Les sociétés modernes se caractérisent par la place et la valeur essentielles qu'elles accordent au travail. Celui-ci a en effet permis leur développement et leur enrichissement. Mais, paradoxalement, dans ces mêmes sociétés, les loisirs ne cessent de s'étendre. Cela n'indique-t-il pas que le travail est avant tout une limite imposée à notre liberté, limite à laquelle nous cherchons à échapper dès que nous en avons le loisir ? Travailler, n'est-ce pas s'aliéner, c'est-à-dire devenir étranger à soi-même, être dépossédé de soi-même ?
1. Le travail est la marque de notre soumission à la nécessité
a. L'homme travaille pour ne pas mourir
Travailler est le fait d'un être qui a des besoins que son milieu naturel ne lui donne pas l'opportunité de satisfaire spontanément. Le mythe de Prométhée (Platon, Protagoras) illustre parfaitement la situation précaire de l'homme dans la nature. Son existence est menacée et seul le travail, renforcé par le savoir et la technique, lui permettra de subsister. L'homme s'est mis à travailler parce que sa vie était en sursis.
b. Il est soumis au même impératif que les autres animaux
Le travail est donc d'abord une activité liée à la survie des hommes. En cela, elle les rapproche de tous les autres êtres vivants et ne les en distingue pas de façon spécifique. Un homme qui travaille est semblable à n'importe quel être qui agit afin de se procurer ce qui est nécessaire à sa survie.
c. L'humanité ne se révèle pas dans le travail
Enfin, le temps où l'homme travaille n'est pas un temps dont il dispose librement. Le travail occupe un temps que, s'il le pouvait, il occuperait à d'autres activités. Le travail est aliénation dans la mesure où sa finalité n'est pas proprement humaine et ne relève pas d'un choix.
2. Le travail permet à l'homme de devenir humain