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Objectifs : Comprendre la part de réalisme et la recréation, l’irréductibilité de ce récit à un seul genre. Les citations font référence au texte des éditions Folio-Gallimard, n°2533. Tous les matins du monde naît de la volonté d’un réalisateur de cinéma et d’un écrivain passionnés par la musique baroque de la deuxième moitié du 17e siècle de raconter une histoire dont la chair soit la musique. Quignard propose d’entrer « par la petite porte » en proposant la vision janséniste du musicien exilé et réfractaire au faste du Grand siècle (jansénisme : mouvement religieux qui se fonde sur un principe de respect austère de la religion). Ainsi, se mêle une volonté d’ « exhumer » des musiciens inconnus en reconstituant un contexte historique et vivant. Problématique : de quel genre relève Tous les Matins du monde, de la tradition réaliste, ou d’une perspective artistique autre ? Plan : en effet, le récit naît d’une entreprise littéraire réaliste mais aussi et surtout d’une propension à « combler les vides de l’histoire » par une invention poétique voire une volonté discrète de se dire à travers des thèmes et motifs obsessionnels récurrents dans toute l’œuvre de l’auteur … 1. Une perspective réaliste a. Réalité d'une époque et d'un contexte historique : la musique du Grand Siècle • l’art dans le faste de Versailles Quignard ressuscite un contexte particulier, celui de l’art dans le faste de Versailles, au moment où l’église l’utilise comme moyen de conviction pour lutter contre l’église Réformée (la Réforme protestante est une volonté d'un retour aux sources du christianisme qui reflète). Ainsi, le texte fait revivre le Paris contemporain des personnages, Monsieur de Sainte Colombe et Marin Marais, dans une effusion artistique et culturelle. Le romancier rappelle les lieux de la culture, de Saint Germain L’Auxerrois à la chantrerie du Roi ; du milieu poétique à celui de la peinture ; de l’univers théâtral à celui du jeu de paume, et enfin, omniprésente, la musique. • Une approche musicale janséniste Outre le fait qu’il promeut le baroque (mouvement artistique qui prône le mouvement désordonné, la profusion d’éléments décoratifs - ici, dans les improvisations des violistes - des excès et étrangeté), il offre une approche moins exubérante « par la petite porte » de l’approche musicale janséniste. Il s’agit alors de montrer la musique baroque non dans sa technicité ornementale mais dans sa tension toute dramatique : elle permet la communion avec l’au-delà, sous entendu le sacré.
Ainsi, faire revivre cette époque constitue à dévoiler l’opposition entre le musique de cour (de l'éducation des enfants aux représentations musicales et dansées, des sonneries du quotidien pour les repas aux commandes du Roi comme les pièces des cérémonies religieuses, les bals de cour, les concerts plus intimes), et la musique dite « de ville » (les artistes qui ne sont pas mondains affirment leur indépendance et renoncent au faste de la vie de cour). Le roman rappelle parfaitement les enjeux politiques de la musique du grand siècle : soit elle participe du décorum de la cour, soit elle affirme son indépendance sans reconnaissance officielle. b. Réalité de personnes, ressusciter des inconnus « ces effacés au souvenir du monde » (Sur le jadis) Si Quignard se refuse à donner une lecture de l’histoire, il n’en demeure pas moins qu’il « exhume des inconnus » que le cinéaste fait revivre dans le film. Il porte alors son attention sur le musicien Marin Marais et surtout son présumé maître Monsieur de Sainte Colombe. Il s’agit alors d’établir un lien entre la grande Histoire et la petite histoire des personnages. Quignard s’appuie alors sur les textes de Titon du Tillet, qui rédige dans ses chroniques des éléments biographiques avérés et des épisodes plus anecdotiques. Exemple : Le romancier respecte la progression de carrière de Marin Marais abordée par le chroniqueur : les dates de départ de la chorale (en 1672) ; la durée de l’enseignement de Sainte Colombe ; la date de son engagement comme « musicqueur » (en 1676)… Enfin, il cherche dans sa biographie les éléments qui l’interpellent et qui stimulent son imaginaire, dans le sens où l’histoire fait écho à ses obsessions, celui du traumatisme de la mue, celui de l’épisode de l’espionnage sous le mûrier. Dans La Leçon de musique, l’œuvre antérieure qui évoque les deux mêmes musiciens, il reprend le même thème et il restitue littéralement l’épisode de la cachette sous la cabane du violiste en respectant N'attends plus pour la voir en intégralité ! |