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Cours de Latin Terminales - Tite-Live, moraliste romain

 
Note par nos Maxinautes :  

1 Une histoire faite par les grands hommes
Pour comprendre l'œuvre de Tite-Live, il faut d'abord considérer que, pour Tite-Live, l'Histoire est avant tout, contrairement à une conception moderne, le fait de figures individuelles et d'êtres d'exception. C'est pourquoi il analyse les réussites et les échecs des grands hommes au regard de leurs qualités morales. Dans la préface de l'Histoire romaine, il déclare : « Ce qu'il faut, selon moi, que chacun observe avec toute son attention, c'est la vie et les mœurs du passé, ce sont les grands hommes et les vertus politiques qui, en temps de paix comme en temps de guerre, ont permis la naissance et l'accroissement de cet empire. »

Pourtant, en règle générale, Tite-Live n'exprime pas directement de jugement personnel sur les grands hommes. Il recourt à des procédés plus indirects et plus dramatiques : le caractère d'un personnage apparaît par exemple dans les discours que tient celui-ci, discours le plus souvent rapportés par Tite-Live avec la plus grande liberté et parfois même inventés de toutes pièces.
Le regard porté sur un personnage par les contemporains qui le rencontrent joue également un rôle très important. Par ces procédés, l'objectivité de l'historien ne semble pas devoir être remise en question. Au cours de la rencontre entre Hannibal et Scipion l'Africain, le général carthaginois affirme que son adversaire compte, avec Alexandre et Pyrrhus, parmi les plus grands généraux du monde, mais qu'aucun d'entre eux n'est comparable à Scipion. Cette anecdote, complètement apocryphe, permet à Tite-Live de caractériser indirectement Scipion.
Reprenant une autre tradition antique, Tite-Live compare les grands hommes entre eux. Ainsi confronte-t-il Fabius Cunctator à Minucius, à Marcellus et à Scipion l'Africain pour mettre en lumière les qualités spécifiques de ce général romain.

2. Masinissa, le modèle étranger
Sur le même principe, Tite-Live oppose les étrangers entre eux, comme par exemple Syphax et Masinissa. Syphax représente la mauvaise foi barbare, alors que la constantissima fides de Masinissa envers Rome fait de lui un étranger idéal, paré de toutes les vertus romaines : c'est un homme respectueux des dieux, un jeune général prévoyant, valeureux et brave.

Sur l'ordre de Scipion, il oublie sa passion coupable pour Sophonisbe et fait parvenir à celle-ci le poison pour se donner la mort. Sa valeur est telle qu'à l'âge de quatre-vingt douze ans, juste avant la troisième guerre punique, Masinissa est encore à la tête de son armée pour défaire les Carthaginois. Il ne fait aucun doute que Masinissa est l'un des grands héros de Tite-Live et, à de nombreuses reprises dans la suite de l'Histoire romaine, son nom est mentionné dans les discours aux peuples orientaux comme l'exemple de ce que doit être un roi allié. Tite-Live le présente comme « de loin le plus grand roi de son temps », un des meilleurs alliés de Rome, ce qui n'est autre qu'une attaque indirecte envers Philippe V de Macédoine.

3. Scipion l'Africain, le modèle romain
Scipion domine le récit de Tite-Live dans les livres XXV à XXX, notamment dans la seconde partie de la guerre d'Hannibal. Pour Tite-Live, il représente l'idéal stoïcien. L'historien prend parti pour Scipion dans les deux grandes controverses de sa vie politique ; le conflit avec Fabius Cunctator sur la stratégie pour terminer la guerre d'Hannibal et le conflit avec la faction de Caton, dont la conséquence fut le retrait volontaire de Scipion dans l'exil.

Cependant, l'historien est sceptique quand Scipion prétend recevoir des messages divins : « Scipion s'imposait en effet par des qualités incontestable et en outre par une certaine manière de les mettre en valeur qu'il avait cultivée dès sa jeunesse : quand il prenait la parole en public, il faisait très souvent allusion à des apparitions nocturnes et à des avertissements divins, soit parce qu'il était naturellement superstitieux, soit parce qu'il voulait qu'on admette sans discussion son point de vue ou son avis. » (XXVI, 19).

De même, Tite-Live discrédite les récits relatifs à la naissance miraculeuse de Scipion. Malgré ce scepticisme, il admire en lui le meneur d'hommes, le manipulateur.
Parallèlement, Tite-Live insiste sur le respect scupuleux des rites religieux par le général romain.

Le patriotisme de Scipion est démontré lorsque, tout jeune encore, il menace des patriciens romains sur le point de quitter l'Italie après le désastre de Cannes : Tite-Live le représente faisant irruption chez Caecilius Mettelus, brandissant son épée sur leurs têtes et leur faisant jurer par Jupiter de ne jamais déserter Rome. Ils jurent tous, « aussi épouvantés que s'ils se trouvaient en présence d'Hannibal » (XXII, 53).

Par ailleurs, l'historien ignore délibérément la tradition historique qui fait de Scipion un homme à femmes : Tite-Live le représente au contraire comme un stoicien accompli, qui enseigne à ses subordonnées l'importance de contrôler ses passions. De même, Tite-Live, peu au fait des questions de stratégie, juge les qualités militaires de Scipion sur un plan uniquement moral. Par exemple, il condamne les embuscades et les ruses, jugées indignes de l'armée romaine : elles sont pour lui assimilées à la tromperie et à la fourberie carthaginoises. Or, l'une des opérations les plus réussies de Scipion est d'avoir mis le feu aux camps ennemis au cours de l'hiver 204/203 : le général romain avait auparavant envoyé des espions pour étudier la disposition des lieux, sous couvert de négocier une paix supposée. Cela embarasse Tite-Live qui réécrit donc l'histoire et invente, dans les revendications de paix carthaginoises, un prétexte quelconque mais légitime pour le général romain de rompre les négociations.

Pour Tite-Live, seules comptent les vertus morales de Scipion l'Africain. Tous les traits compromettants ou dérangeants de son caractère ont été supprimés ou modifiés pour permettre à Tite-Live d'en présenter un portrait édifiant.
La guerre contre Hannibal terminée, Scipion est peu à peu oublié : sa tâche historique est terminée.

4. Hannibal, l'anti-modèle
Le portrait d'Hannibal s'oppose en tous points à celui de Scipion l'Africain. Hannibal est un homme porté par la Fortune à des succès éphémères. Mais, lorsqu'il rencontre Scipion à la fin de la guerre, peu avant la bataille de Zama, Hannibal déclare avoir appris par expérience à faire confiance en la raison plutôt qu'en la fortune. Comparant la position avantageuse de Scipion à celle qu'il occupait lui-même à l'époque de Trasimène et de Cannes, il l'invite à retenir la maxime stoïcienne : « Plus on est heureux, plus on doit se défier du sort. » (XXX, 30).
Même si Tite-Live concède des qualités à Hannibal, comme son endurance, son courage ou son autorité, il stigmatise chez le général carthaginois l'impiété, la sauvagerie et surtout l'orgueil, sans jamais mettre en valeur son sens supérieur de la stratégie militaire.
L'essentiel

On le voit, les convictions morales et patriotiques de Tite-Live le conduisent naturellement à présenter les grands hommes romains comme l'incarnation parfaite des grandes vertus stoïciennes, comme la prudence, le courage, la justice et la modération.
Pour ce faire, l'historien n'hésite pas à insister sur les traits qui l'intéressent et qu'il souhaite mettre en lumière, quitte à omettre ou déformer les autres. C'est bien sous l'emprise d'un grand projet politique, moral et philosophique, et non par erreur, que Tite-Live a incontestablement réécrit à sa façon l'histoire de Rome.

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