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Cours de Histoire-géographie 2de - La démocratie athénienne en débats


Note par nos Maxinautes :  
La démocratie, née à Athènes au 5e siècle avant J.-C, n’est pas un régime qui s’impose à la cité sans donner lieu à débats et prêter à interrogations. Loin de rallier l’adhésion de tous les citoyens, elle suscite de vives critiques.
1. La critique des disfonctionnements de la démocratie
a. Le danger de la masse
L’institution dominante dans l’exercice de la démocratie est l’Écclésia. Il s’agit de l’assemblée de tous les citoyens d’Athènes, une assemblée nombreuse, passionnée, qui discute parfois longuement sur des détails ou au contraire qui passe rapidement sur des questions importantes, engageant l’avenir de la cité.

La psychologie de groupe influe sur les décisions : on suit le plus grand nombre sans oser prendre la parole et s’opposer. La foule, changeant souvent d’avis, est inconstante. Thucydide condamne cette instabilité : « Cet engouement du plus grand nombre faisait que ceux-là mêmes qui n’approuvaient pas, craignaient, en votant contre, de passer pour mauvais patriotes et se tenaient cois ».
b. L'incompétence, le règne de la flatterie et de l'intérêt personnel
L’un des reproches les plus fréquents des adversaires de la démocratie se porte sur l’incompétence supposée du peuple. La masse, peu éduquée, est ignorante et de ce fait incapable de prendre les bonnes décisions. Aristote, philosophe du 4e siècle avant J.-C., disciple de Platon, dénonce cette incompétence populaire : il propose de refuser aux masses l’exercice des hautes charges mais de lui laisser le pouvoir de délibérer et de juger comme l’avait fait Solon.

Les assemblées offrent également des lieux privilégiés pour chercher à régler des conflits privés, se débarrasser d’ennemis potentiels. La démagogie est alors l’attitude adoptée pour flatter le plus grand nombre, satisfaire ses intérêts. L’arme utilisée est le discours qui se doit d’être habile pour mieux manipuler. L’intérêt de la cité passe alors au second plan.

 
Doc. 1. Buste d'Aristote


c. Le rôle du théâtre
Ces critiques du système ou les interrogations sur la nature du régime politique sont très présentes dans les œuvres théâtrales. Le théâtre est le reflet de la vie démocratique de la cité, il doit inculquer les valeurs morales aux citoyens et dénoncer ces travers de l’exercice de la vie politique. L’œuvre d’Aristophane axe beaucoup sur ces règles démocratiques : il dénonce, dans Les guêpes, la manie des procès organisés, les dysfonctionnements de la justice.

Doc. 2. Aristophane

L’Assemblée des femmes offre symboliquement la parole à ces exclues de la vie politique et permet d’ouvrir les yeux sur les excès des orateurs lors des débats à l’Ecclésia. Le poète Euripide offre également, grâce au théâtre, la parole aux femmes :
« Nous sommes, nous autres femmes, la créature la plus misérable. (…) Ils disent que nous vivons une vie sans danger à la maison, tandis qu’ils combattent avec la lance. Piètre raisonnement : je préfèrerais (dit Médée, l’héroïne) lutter trois fois sous un bouclier que d’accoucher seule ».
2. Qui critique le régime démocratique ?
a. Aristocrates et oligarques
L’aristocratie est le gouvernement confié à une élite, littéralement les meilleurs. L’excellence est fondée sur le mérite, le degré d’éducation. Les aristocrates semblent pour certains s’imposer comme les plus aptes à diriger la cité, car eux seuls, disent-ils, peuvent diriger la masse. Ils cherchent avant tout à assurer le bon ordre et la discipline pour garantir la sécurité de la cité. Ils regrettent le désordre populaire et les fragilités de la démocratie dans sa capacité à maintenir l’ordre et l’unité.

L’oligarchie est le gouvernement de quelques uns, le plus souvent riches. Les oligarques critiquent eux-aussi l’incapacité de la masse et présentent la démocratie comme un régime pervers. Pour eux, le pouvoir doit être confié à ceux qui ont les moyens de conduire la politique de la cité. A l’égalité démocratique, ils opposent le principe de l’égalité proportionnelle à la richesse et au rang social. A la différence des aristocrates, plus soucieux du droit, ils n’hésitent pas à tenter des coups de force pour accéder au pouvoir.

En 411-410, ils essayent sans succès de mettre fin à la démocratie. Durant la guerre du Péloponnèse qui oppose Sparte à Athènes, un groupe d’oligarques s’empare du pouvoir et prend des mesures radicales.
Les fonctions de bouleutes (membre du Conseil de la Boulê) et d’héliastes  (membre des tribunaux grecs) ne sont plus rémunérées, ce qui permet d’exclure les citoyens les plus pauvres. Le coup de force ne dure pas et la constitution démocratique est rétablie en 410.

En 404, un nouveau coup d’état est tenté par un groupe de trente oligarques mené par Critias, l’oncle de Platon : on parle de la tyrannie des Trente. Les mesures prises sont encore plus réactionnaires : suppression de l’Écclésia et de l’Héliée, ce qui révèle le mépris de la démocratie.
b. Sophistes et philosophes
Les sophistes ont développé l’art de raisonner grâce à la rhétorique, l’art de parler en public et de défendre un point de vue. Il s’agit, par la dialectique, de s’opposer par l’argument à l’adversaire. Leur méthode vise à développer l’esprit critique et doit favoriser l’esprit raisonné.

Certains philosophes, comme Platon, critiquent les dérives de cet enseignement car il laisse place davantage à la force de persuasion, à l’émotion, qu’à la raison. Ces philosophes quant à eux ne s’opposent pas systématiquement à la démocratie, mais Platon, par exemple, s’interroge sur la compatibilité de la démocratie avec le nécessaire ordre moral devant guider la cité. Il dénonce l’anarchie morale et politique favorisée par ce type de régime.

Doc. 3. Platon


c. Certains jeunes
Les jeunes aristocrates sont impatients de gloire politique alors que les Anciens sont plus soucieux de la tradition, dans la mesure où ils sont toujours honorés du peuple. Les habitudes politiques accordent plus de place à ces Anciens, c’est pourquoi les jeunes se méfient de la démocratie : ils appuient d’ailleurs le coup de force des oligarques en 411 et en 404.
L'essentiel
Système obligatoirement faillible, la démocratie n’échappe pas aux vives critiques de ses adversaires sur l’incompétence et le danger de la masse, le règne de l’intérêt personnel… L’opposition de certains aristocrates, de philosophes, n’empêche pas cependant le régime de devenir un modèle de fonctionnement politique.
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