À la lumière d'hiver : l'auteur et son oeuvre - Maxicours

À la lumière d'hiver : l'auteur et son oeuvre

Objectifs :
Connaître l’auteur et son œuvre, les dates importantes de sa biographie, sa conception du rôle de poète.
1. Présentation de l'auteur
a. Quelques dates importantes
1925
Philippe Jaccottet naît à Moudon en Suisse. À la suite d’une mutation de son père vétérinaire, la famille s'installe à Lausanne quelques années plus tard. Il est élevé dans une éducation fondée sur la rigueur calviniste dont il gardera une exigence sur lui-même, sur sa poétique.

1940-1945
L’adolescence du poète est profondément marquée par l’écriture. À 15 ans, il offre un recueil poétique à ses parents, Les Flammes noires, manuscrit resté inédit. Mais 5 années plus tard, paraissent ses premiers poèmes : Elégie, Pour les Ombres, Les Iris ; et son premier livre Trois poèmes aux démons.
Le jeune homme suit des études de lettres et obtient une licence, il rencontre Gustave Roud qui l’initie au romantisme allemand, à une sensibilité exacerbée face à la beauté de la nature et aux poètes qu’il traduit : Novalis et Hölderlin. Il s’essaie avec brio à la traduction, à l’écriture critique puis au théâtre Perceval.

1946-1953 

Jaccottet voyage en Italie et rencontre Ungaretti qu’il traduit dans Pour l’Art. De retour à Paris, il travaille pour l’éditeur Mermot, mécène des grands auteurs suisses. Il traduit (Thomas Mann, Platon, Musil), publie le poème Requiem (composé à partir de photos-chocs sur des otages de guerre), écrit des essais critiques et de nombreux articles pour la presse.
Même s’il préfère « vivre assez avarement à l’écart », il noue des amitiés littéraires avec Paulhan, Ponge, Du Boucher, Bonnefoy, Dupin…

1953-1956 
Le poète trouve sa voix poétique et paraît le recueil qu’il pense être le début de son œuvre poétique L’Effraie. Il épouse la peintre Anne-Marie Haesler et s’installe à Grignan, lieu d’élection pour « se mettre à une distance salutaire ». Il poursuit son travail de traducteur sans négliger sa composition personnelle et sa collaboration à la NRF (Nouvelle Revue française) ou la Nouvelle Revue de Lausanne. Il multiplie les voyages en Italie, Allemagne, Espagne, Autriche, Grèce…

1956-1961
Après avoir obtenu le prix Rambert, il traverse une période difficile du point de vue de l’écriture, s’essaie à la prose dans Éléments d'un songe et L'Obscurité qui paraissent en 1961 et témoignent de cette traversée du désert. Il traduit Hölderlin et Ungaretti.

1968 
L’Entretien des Muses assemble des textes critiques sur la poésie contemporaine française.

1970-1974 
Jaccottet est profondément marqué par le décès de sa mère et de son beau-père, puis de son cher ami Roud. Leçons et Chants d’en bas sont des livres de deuil qui ancrent la puissance du déchirement.

1975-20 … 
Jaccottet noue de nouvelles amitiés avec Jourdan, Palaisieux qui collaborent à de nouvelles éditions mêlant poésie et peinture. En 1977, il publie A la Lumière d’Hiver, un recueil qui dit son amour de la nature et son doute d’une poésie capable de saisir le réel, adoucir la déchirure… D’autres recueils regroupent les carnets du poète comme La Semaison en 1984 ou Et, néanmoins en 2011, autour du thème d’un réconfort possible en la nature, d’un espoir en les mots…
b. Le poète par lui-même
Les mots des autres
Jaccottet a traduit Goethe, Hölderlin, Musil, Rilke, Mann, Ungaretti, Homère… Il a davantage rédigé de traduction que de productions personnelles. Si la traduction a été un travail nécessaire et lucratif, elle fait aussi partie intégrante de sa poétique dans le sens où il s’est profondément nourri de ses lectures. De sa technique est née une poétique propre dite de « l’effacement ». En effet, la poésie de Jaccottet cherche comme dans la traduction, une certaine autonomie, une disparition totale du poète dans une voix discrète.

« N’être d’abord qu’une voix étrangère, puis donner à cette voix, avec les ressources de notre langue, un corps en qui survive l’inflexion première », tel est l’objectif d’une traduction juste, comme celle d’une justesse poétique.

L’effacement du poète 
Le poète n’est pas le cliché du mage éclairé par la Muse mais un « anonyme (…) vêtu comme n’importe quel autre homme soucieux ; chaque année plus oublié, plus enseveli par l’obscurité grandissante » (Une Transaction secrète) qui doit « veiller comme un berger [et] appeler tout ce qui risque de se perdre s'il s'endort ».

L’activité d’écriture est modestie et effacement. Le poète est un médiateur qui sait l’incertitude de ses moyens et la difficulté de sa tâche. Il dit le monde avec des moyens défaillants, recommence sans cesse, dans le désir de remédier à l’impuissance de l’homme face au monde. De son manque naît sa poésie qui s’auto-engendre dans l’expression même de ce manque.

Jaccottet refuse la tentation du lyrisme qui exacerbe le « moi ». Il souhaite « que l’effacement soit ma façon de resplendir » : refusant l’effusion romantique, recherchant la modestie et la discrétion, une écriture retenue et qui s’ouvre au monde dans une perception débarrassée de subjectivité.
2. L'œuvre
a. Contexte de parution
L’œuvre de Jaccottet relève de la poésie moderne qui remet en question les mouvements littéraires antérieurs comme le surréalisme ou l’effusion lyrique. Elle s’interroge sur sa fonction, son pouvoir et son rôle dans un monde dévasté par la guerre ou les bouleversements sociaux. La poésie est lucide devant ses limites.

Bonnefoy comme Jaccottet désirent une poésie modeste qui habite le monde sensible. Le poète dit le manque, l’insaisissable, l’éphémère. Il lutte contre l’éviction de Dieu, tentant de recoudre la faille, la blessure. Le poète moderne cherche à résoudre le chaos intime d’un homme abandonné par le sacré qui cherche les signes de l’invisible dans le sensible, dans un jaillissement poétique.

Le poète est équilibriste entre l’intensité du visible procurant la jubilation poétique et l’absurdité de la condition mortelle.
b. Contenu
Doc. Allégorie du temps aiguisant sa faux

Leçons et Chants d’en bas 
Deux recueils de deuil, d’une diversité de forme et de versification dont Jaccottet dit qu’ils n’ont pas la « cohérence intérieure dont sont issus les livres précédents », parce qu’ils ont fait de manière paradoxale « l’objet d’un véritable travail et même assez long » (Une Transaction secrète, au sujet de Leçons).

Leçons est composé d’un poème liminaire suivi de 22 courts poèmes. Le titre suggère l’expérience de la vie ou plutôt la confrontation à la mort présentant son travail progressif et aberrant, et niant tout espoir de survie. Le regard du maître mourant légitime cette haute exigence du sujet se régénérant dans l’écriture. Les textes disent l’impuissance, la révolte et guident vers l’acceptation, une « accueillance ». Devant la fuite du temps, face à la dispersion de l’identité d’un homme mort, le poète écrit la blessure pour assumer la mort, avec humilité.

Chants d’en bas est composé de la même manière d’un poème liminaire (= au début del'œuvre) suivi de deux sections « Parler » qui regroupe huit poèmes numérotés ; et « Autres chants » qui assemblent six poèmes précédés d’un bref texte entre parenthèses (« Je t’arracherais bien la langue… »). Le titre suggère une parole qui recueille les paroles d’en bas, dans une poétique lucide qui résiste dans une parole volatile et aérienne, même si elle sait sa défaillance.

A la Lumière d’Hiver
Recueil de 14 poèmes regroupés en deux sections et précédés d’un texte liminaire qui introduit le thème d’une langue fragile qui se veut réceptacle de la lumière.
Le titre évoque le paradoxe de l’écriture de Jaccottet : la cohabitation du négatif et du positif, la tension entre la mort et la lumière, le déséquilibre entre le dépouillement de l’hiver et la permanence d’une lumière blessée. Le titre reflète la poétique même de Jaccottet qui est celle de tisser, de colmater la béance de la mort, la peur de la finitude par une lumière sublimée ou une écriture qui se répète sans fin.

Les poèmes sont un débat intime entre le temps qui passe inexorablement et la tentative d’une fuite « hors de tout enchantement ».
L'essentiel
Philippe Jaccottet est un auteur de la modernité dont la poésie se nourrit de thèmes chers à nombre de ses contemporains et s'interroge sur ses failles et lacunes. Pourtant, la voix de Jaccottet, si elle se nourrit de ses lectures, prend une allure toute particulière, se confrontant et se régénérant dans son écueil : le silence...

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