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Cours de Français Premières - Electre : Les thèmes


Note par nos Maxinautes :  
1. Le tragique
Le sujet de la pièce est tiré du mythe antique où les rois ont des destins hors du commun. Depuis Atrée, chaque génération de ses descendants a été frappée par la malédiction qu'il leur a en quelque sorte léguée. Les fondements du tragique dans Electre reposent donc sur l'héritage de la culture grecque et sur une longue tradition littéraire qui s'en est inspirée.

Cette tradition veut que les personnages nobles qui sont les héros de la tragédie soient capables de sentiments purs et absolus. Ainsi, ces mêmes personnages sont habités par des passions violentes qu'ils ne peuvent réfréner : c'est là que les conflits qui les opposent trouvent leur origine.

Ici Electre désire que la vérité éclate au grand jour concernant le crime de son père notamment, et que, par la révélation de la vérité, toutes les âmes d'Argos soient purifiées. En cela elle se heurte évidemment aux assassins d'Agamemnon qui ne veulent pas s'avouer coupables de ce meurtre.

De plus, à la haine qu'Electre nourrit pour sa mère, Clytemnestre ne peut répondre que par une hostilité constante si elle veut conserver sa dignité et ne pas se laisser dominer par sa fille.

Les ressorts de la tragédie dans cette version-ci relèvent non seulement des héritages du mythe, mais aussi de la menace que représentent les Corinthiens. Cette nouvelle donnée exacerbe les tensions entre Electre et Egisthe car aucun ne veut se plier à la volonté de l'autre. Ainsi, malgré la transformation du régent en souverain magnanime et bien qu'il soit prêt à faire des concessions, la guerre est inévitable.

Pour autant, si le tragique est bien présent chez Giraudoux, le traitement qu'il en fait se différencie du traitement antique puisque les scènes de tragique intense alternent avec des scènes plus légères : il fait intervenir le burlesque dans la tragédie.

2. L'originalité de Giraudoux
a. Le burlesque
L'originalité de l'auteur tient donc tout d'abord dans l'introduction du burlesque.

Cela passe non seulement par la création de situations plaisantes, mais aussi plus précisément par des anachronismes de différentes natures : des termes (« échauguette », « allée de ciment »...), des personnages (le couple adultère tiré de la comédie), des thèmes (la condition de la femme), des échos de l'histoire contemporaine, etc.

b. L'intrigue policière
L'aspect policier que revêt l'intrigue est également une nouveauté, car contrairement aux versions précédentes, Electre et Oreste ignorent ici les circonstances de la mort d'Agamemnon. Il s'agit donc pour eux de faire la lumière sur cet événement.
c. Le renouveau des personnages
De la même façon, le renouveau des personnages donne un second souffle au mythe. Ainsi, le jardinier, s'il est une réminiscence du laboureur que l'on trouve chez Euripide, reste une invention du dramaturge qui l'utilise pour suggérer une échappatoire à l'univers pesant des Atrides.

De même, les Euménides ne sont pas une création de Giraudoux, mais elles ont ici la particularité de grandir durant la pièce : d'abord petites filles, elles atteignent l'âge d'Electre à la dernière scène.

d. La divinité
En outre, le divin est plus effacé ici. Le propre de la famille des Atrides est de commettre à chaque génération des atrocités que les dieux ne manquent pas de punir. Les Euménides constituent la seule véritable présence divine dans la pièce et les dieux ne sont évoqués que rarement ; bien plus, il est même question d'un dieu unique dans le lamento, chose inconcevable chez les Grecs.

Le poids du destin se fait moins oppressant que dans les pièces antiques, et le tragique change même de nature au deuxième acte, puisque la guerre entre au centre des tensions.

e. L'organisation de la pièce
Enfin, l'originalité est aussi dans l'organisation de la pièce. Ainsi, la tragédie ne se déroule qu'en deux actes et l'articulation entre le premier et le deuxième se fait par le lamento. Il constitue un entracte dans la tragédie, une pause qui permet au jardinier, sorti de l'action, de la commenter et d'apporter de cette façon un point de vue différent au spectateur.
A l'époque, ce monologue est aussi le plus long jamais écrit.
3. La survivance du mythe
Un mythe est un récit très ancien qui traverse les siècles, suscitant toujours autant d'intérêt à chaque moment. Si cet intérêt est toujours aussi vif, c'est parce que le mythe traite de la condition humaine, et que le sens peut être assimilable par chaque époque. Les thèmes de la guerre et de la paix, de la liberté, des luttes pour le pouvoir peuvent être adaptés à chaque contexte historique.

Dans Electre, Giraudoux introduit des questions qui évoquent les conflits du XXsiècle, que ce soit la guerre d'Espagne ou les tensions croissantes dues à la montée du fascisme.
On y perçoit des échos du mouvement communiste dans l'hermétisme qui sépare les dirigeants et le peuple, ou des échos de la pensée contestataire et de l'idée de révolution dans la volonté de s'opposer au pouvoir en place.

Le débat d'idées central questionne la position d'un individu dans l'Etat, que ce soit d'un point de vue individuel (Electre) ou d'un point de vue collectif (Egisthe).

Souvent dans les conflits politiques traités en littérature, ce sont les héroïnes qui se trouvent dans l'opposition face à un homme qui exerce un pouvoir tout puissant. Ce schéma se dessine non seulement dans la pièce qui nous occupe, mais aussi dans Antigone d'Anouilh, également issue du mythe antique.

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