La « globalisation » politique - Maxicours

La « globalisation » politique

Objectif :
Comprendre comment la mondialisation conduit à la « globalisation » des politiques.
Le terme de globalisation, emprunté à la langue anglaise, renvoie à l’idée que les régulations, les marchés, et les acteurs agissent au niveau global. La mondialisation, quant à elle, désigne la montée en puissance des interdépendances entre les États souverains qui découlent de l’ouverture croissante des frontières. Ainsi les deux termes ne sont pas synonymes même si leur proximité est importante.

Ces interdépendances réduisent les capacités d’interventions des pouvoirs politiques nationaux et conduit à rendre de plus en plus indispensable l’existence de politiques transnationales qui construisent cette « globalisation » politique. Les formes prises par la « globalisation » politique sont déterminées, si l’on reprend les critères de Bertrand Badie, par le degré d’inclusion des États, le niveau de délibération entre ces États, les liens et alliances constituant le système politique international, le type de puissance et de domination exercée par ces États. Entre les prétentions des plus forts à « se partager le pilotage du monde » et dont la diplomatie de club ou de connivence en est une manifestation, et une gouvernance mondiale démocratique, la question est le passage d’une société internationale sans normes à la construction de pouvoirs supranationaux légitimes car considérés comme démocratiques.
1. L'architecture de la « globalisation » politique comme résultat des relations diplomatiques et des rapports de force entre les États
a. La « globalisation » politique et puissance
Dans une vision réaliste selon laquelle les États sont les acteurs centraux du système des relations internationales, les politiques transnationales peuvent être l’œuvre d’un État qui dispose d’une position hégémonique (= dominante), de deux États en duopole, ou de plusieurs États dans une situation oligarchique.

La légitimité de ces politiques globalisées repose alors sur le constat d’impuissance des États souverains à agir individuellement et en ordre dispersé et sur la nécessité d’intervenir à l’échelle globale afin de déterminer les régulations nécessaires. Le plus souvent, cela conduit les puissances dominantes à prendre l’initiative de ces politiques transnationales ou parfois à s’en abstenir. Il en est ainsi des situations hégémoniques dans lesquelles un État exerce seul la gouvernance d’un ensemble de territoires: c'était le cas des Empires anciens et modernes comme l’Angleterre au 19e siècle, les États-Unis au 20e siècle grâce à leur puissance économique et militaire, ou bien encore l’URSS à l’époque du bloc soviétique et du rideau de fer. Ces hégémons, notion développée par Hans Morgenthau, disposent de tous les pouvoirs pour imposer leurs intérêts, et les politiques transnationales consistent alors à imposer aux États soumis les choix politiques du centre au détriment de leurs périphéries. Raymond Aron définit ainsi la puissance comme « la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités ».

L’expérience historique de la Guerre froide
est une étape importante de la « globalisation » politique. Le pouvoir gigantesque des deux opposants, URSS et États-Unis durant près d’un demi-siècle (1945-1989) a en effet conduit le monde à vivre sous la menace permanente d’un éventuel conflit nucléaire et par conséquent à placer l’ensemble des enjeux internationaux dans le prisme de cette relation. Les nombreuses situations de tensions ont donné lieu à des règlements décidés par l’une des deux puissances, avec accord explicite ou tacite de l’autre, ou même parfois par les deux grands. Ce monde bipolaire a conduit à fixer les premières grandes orientations de la « globalisation » politique actuelle. Pour autant, la séparation du monde en deux camps en limitait l’importance.
La fin de la Guerre froide, avec la chute du bloc soviétique, a redistribué très fortement la donne internationale et a permis une des premières actions diplomatiques et militaires qui échappait à un État hégémonique: celle de l’intervention des forces occidentales pour libérer le Koweït en 1990 de l’invasion irakienne (première guerre du Golfe) sous l’égide de l’ONU.
b. La « globalisation » politique et diplomatie de club
La « globalisation » politique est cependant souvent aussi l’expression des rapports de forces entre les États, et dont le concert des nations entamé en 1815 au Congrès de Vienne en a été sûrement l’expression la plus flagrante, particulièrement quand celle-ci s’est chargée d’organiser les sphères d’influences des pays européens et la restauration monarchique sur les espaces nationaux.
En 1875, la Conférence de Berlin organise le partage des territoires en Afrique entre les puissances européennes. Les racines de la diplomatie de club sont donc anciennes et déterminent un contrôle oligarchique des relations internationales. Dans cette optique selon les analyses des néo-réalistes comme Kenneth Waltz, la coopération entre les États permet de définir le cadre de politiques transnationales, sans pour autant négliger le fait qu’ils cherchent en permanence à maximiser dans un système anarchique les gains d’une telle coopération.

Les formes modernes de la diplomatie de club sont aujourd’hui nombreuses. P5 (5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU), G8 (fondée en 1974 sous l’appellation de G5), G20, sont autant d’exemples de cette diplomatie regroupant des pays qui gèrent de manière oligarchique aujourd’hui leurs intérêts dans le processus de mondialisation, et déterminent les orientations des politiques transnationales dans de nombreux domaines.

Le G20 regroupe ainsi les 20 pays les plus puissants économiquement de la planète, représentant à lui seul pas moins de 85% de la richesse mondiale et deux tiers des habitants de la planète. Le G20, forum de coopération économique internationale, mobilise pour ses travaux l’expertise technique des organisations internationales compétentes en fonction des domaines sur lesquels ils souhaitent intervenir. Ainsi, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et bien d’autres encore, accompagnent les travaux du G20. Le G20 s’est fixé pour objectifs de construire des politiques transnationales visant à stabiliser les marchés de matières premières, à réformer le système monétaire international, renforcer la régulation financière et à coordonner les politiques économiques afin de réduire les déséquilibres économiques mondiaux.
2. La « globalisation » politique comme résultat d'une nécessaire gouvernance mondiale
a. Les politiques transnationales peuvent être le produit d'une « globalisation » politique plus démocratique
Face à cette diplomatie de club, les pays qui en sont écartés ont réagi en fondant leur propre regroupement. La première tentative eu lieu dans la situation figée de l’affrontement Est-Ouest, où un certain nombre de pays ont déclaré leur non alignement, et ce dès 1955 à la Conférence de Bandung. À la tête de ce groupe, Nasser pour l’Egypte, Tito pour la Yougoslavie, et Nehru pour l’Inde, affichent leur volonté de refuser d’adhérer à l’un ou l’autre camp, et dénoncent la colonisation, le sous-développement et toutes les formes de ségrégations.

Naissent de ce groupe des tentatives de politiques transnationales visant à lutter contre le sous-développement mais l’effectivité de ces politiques et la cohésion des membres ont souvent fait défaut. L’Assemblée générale de l’ONU va être par ailleurs le théâtre, avec l’adhésion d’un nombre croissant de pays, d’une montée en puissance de la contestation de l'oligarchie assurée par les puissances dominantes. En 1964, est ainsi créé le G77 regroupant de petits pays afin de peser sur le fonctionnement de cette organisation internationale.

La montée en puissance des questions globales va cependant conduire les pays à accepter de céder progressivement une partie de leur souveraineté afin de renforcer la gouvernance mondiale. En 2000, au sein de l’ONU, ils décident de fixer les objectifs du millénaire pour le développement, visant à éradiquer la pauvreté et les maladies en consacrant davantage de moyens pour ces politiques à l’échelle mondiale. Ce sont aussi les questions environnementales depuis la rédaction du Protocole de Kyoto (1992) qui retiennent l’attention mais dont la mise en œuvre et la ratification par l’ensemble des États ne sont pas encore acquises. C’est dans ces forums ouverts que les organisations non gouvernementales (ONG) interviennent pour mobiliser les sociétés civiles, et infléchir les politiques transnationales dans un sens visant à dépasser les intérêts nationaux et les souverainetés nationales.
b. Les politiques transnationales s'imposent en raison de l'existence de biens publics mondiaux
Les interdépendances complexes et croissantes entraînent l’existence de biens publics mondiaux. Les biens publics mondiaux sont des biens dont les avantages (paix, sécurité, développement…) ou les coûts (criminalité, pollution, violence…) ignorent les frontières entre les pays. Produits de la mondialisation, les biens publics mondiaux concernent l’ensemble des pays du monde et découlent des interdépendances. La globalisation financière a par exemple interconnecté l’ensemble des marchés financiers de la planète. Par conséquent, une crise financière dans un pays peut devenir une crise internationale.
Les biens publics mondiaux sont des moteurs fondamentaux de la mondialisation. Pour la circulation du courrier, par exemple, il a été nécessaire d’harmoniser les règles déterminant sa libre circulation.

Gérer la mondialisation nécessite par conséquent la fourniture de ces biens économiques mondiaux. La question est alors de faire en sorte que chacun participe à ces biens publics mondiaux, et qu’aucun pays n’adopte de comportements de passager clandestin.
Comment faire en sorte que chaque pays lutte contre la pollution ? Il est possible que les politiques transnationales en la matière repose sur des normes internationales contraignantes mais la difficulté est alors de sanctionner un État qui par essence est souverain, et dont aucun pouvoir supérieur ne dispose de la légitimité pour le faire.
La question est alors de disposer des instruments de coercition. Ils peuvent relever du droit dur, des normes internationales décidées par des accords internationaux, mais aussi d’un droit « mou » qui renvoient à des recommandations, des principes, qui quand ils ne sont pas respectés par un pays font l’objet d’une condamnation morale par les autres pays.

Les décisions des multiples acteurs (individus, entreprises, organisations internationales, ONG, États) ont un impact les unes sur les autres. Dans une vision libérale, le recours à la force n’est pas forcément la priorité dans les relations internationales et les préoccupations économiques peuvent devenir le leitmotiv des dirigeants. Ces interdépendances peuvent concerner les équilibres monétaires et financiers (rôle majeur aujourd’hui des fonds souverains), les approvisionnements énergétiques, les processus migratoires, les questions environnementales, etc. C’est ainsi que l’Union européenne a établi un certain nombre de politiques de voisinage dont celle qui vise à réguler les flux migratoires en provenance d’Afrique. Pour ce faire, l’Union européenne a défini les priorités de sa politique migratoire en associant certains pays méditerranéens (Maroc, Tunisie, Libye) à la gestion des flux en provenance de l’Afrique sub-saharienne.
L'essentiel
La « globalisation » politique est étroitement liée au développement de la mondialisation. Les politiques transnationales en sont une matérialisation. Ces dernières peuvent être le fruit d'un État dominant disposant d'un pouvoir hégémonique ou d'un duopole conduisant à l'existence d'un système bipolaire (Guerre froide). Mais le plus souvent le concert des nations conduit à faire émerger une diplomatie de club consistant à trouver des compromis entre les intérêts souverains. Le G20 en est aujourd'hui une des manifestations les plus probantes.

Mais ces positions hégémoniques ou oligarchiques ne sont pas sans susciter des contestations de la part des pays qui se voient imposer des règles choisies par un petit nombre de pays. Par ailleurs, les acteurs de la « globalisation » politique ne se résument pas aux États : les ONG jouent un rôle important aujourd'hui dans le processus de « globalisation » politique. De plus, les politiques transnationales font l'objet d'une attention toute particulière en raison de la multiplication des biens publics mondiaux. Ces derniers rendent nécessaire la mise en œuvre de législations internationales contraignantes ou de dispositifs reposant sur des principes ou des recommandations.

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