Cinéma

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Cours / Cinéma / Terminale L
L'Atalante : la cabine du père Jules  
  • 1. Position de la séquence
  • 2. Esthétique du divers
  • 3. L’ordre, puis le jeu

Objectif : déterminer les enjeux thématiques et formels d’une séquence précise (la visite de Juliette dans la cabine du père Jules) capable de révéler certains aspects essentiels du film de Jean Vigo (concernant notamment le désir et le jeu).
1. Position de la séquence

Un brouillard épais bloque l’Atalante. Fatigué par le comportement changeant des deux jeunes mariés, le père Jules menace de partir. Il disparaît un moment pour câliner ses chats et revient prendre son repas avec Jean et Juliette. Le temps s’éclaircit alors, Jean retourne travailler avec le mousse mais laisse le père Jules finir de manger. Celui-ci reste seul avec Juliette. Il tente de l’impressionner, en lui montrant qu’il sait coudre, en lui parlant de ses mains qui ont fait beaucoup de choses, parfois très obscures. Il lui fait ainsi comprendre, les passant autour de son cou, qu’il a déjà étranglé quelqu’un, un soir, lors d’un passage en Extrême-Orient. Elle le repousse.

La mise en scène de Vigo rassemble ainsi en quelques images les éléments essentiels de la relation du père Jules et de Juliette faite de séduction, d’émerveillement, de promiscuité, de mystères et d’exotisme. Une espèce de jeu se met en place entre les deux personnages : Juliette demande au père Jules de lui servir de modèle pour l’arrondi de la jupe qu’elle est en train de coudre ; l’autre, se sentant regardé pour une fois, profite de l’occasion pour se donner en spectacle. Il se livre à diverses danses exotiques, il énumère les villes de rêve qu’il a traversées, Yokohama, Melbourne, Shanghai, Papeete, San Francisco, Singapour, etc. Il tente ainsi, par ces nombreuses évocations, d’attiser la curiosité et le désir de la paysanne à peine mariée qui n’a encore rien vu du monde et qui s’ennuie sur l’Atalante. Elle n’est pas dupe, lui demande de partir, mais il refuse comme un enfant capricieux et joueur.

C’est alors que l’Atalante arrive à Paris, la ville de toutes les promesses pour Juliette, la ville de la modernité, des spectacles et des vitrines. La jeune femme jette un coup d’œil, elle est ravie, puis va déposer du linge dans la cabine du père Jules qu’elle visite pour la première fois… La position de cette séquence dans l’ensemble du film est absolument déterminante. Elle va répondre aux attentes de Juliette qui s’ennuie manifestement depuis un bon moment, mais aussi aux évocations d’exotisme faites par le père Jules un peu avant (évocations qui ne sont encore que paroles, et qui restent donc insuffisantes) et enfin à l’arrivée de la péniche à Paris (dont la découverte semble imminente). La séquence s’impose donc de toute évidence comme la réponse à un certain nombre de promesses qui tendent à s’incarner. La cabine est le premier véritable lieu de ces incarnations.

2. Esthétique du divers

Le lieu est particulièrement étroit. Dans le premier plan de la scène, lorsque Juliette descend seule dans la cabine, on peut encore voir derrière elle la lumière qui descend de la trappe laissée ouverte. La perspective n’est donc pas complètement obstruée, une ouverture sur l’extérieur est conservée.

Dans le plan suivant qui est une sorte de contrechamp du premier, tout a basculé : il n’y a plus la moindre ouverture, l’exiguïté du lieu est totale. Au petit rayon de lumière précédent qui laissait l’espace légèrement ouvert s’est substitué le tableau d’une femme nue qui le ferme complètement maintenant. C’est donc très clairement un simulacre, une image, un fragment d’imaginaire (l’œuvre d’art, le tableau) qui ferme l’espace réel précédent (la lumière). S’il y a fermeture et exiguïté dans la cabine, c’est donc par l’imaginaire lui-même, littéralement. Ce tableau qui représente une femme nue, allongée sur le côté, entretient avec l’érotisme et le désir un lien tout à fait évident.

Le père Jules qui descend alors dans sa cabine bénéficiera évidemment d’une telle atmosphère. Il va dresser l’inventaire des

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