L'Amérique latine : les corridors de développement comme outils d'intégration et de désenclavement - Maxicours

L'Amérique latine : les corridors de développement comme outils d'intégration et de désenclavement

Objectifs
  • Être en mesure d’expliquer les enjeux de l’aménagement des corridors de développement.
  • Être en mesure de présenter plusieurs acteurs et leur rôle.
Points clés
  • L’Amérique latine est une région marquée par une forte asymétrie territoriale et socio-économique qui s’explique par d’importantes contraintes naturelles et des facteurs historiques dont l’instabilité politique.
    Afin de renforcer l’intégration des territoires, les politiques de coopération à l’échelle régionale se sont multipliées. Le MERCOSUR est une des politiques de coopération les plus abouties.
  • Les corridors de développement sont des projets d’aménagements, inégalement aboutis, qui témoignent d’une volonté transnationale de coopération. S’ils peuvent constituer un levier d’intégration en répondant aux enjeux d’accessibilité, d’attractivité et d’accès et de captation des circulations marchandes, ils sont à l’origine de plusieurs conflits d’usage liés à des enjeux sociaux, environnementaux et politiques. Ces corridors relèvent d’une forme de gouvernance nouvelle qui repose sur une multitude d’acteurs publics et privés.
Pour bien comprendre
  • Corridor de développement
  • Intégration
  • Libre-échange
  • Cohésion
  • Mondialisation
  • Acteurs
  • Désenclavement

L’Amérique latine s’étend du Mexique au sud de l’Argentine et du Chili. Marquée par l’ingérence américaine et fragilisée par des périodes d’instabilité politique, cette région s’intègre à la mondialisation de façon très inégale.
Le Brésil, pays-membre des BRICS et 9e puissance économique mondiale, domine la région tandis que certains États enclavés restent très peu intégrés. Ainsi, les projets de coopération s’y superposent pour faciliter l’intégration de la région.

1. L’Amérique latine : une région inégalement intégrée marquée par de multiples coopérations
a. Une région marquée par d’importantes inégalités territoriales

L’Amérique latine est marquée par d’importantes inégalités tant sur le plan économique que territorial. C’est une région fortement asymétrique.

La richesse des sols et des États de taille variable

L’Amérique latine se caractérise par des territoires de taille très variable puisqu’elle concentre des petits territoires insulaires, tels que Cuba, et des pays qui bénéficient d’une grande superficie.
Ainsi, le Brésil est le 5e plus vaste pays au monde et s’étend sur 8,51 millions de km2. Cette différence de superficie peut être considérée comme un facteur de l’intégration à la mondialisation puisque les territoires les moins étendus disposent de ressources plus limitées à exploiter.
De fait, le sol de la région est riche en pétrole, en gaz et contient d’importantes réserves minérales, mais celles-ci sont inégalement réparties.

Remarque
L’Amérique latine concentre 65 % des réserves mondiales de lithium, 42 % des réserves d’argent, 38 % de cuivre, 33 % d’étain, 21 % de fer, 18 % de bauxite et 14 % de nickel. Ces ressources naturelles sont très convoitées.
Les contraintes naturelles, sources de fractures et de discontinuités socio-économiques

Les nombreuses contraintes naturelles concentrées dans la région expliquent aussi son inégale intégration.
Le Venezuela, la Colombie, l’Argentine, le Pérou et la Bolivie sont traversés par la Cordillère des Andes. Cette chaine de montagne, qui s’étend sur 8 000 km du Venezuela à la Terre de Feu, dessine des paysages escarpés liés à la présence de sommets et de hauts plateaux.
La Terre de Feu se situe à 1 000 kilomètres seulement de l’Antarctique. Le désert mexicain de Chihuahua et la forêt amazonienne sont des déserts humains.
Des éléments qui créent d’importantes fractures et discontinuités socio-économiques, puisque les systèmes productifs les plus dynamiques et la population se concentrent majoritairement dans les régions côtières et dans les territoires dépourvus de contraintes naturelles.

b. D’importantes inégalités économiques à l’échelle régionale

Les territoires d’Amérique latine sont très inégaux sur le plan économique. La Banque mondiale classe les économies du monde en quatre groupes. Ce classement illustre les inégalités en Amérique latine et montre l’enclavement de certains territoires de la région.
Les territoires qui possèdent un revenu national brut par habitant élevé sont les mieux intégrés à la mondialisation. Ces États sont toutefois peu nombreux : le Panama (grâce à son canal), le Costa Rica, le Chili et l’Uruguay et Porto Rico.
Les espaces insulaires de la Caraïbe font partie intégrante de la région. Or, certains territoires, comme Porto Rico, sont des paradis fiscaux. Ce sont des pôles majeurs de la mondialisation grise. Ils drainent d’importants flux financiers, leur développement économique est donc supérieur au reste de la région.

Exemple
L’archipel des Bahamas est un paradis fiscal. Il possède le 2e PIB par habitant le plus élevé de la région puisqu’il s’élève à plus de 31 000 dollars par an.
Mondialisation grise : Mise en réseau du monde par le biais d’activités et de flux illicites. La majorité des territoires de la région ont un revenu par habitant intermédiaire supérieur.

En effet, l’Argentine et le Mexique sont des pays émergents bien intégrés aux réseaux mondialisés. Le Brésil est la 9e puissance économique mondiale et domine la région.
Pourtant, ces États se situent dans la même catégorie que la Colombie et Cuba : un RNB par habitant compris entre 3 896 dollars et 12 055 dollars par an. Cela s’explique par une inégale intégration à la mondialisation de ces territoires à l’échelle locale. En effet, au Brésil, la population des régions du Nord et du Nordeste souffre d’une grande pauvreté tandis que les régions du Sud et Sudeste sont particulièrement dynamiques.
Les inégalités socio-économiques et spatiales sont donc présentes à toutes les échelles dans la région.

Mondialisation : ensemble des processus économiques, culturels, technologiques, etc., qui facilitent la mise en relation des sociétés.

Enfin, les États les plus enclavés produisent très peu de richesses. La Bolivie est un pays enclavé classé parmi les revenus par habitant intermédiaires inférieurs. Si le territoire s’ouvre progressivement à la mondialisation grâce au tourisme, l’absence d’accès direct à la mer est un frein au développement économique du pays.
Haïti est le territoire le plus pauvre de la région, classé parmi les PMA (les pays les moins avancés). Cet espace est fortement marginalisé.

Exemple
L’instabilité politique et la vulnérabilité d’Haïti face aux catastrophes naturelles rendent le territoire peu attractif. Le revenu national brut par habitant y est inférieur à 1 000 dollars par an.
c. Renforcer l’intégration des territoires : la multiplication des politiques de coopération

Les territoires d’Amérique latine ont été marqués par de longues périodes d’instabilité politique et par l’influence américaine, encore très forte dans l’espace caribéen.
L’intégration à la mondialisation reste très inégale à l’échelle régionale malgré de nombreux atouts et la présence d’un point de passage stratégique pour le commerce mondial : le canal de Panama.
Ce corridor maritime bi-océanique est long de 80 kilomètres et comprend trois écluses. Il est le seul point de passage qui permette de traverser l’Amérique : une dizaine d’heures suffisent pour relier l’océan Pacifique à l’océan Atlantique.

Des navires portes-conteneurs passent les écluses de Gatún du canal de Panama ǀ © iStock – Searagen

Ainsi depuis 1960, les territoires latino-américain multiplient les coopérations régionales pour renforcer leur intégration et limiter l’influence américaine sur les territoires.

  • Le marché commun centraméricain – devenu système d’intégration centraméricain en 1991 – constitue l’alliance commerciale la plus ancienne du continent américain. Ces traités de libre-échange bilatéraux entre le Guatemala, le Nicaragua, le Honduras et le Costa Rica ont dans un premier temps contribué au processus d’intégration économique. Cette coopération est ensuite fragilisée par l’instabilité politique et ne reprend qu’en 1991.
  • Le MERCOSUR est l’une des formes de coopération les plus abouties. Fondé en 1991 par le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et l’Argentine, ce marché commun repose sur des accords de libre-échange qui ont contribué au développement commercial de la région. Actuellement, le MERCOSUR regroupe cinq membres permanents – dont le Venezuela, qui est suspendu depuis 2017 – et cinq membres associés (la Colombie, le Pérou, la Bolivie, l’Équateur et le Chili). Il est le 6e marché le plus important à l’échelle internationale et la 7e économie mondiale en termes de PIB. En 2019, un projet d’accord commercial entre l’Union européenne et le MERCOSUR est signé. Il témoigne du succès de cette coopération.

D’autres formes de coopération renforcent la concurrence entre les territoires de la région.
C’est le cas de l’Alliance du Pacifique fondée en 2012. Le Chili, la Colombie, le Pérou, le Mexique et le Costa Rica se sont associés pour favoriser leur intégration dans la zone Asie-Pacifique, ce qui renforcerait leur développement économique.
Enfin, le premier sommet du PROSUR – forum pour le progrès en Amérique du Sud – s’est tenu en mars 2019. Il a réuni onze représentants d’Amérique du Sud qui ont évoqué une potentielle coopération dans divers secteurs, dont la santé, la défense et les énergies. Par conséquent, les domaines de coopération au sein de la région se multiplient.
Toutefois, les échanges intrarégionaux restent faibles puisqu’ils ne représentent que 15 % des échanges réalisés.

2. Les corridors de développement : une nouvelle forme de coopération ambitieuse
a. Les corridors de développement : une nouvelle forme de coopération

Les corridors de développement d’Amérique latine sont des projets d’aménagement nombreux qui n’ont pas tous le même niveau de concrétisation.
En Amérique latine, les corridors de développement sont des corridors de transport qui résultent d’importants aménagements.

Aménagements : action publique dont l’objectif est d’améliorer le quotidien des habitants en favorisant la concentration des activités, des individus et de leurs équipements.

Ces corridors ne se limitent pas à relier des villes entre elles, par le biais de nouvelles infrastructures de transports. Il s’agit surtout de structurer entre elles des régions urbanisées, déjà existantes, à des régions émergentes et/ou enclavées en raison des contraintes naturelles. Tous ces projets permettront de relier ces régions aux grands ports d’Amérique latine qui seraient en conséquence mieux intégrés à la mondialisation. Cette accessibilité nouvelle permettrait une meilleure ouverture de la région sur le monde ce qui transformerait et intensifierait les modes de production.

Ils s’inscrivent donc dans une démarche de coopération transnationale et constituent un levier d’intégration pour une région qui souhaite devenir un espace multipolaire.

Exemple
La route en lacets, dite de Caracoles, est l’un des principaux axes interocéaniques d’Amérique latine. Or, le col de la Cumbre se situe à 3 832 mètres d’altitude. En 1980, le tunnel du Christ rédempteur a été percé à 3 180 mètres d’altitude. Long de 3 kilomètres, il a permis de limiter les contraintes liées aux paysages escarpés et à l’enneigement hivernal. Le projet d’un tunnel ferroviaire long d’une cinquantaine de kilomètres est à l’étude depuis plusieurs années afin que les territoires gagnent en accessibilité.

Ainsi, les corridors de développement répondent à des enjeux d’accessibilité et d’attractivité.
L’ambitieux projet du corridor central ferroviaire bi-océanique constitue un exemple de cette nouvelle forme de coopération. Long de 3 755 kilomètres, il permettrait de relier le port de Santos, au Brésil, à celui d’Ilo au Pérou. Ainsi, il faciliterait l’accès à d’importantes ressources en minerais et à 30 % des réserves mondiales d’eau renouvelable, leur exploitation serait ainsi simplifiée. Ce projet permettrait également de fluidifier et d’intensifier les échanges dans la région puisqu’il réduirait d’une vingtaine de jours la durée de transport des flux entre la Chine et le Brésil. Ainsi, le Brésil pourrait exporter davantage sa production agricole vers la Chine, ce qui implique une production agricole plus importante sur le long terme. Enfin, aux enjeux d'accessibilité et d’attractivité, s’ajoute celui de la durabilité puisque le train est moins polluant que les porte-conteneurs.

En Amérique centrale, l’objectif de ces corridors de développement réside majoritairement dans la volonté de relier le plus rapidement possible les deux façades océaniques ou de relier les régions productrices de richesses encore enclavées aux espaces portuaires intégrés. L’enjeu principal de ces corridors est donc de capter les circulations marchandes puisque les États souhaitent davantage s’intégrer à la mondialisation par le biais du commerce maritime dans un contexte plus concurrentiel.

Exemple
Le canal de Panama est le facteur d’attractivité et d’accessibilité sur lequel repose le développement économique du pays. Par conséquent, de nombreux pays centraméricains tentent de promouvoir de leur côté des corridors de développement qui pourraient concurrencer le canal de Panama. Le projet du canal du Nicaragua repose sur la volonté de répondre à un enjeu de repositionnement stratégique qui aurait permis au territoire de renforcer ces échanges commerciaux avec la Chine grâce à une traversée de 30 heures. S’élevant à 50 milliards de dollars, le projet doit être financé par un acteur privé : le milliardaire chinois Wang Jing. Depuis 2015 le projet est à l’arrêt puisqu’il a fait l’objet de vives oppositions et que l’investisseur s’est finalement désisté face au cout du projet.

 

b. Une grande diversité d’acteurs

Les corridors de développement sont des projets de grande envergure. Ils se caractérisent par une forme nouvelle de gouvernance qui prend en compte la multitude d’acteurs publics et privés qui financent et contribuent aux projets.
L’action publique des États est particulièrement complexe dans le cadre de ces projets. Ils sont certes des acteurs publics du projet, mais ils doivent également coopérer avec les autorités administratives locales chargées du projet à l’échelle locale.
D’autres États, extérieurs à la région, financent également certains corridors de développement ou envoient des entreprises publiques pour contribuer à l’aménagement du projet. Ainsi, la Chine et l’Union européenne sont également des acteurs publics de ces projets. Enfin, certaines organisations régionales comme le MERCOSUR et l’UNASUR sont également des acteurs publics de certains projets.
Les acteurs privés sont également nombreux puisqu’il s’agit de l’ensemble des investisseurs privés et des entreprises privées qui contribuent au financement ou à l’aménagement des projets.

c. Les limites d’une forme de coopération source de conflits

Les corridors de développement sont parfois à l’origine de conflits. Tout d’abord, la présence d’investisseurs chinois témoigne du fait que la Chine et les États-Unis tentent d’étendre leur influence dans la région en contribuant à ces projets. Or, ces deux grandes puissances économiques sont en rivalité constante. L’Amérique latine, par le biais des corridors de développement, est le nouveau champ de bataille de ce conflit géopolitique.

Exemple
Le gouvernement chinois a investi 153 milliards de dollars en Amérique latine pour contribuer à l’aménagement de certains corridors de développement dans le cadre du projet de construction des nouvelles routes de la soie. Cet investissement est colossal puisqu’il est supérieur aux fonds versés par la Banque mondiale pour la région qui s’élèvent à 84 milliards de dollars.

Par ailleurs, certaines parties des corridors de développement se heurtent à de vives oppositions liées aux enjeux environnementaux et sociaux. En effet, l’aménagement de ces corridors de développement dégrade l’environnement puisqu’il provoque une perte de la biodiversité liée à la dégradation de certains écosystèmes.
Les enjeux sociaux sont multiples. Les populations locales ne sont pas nécessairement consultées. Des travailleurs locaux sont également exploités pour réaliser ces projets. Enfin, des populations sont contraintes au déplacement dans le cadre de la réalisation de ces projets qui portent atteinte à certaines cultures amérindiennes.
Par conséquent, des mouvements de contestation se forment pour lutter contre la réalisation de ces projets.

Exemple
Suite au projet de construction d’une route, longue de 300 kilomètres, en territoire amazonien, de nombreux mouvements de protestation se sont formés. Cette pression sociale entraine l’annulation du projet. En 2017, le gouvernement bolivien établit une nouvelle loi afin de justifier le projet et de contourner les oppositions liées à la présence d’un territoire indigène et d’un parc national.

Ces projets peuvent toutefois être garants d’un apaisement face à des tensions historiques entre certains États. La Bolivie est un pays enclavé, ce qui nuit considérablement à son économie. Elle a perdu son seul accès à la mer lors de la guerre du Pacifique (1879-1890). Depuis, elle est en conflit avec le Pérou et le Chili, car elle souhaite récupérer un accès à la mer que la Bolivie juge lui appartenir de droit. La libre-circulation de biens et de personnes dont elle dispose sur le territoire chilien est jugée insuffisante. Or, les corridors de développement permettraient à la Bolivie de faire circuler plus facilement ses productions, ils pourraient apporter une solution pour faciliter l’intégration du pays.

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