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Objectif : appréhender les différentes manifestations de la séduction dans le film de Jean Vigo. 1. Une scène d'introduction de mauvaise augure L’Atalante s’ouvre sur le mariage de Jean et de Juliette, ou plus précisément juste après ce mariage que l’on ne voit pas. Une telle nuance n’est pas sans effets, le film s’impose en effet comme l’exact produit d’une union légitime, il commence au sortir de l’église, il est la stricte conséquence d’un mariage qui devient de ce fait sa principale cause… On voit ainsi le père Jules et le mousse, puis les mariés et enfin le cortège qui les suit. La représentation que donne Vigo d’une scène somme toute assez banale est cependant tout à fait étonnante. En effet, la hâte de l’équipage de la péniche tranche d’abord avec la lenteur toute solennelle du couple et celle, plus amère, des villageois qui regrettent l’absence du traditionnel banquet. Trois groupes se forment donc, animés par des intentions et des sentiments tout à fait différents. La distance qui les sépare se creuse de plus en plus, accentuant ainsi leur propre isolement. Vigo substitue à la joie et à la liesse qui accompagnent tout mariage une espèce d’atmosphère vidée de toute émotion qui trouve sa pleine expression au moment de l’embarquement et des séparations. Aucun geste, aucune parole ne répondent aux adieux de Jean, le groupe rassemblé sur la rive n’esquisse pas le moindre mouvement. Pendant la marche, le couple et le cortège appartenaient encore au même plan, mais celui-ci, étiré par ses extrémités, ne faisait qu’accuser leur éloignement. Au moment du départ du bateau, le champ-contrechamp, au lieu de favoriser les échanges (de sourires, de gestes, de regards), ne fait que couronner une séparation irrévocable. Du point de vue de l’histoire, cette ouverture est bien une scène de mariage, mais certainement pas du point de vue de la représentation qu’en donne le cinéaste. Vigo a filmé un mariage comme un enterrement (ce qui donne aux premières larmes versées hors de l’église un sens qui dépasse largement la simple amertume maternelle). De ce fait, si le film s’impose comme la suite d’un mariage dont il va décrire les grands moments, tout semble bien mal parti. 2. Des personnages séduisants Deux personnages vont parvenir à troubler l’ordre et l’ennui du couple légitime, il s’agit évidemment du père Jules et du camelot qui vont tous deux exercer un fort pouvoir de fascination sur Juliette et qui susciteront à cette occasion la même violente colère de Jean. Leurs numéros sont finalement assez proches l’un de l’autre, ils reposent sur un usage important du langage (dire) et sur une mise en scène spectaculaire de divers objets (montrer) : la parole et l’image sont en effet leurs principaux instruments de séduction. Des différences très intéressantes s’inscrivent cependant au sein de leurs démonstrations :
N'attends plus pour la voir en intégralité ! |