Histoire des arts et des idées - Maxicours

Histoire des arts et des idées

1. Un demi-siècle baroque
De 1550 à 1750, le baroque ne cesse de s’implanter en Europe. Il s’épanouit en réaction au sens de la mesure, à la dimension rigoriste propre aux années 1550.
a. L'esthétique baroque

Depuis l’apogée de la Renaissance, l’art a subi une triple évolution :
- le maniérisme, ce mouvement, installé à Fontainebleau, joue sur toutes les compétences acquises au contact de l’Antiquité et de l’Italie, c’est le règne de la courbe et de la spirale.
- le scepticisme philosophique où l’homme réfléchit et prend conscience de sa condition.
- le baroque de déception où dès le Concile de Trente, l’église de Rome réagit en organisant son dogme et sa diffusion. En Europe, par l’éducation, dans le monde par les missions. L’importance des jésuites dans cet enseignement est fondamentale.

En art, c’est le règne de la courbe convexe et de la coupole.
En littérature, on mélange les genres et les registres. C’est le règne des faux-semblants avec un goût pour le morbide et le fantastique. Tout est en mutation avec un penchant pour le déguisement et la métamorphose. On joue également sur les repères spatio-temporels afin de tromper le lecteur ou le spectateur comme dans L’Illusion comique (1636) de Corneille.
b. Une période mouvementée
En peinture, la querelle oppose le dessin (le trait) et la couleur. Les partisans du trait comme Poussin (L’Empire de Flore, 1631) font du tableau presque une épure d’architecte alors que les partisans de la couleur comme Rubens ( Les Malheurs de la guerre) estompent les lignes de séparation entre les sujets ou les objets peints au profit d’un jeu sur les couleurs : ce sont les ombres qui marquent les séparations. En 1648, est créée l’Académie royale de peinture et de sculpture où les thèses continuent de s’affronter. Une frontière se dessine entre pays protestants qui interdisent la représentation divine et les pays catholiques qui accentuent la représentation divine par la peinture et la sculpture.
c. Le libertinage d'esprit
Au-delà de la querelle esthétique se déroule un débat scientifique avec la volonté de découvrir des vérités scientifiques en astrophysique, en médecine… Mais ces recherches se heurtent à la censure royale et religieuse. Va donc se mettre en place les libertins d’idées qui attachent de l’importance à l’émancipation du texte biblique mais qui s’affranchissent d’un certain nombre de contraintes. C’est le cas de Cyrano de Bergerac.
2. Un demi-siècle classique
a. La naissance d'un idéal
Le classicisme est né sans doute en opposition à la démesure du baroque qui le précède, mais également à partir des questions qui se posent à cette époque sur la vie, la morale et la religion. Nous entrons dans une ère esthétique où les auteurs cherchent à rivaliser en touchant le public par des œuvres qui puissent plaire au plus grand nombre. On assiste donc à la naissance de chefs-d’œuvre qui sont crées dans la difficulté car il est toujours difficile de vivre de sa plume face au clergé qui crie sans cesse au blasphème.
b. L'esthétique classique : principes et thèmes
- Plaire et instruire : l’art doit émouvoir, provoquer le rire ou les larmes. Il faut de l’agréable et du réel, mais il faut que cet agréable soit lui-même pris du vrai, écrit Blaise Pascal.
- Rechercher le naturel : l’art classique refuse l’abondance, l’accumulation. Il se veut simple, clair et naturel afin de ne retenir ce qui est crédible et exemplaire.
- Respecter les règles : il faut respecter les règles de chaque genre afin d’en assurer l’unité, la cohérence.
- Une société étouffante : la monarchie autoritaire a remplacé les héros par des courtisans. La nouvelle société de cour multiplie intrigues, jalousie, mensonges.
- Le modèle de l’honnête homme illustre à la fois les qualités du corps (un minimum de vaillance et d’habileté physique, la prestance, l’élégance vestimentaire, la pratique des divertissements mondains comme la danse…), mais également les qualités de l’âme (vertus chrétiennes et civiques, maîtrise de soi, complaisance…) avec les qualités de l’esprit (une culture suffisante, une compétence discrète, un langage juste et élégant, l’art de la conversation.

Comme en littérature, la peinture connaît une profusion de débats, de traités et de conflits qui illustrent une très grande vitalité et vivacité d’esprit. En 1688, à l’Académie royale de peinture et de sculpture, Philippe de Champagne, devant Colbert, fait l’éloge de Poussin, Gabriel Blanchard répliquera par une défense de la couleur chez Rubens.
Période mouvementée également avec le projet gigantesque de la construction ou plutôt de la transformation du château de Versailles. A l’origine, il s’agissait d’un pavillon de chasse édifié par Louis XIII dans les années 1630, c’est vraiment l’œuvre de Louis XIV qui, dès le début de son règne personnel en 1661, vient se divertir à Versailles, dans les jardins crées par Le Nôtre. Les fêtes somptueuses qui y sont données auront un rayonnement dans toute l’Europe. Le chantier débute en 1677, lorsque Louis XIV décide de fixer la Cour et le Gouvernement à Versailles. Nous citerons comme principaux architectes et paysagistes Le Vau et d’Orbay pour la première phase d’agrandissement, puis Mansart qui va quintupler la surface habitable, ainsi que Le Nôtre pour la réalisation des jardins.
c. Le genre classique : l'âge d'or de la dramaturgie
A l’origine, La Poétique d’Aristote remise au goût du jour dans L’Art Poétique de Boileau et qui constitue la poétique de la littérature classique et plus précisément celui de la tragédie, genre noble et sérieux qui fit l’objet de nombreuses études et fut codifiée de la manière suivante :

- la règle des trois unités : la pièce doit se dérouler en 24 heures (unité de temps), en un lieu (unité de lieu) et ne contenir qu’une action principale (unité d’action).
- la règle de vraisemblance et de bienséance : le sujet doit paraître vrai puisque le théâtre se voulait une imitation de la vie réelle. En outre, la pièce doit être convenable, elle ne doit pas choquer le spectateur.
d. La querelle des Anciens et des Modernes
On désigne par cette expression une querelle qui eut lieu dans le dernier tiers du XVIIe siècle dans les milieux littéraires et mondains. Il s’agissait de savoir si les Anciens étaient supérieurs aux Modernes.

De 1653 à 1674, une première querelle avait porté sur l’emploi et la conception du merveilleux en littérature.
De 1676 à 1677, une deuxième querelle se développe concernant le choix de la langue, latin ou français sur les inscriptions des monuments. La réconciliation eut lieu en 1697, mais l’avantage resta aux Modernes dont les idées étaient considérées plus adaptées à l’évolution du siècle. Parmi les défenseurs des Modernes, notons le rôle primordial que joua Charles Perrault qui activa la querelle en lisant à l’Académie Le Siècle de Louis le Grand. La bataille fit rage entre lui et Boileau qui défendait les Anciens.
e. La querelle entre les Jésuites et les Jansénistes
Ce sont deux communautés qui ont une approche différente de la foi. Cette querelle prend naissance pendant la Contre Réforme lancée par les catholiques afin de redorer l’image de l’église romaine.

Tout d’abord les Jésuites issus de la Compagnie de Jésus fondée en 1540 par Ignace de Loyola sous l’impulsion du Concile de Trente qui illustre le début de la Contre Réforme. Il s’agit d’une théologie optimiste et humaniste dans laquelle Dieu offre à l’homme la possibilité du salut de son âme et l’homme est libre d’accepter ou de refuser. C’est l’idée du libre arbitre.

A l’opposé se trouve le jansénisme. En 1609, la vieille abbaye cistercienne de Port Royal des Champs dans la vallée de Chevreuse avait été réformée par une jeune abbesse Angélique Arnauld, soucieuse de revenir à la pureté de la règle. Cette rigueur séduisit bon nombre de notables qui n’hésitèrent pas à tout quitter pour aller vivre dans l’étude et la méditation. En même temps furent véhiculées les idées de Saint Augustin qui affirmait que le salut de l’homme ne pouvait avoir lieu que par la grâce, faveur gratuite et toute puissante de Dieu.

Cette conception engendra une vive réaction et marqua le début des persécutions contre les Jansénistes qui durent s’exiler et cesser toute activité. L’abbaye de Port Royal fut détruite en 1710. Ce conflit entre les deux communautés prendra surtout corps dans le domaine littéraire où des auteurs comme Molière, jésuite, seront attaqués par les jansénistes. De même, certains comme Pascal dans les Provinciales prendront la défense des jansénistes.

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