Contestation de la puissance européenne - Maxicours

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Contestation de la puissance européenne

1. Les contestations au sein des colonies
a. Les premières résistances locales
Dès le début du XXe siècle, outre-mer, l’expansion coloniale a suscité des mouvements de résistance ou de rébellion plus ou moins vifs. Partout, les « traditionalistes », qui veulent retourner aux sources de leur propre civilisation pour résister à l’Europe, s’opposent aux « modernistes » qui veulent, au contraire, se mettre à l’école de l’Europe pour mieux la combattre.

Ainsi, en Algérie, les « Vieux Turbans » s’appuient sur le Coran pour dénoncer la civilisation matérialiste apportée par la France, tandis que les « Jeunes Turcs » revendiquent le libre accès aux emplois publics et le droit d’être représentés au Parlement.

b. La Première Guerre mondiale accélère ces mouvements de résistance
• Les mouvements nationalistes en Asie
Dans les régions soumises à l’Europe, les mouvements nationalistes s’organisent.

En Inde, sous l’influence du Mahatma Gandhi, le parti du Congrès réclame le self-government et appelle au boycott des produits britanniques, au refus de l’impôt et à des marches protestataires. Le « retour au rouet » est une manifestation symbolique contre l’invasion de l’Inde par l’industrie moderne et l’aliénation de l’homme par la machine. Face à ces revendications, les Britanniques lui octroient une certaine autonomie en 1935.

En Indochine, le parti communiste indochinois fondé par Nguyen Ai Quoc (futur Hô Chi Minh) exige un statut analogue à celui des dominions britanniques.

En Indonésie, le parti national indonésien de Sukarno réclame, en 1927, l’indépendance.

• Les mouvements nationalistes en Afrique
En Afrique, la Première Guerre mondiale marque aussi un tournant.
Au Maroc, les tribus du Rif menées par Abd-el-Krim se révoltent contre la France et l’Espagne.
En Tunisie, le Néo-Destour, parti créé par le jeune avocat Habib Bourguiba, se lance en 1938 dans une campagne de grèves qui débouche sur des affrontements sanglants.
En Algérie, le mouvement de l’Étoile africaine de Messali Hadj est renforcé.

Partout dans ces pays arabes s’affirme la volonté de défendre les valeurs de l’islam contre l’emprise de l’Occident.
En Afrique noire, les mouvements de contestation sont plus limités.

c. La Seconde Guerre mondiale, un tournant radical
La Seconde Guerre mondiale a profondément transformé les relations entre les métropoles européennes et leurs colonies. La guerre contre le nazisme est menée au nom de la liberté et des droits de l’homme, valeurs défendues dans la Charte de l’Atlantique (1941) et la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), et qui constituent un appui précieux pour les peuples colonisés.

Les colonies mesurent aussi combien la guerre a affaibli les métropoles. La France, la Belgique et les Pays-Bas ont été vaincus en quelques semaines et certains de leurs territoires occupés (Tunisie, Indonésie, Indochine, etc.).
En Asie, les Japonais ont profité de la guerre pour diffuser une propagande anti-européenne. En se retirant, ils proclament même l’indépendance, ce qui rend le retour des anciennes métropoles encore plus difficile.
Le prestige et le mythe de l’homme blanc ont été atteints, d’autant que la loyauté des colonies ayant participé aux combats n’a pas été payée de retour.

Si elles sont renforcées par la guerre, les aspirations à l’indépendance des peuples colonisés continuent d’obéir à des motivations diverses :

• certains rejettent, au nom de leur propre culture traditionnelle, les idées politiques et modes de vie venus de l’extérieur.
• d’autres retournent contre les métropoles les idées de liberté et d’égalité. C’est le cas du Sénégalais Senghor.
• enfin, des combattants comme Hô Chi Minh empruntent aux Européens le marxisme.

Ces nationalismes sont très variés : modernistes, traditionalistes, transnationaux (asiatisme ou panarabisme).
Le rôle des élites indigènes occidentalisées est fondamental. Formées au contact des idées métropolitaines, mais écartées des responsabilités politiques, elles revendiquent le pouvoir. Des personnalités charismatiques émergent ou s’affirment comme Gandhi, Hô Chi Minh ou Bourguiba.
En 1942, en Inde, le parti de Congrès de Gandhi et de Nehru lance un nouveau slogan : Quit India (« les Anglais hors de l’Inde »).
En Algérie, Ferhat Abbas lance, en février 1943, un Manifeste du peuple algérien qui, pour la 1re fois, rassemble toutes les forces politiques musulmanes. Au Maroc, les nationalistes constituent un nouveau parti de l’Istiqlal (Indépendance).
L’indépendance est parfois obtenue pacifiquement, parfois en organisant une lutte armée et en recourant à la guérilla.

2. Les contestations dans les métropoles
a. Un anticolonialisme européen très limité avant 1939
• L’idée coloniale est largement partagée …
L’exposition coloniale de 1931 semble marquer l’âge d’or de la colonisation. De véritables zoos humains sont présentés, sans que la bonne conscience européenne ne s’en émeuve. Elle totalise 33 millions d’entrées.
Dans un sondage réalisé auprès des jeunes candidats au baccalauréat, 85 % d’entre eux estiment que la France peut être fière de son œuvre dans les colonies et 84 % que la France a intérêt à maintenir des liens privilégiés avec son empire. C’est dire que l’idée coloniale est largement répandue.
• … mais l’hostilité à l’expansion coloniale est constante.
En France et en Grande-Bretagne, la contestation est le fait d’économistes libéraux qui dénoncent l’exploitation commerciale et surtout le coût financier de la colonisation.
Elle rassemble aussi des catholiques et des socialistes qui s’unissent pour dénoncer la cruauté de l’administration coloniale et les profits des entreprises installées outre-mer.
Toutefois, ces milieux ne contestent pas le bien-fondé de la colonisation, seulement ses excès.

Des intellectuels, comme André Gide, dans Voyage au Congo, en 1927, dénoncent les méfaits des Européens en Afrique noire.
En 1927, naît à Bruxelles la Ligue contre l’oppression coloniale, présidée par Albert Einstein.

b. Les promesses des colonisateurs à la fin de la Seconde Guerre mondiale
Dans ces circonstances de guerres, les puissances coloniales ont dû multiplier les promesses. Dirigé à la fin de la guerre par les travaillistes, le Royaume-Uni est prêt à une décolonisation progressive.

L’attitude des métropoles est ambiguë :

• Le Royaume-Uni fait preuve d’une certaine souplesse. Il est prêt à renoncer à sa souveraineté pour préserver son influence économique et maintenir ses échanges commerciaux avec ses colonies.
• La France tient fortement à son empire colonial. Elle s’accroche à ce symbole de prestige et de grandeur. A la conférence de Brazzaville, le 8 février 1944, le général de Gaulle s’engage à promouvoir une politique de réformes au lendemain du conflit. Mais, le 8 mai 1945, quand une émeute éclate à Sétif, en Algérie, faisant 103 morts parmi les Européens, la répression est impitoyable (plusieurs milliers de morts).
Le refus du dialogue et la répression des mouvements contestataires sont à l’origine d’une décolonisation violente.
c. La fin des mandats ouvre la voie
Le Liban et la Syrie ont été confiés à la France sous mandats, au lendemain de la Première Guerre mondiale. En mai 1945, les troubles éclatent contre les « oppresseurs » français. Ils sont encouragés par le Royaume-Uni qui domine la région et veut y affaiblir l’influence de la France. En août 1945, l’indépendance des deux mandats est acquise.
De son côté, le Royaume-Uni accorde l’indépendance à la Transjordanie en 1946.
En Palestine, sous mandat britannique, un climat de guérilla oppose Juifs et Arabes. Sans attendre la réalisation du plan de l’ONU, le Royaume-Uni met fin à son mandat le 15 mai 1948.
3. Le rôle des États-Unis et de l’URSS dans la lutte contre l’oppression coloniale
a. L’appui des États–Unis et de l’URSS en 1918
• Les « quatorze points » du président Wilson en 1918
Les États-Unis se considèrent eux-mêmes comme une colonie émancipée ayant gagné sa liberté au prix de la première guerre d’indépendance contre l’Angleterre. Ils affirment que l’indépendance est une évolution inéluctable.
En 1918, dans son programme de paix présenté en quatorze points, le président Wilson proclame que, dans le domaine colonial, les « intérêts des populations intéressés devront avoir un poids égal » à celui des gouvernements métropolitains. Il affirme également le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
• L’Internationale communiste en 1919
Les mouvements nationalistes ont également le soutien de l’Internationale communiste qui, dès 1919, appelle les « esclaves coloniaux d’Afrique et d’Asie » à lutter pour l’indépendance.
b. L’anticolonialisme des deux Grands après la Seconde Guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale a fait aussi surgir deux grandes puissances, États-Unis et URSS, qui sont, chacune à leur façon, anticolonialistes.
En mars 1942, les États-Unis ont affirmé que « toutes les nations possédant un domaine colonial devront coopérer avec les peuples de ces régions pour les rendre aptes à recevoir le statut d’indépendance nationale ».
En 1946, ils donnent l’exemple et accordent l’indépendance aux îles Philippines, colonie américaine depuis 1896, mais ne prennent pas de position officielle pour ne pas embarrasser leurs alliés.
Ils défendent également l’idée d’indépendance car le maintien des colonies entrave le libre-échange.

De son côté, Staline a déclaré, lors de la conférence de Yalta, que le « premier devoir est de donner l’indépendance aux peuples des anciens peuples coloniaux ». Pour l’URSS, la colonisation est une forme particulière de l’impérialisme et du capitalisme.

c. L’ONU, tribune du débat colonial
Les colonisés utilisent l’ONU comme tribune politique. En 1945, la Charte des Nations-Unies confirme le bien-fondé des revendications indépendantistes.
L’essentiel

La Première Guerre mondiale marque la fin des certitudes. Appauvrie, critiquée, l’Europe doit faire face à la contestation des peuples dominés qui, de plus en plus nombreux, mettent en cause les valeurs sur lesquelles elle a fondé sa domination. Dans les métropoles, l’anticolonialisme se développe grâce aux dénonciations des intellectuels, souvent inspirés par le communisme. Dans les colonies, les mouvements nationalistes dénoncent l’impérialisme des puissances coloniales.
La Seconde Guerre mondiale porte le coup fatal : les empires s’effondrent les uns après les autres. La guerre a bouleversé les relations entre les métropoles et les colonies et renforcé le poids des mouvements nationalistes qui appellent à l’indépendance. Les États-Unis et l’URSS deviennent, à leur façon, les chantres de l’anticolonialisme.
Selon l’attitude des puissances colonisatrices, le processus de décolonisation a été pacifique ou violent.

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