique transcendantale » (Livre II, chap. 2, section III) : sur l’idée d’une causalité libre s’opposant à la causalité naturelle.
« Fondements de la Métaphysique des Mœurs » : sur la volonté bonne et l’intention morale.

Weber Max, Le Savant et le Politique : sur l’éthique de la conviction et de la responsabilité.

Comment as-tu trouvé ce cours ?

Évalue ce cours !

 

Découvrez
Maxicours

Des profs en ligne

Géographie

Des profs en ligne

  • 6j/7 de 17h à 20h
  • Par chat, audio, vidéo
  • Sur les 10 matières principales

Des ressources riches

  • Fiches, vidéos de cours
  • Exercices & corrigés
  • Modules de révisions Bac et Brevet

Des outils ludiques

  • Coach virtuel
  • Quiz interactifs
  • Planning de révision

Des tableaux de bord

  • Suivi de la progression
  • Score d’assiduité
  • Une interface Parents