AccueilAccueil
Maxicours.com, Le N°1 du soutien scolaire sur Internet

Cours de Français Terminale L - Lorenzaccio : l'auteur et son oeuvre

 

Toutes les matières 

cours de Français 

Terminale L 

Lorenzaccio : l'auteur et son oeuvre

Note par nos Maxinautes :  

Objectifs
• Comprendre l’influence de la vie de Musset sur son œuvre : ses aspirations et désillusions personnelles articulent son œuvre et en constituent une source d’inspiration majeure.
• Comprendre les enjeux littéraires, historiques et politiques de la pièce.
1. Alfred de Musset, un « enfant du siècle »
a. Portrait
 
Doc. Portrait d'Alfred de Musset, Charles Landelle, 1854

Dramaturge et poète français du 19e siècle, Musset est traditionnellement rattaché au mouvement du Romantisme français, bien qu’il n’en partage ni tous les goûts ni tous les choix. Son œuvre se distingue par sa fantaisie, sa singularité et son audace, et dépasse tout cadre théorique et toute contrainte d’ordre stylistique. À cet égard, Musset s’est toujours refusé à traiter de théorie littéraire.
« Je ne voudrais pas écrire ou je voudrais être Shakespeare ou Schiller », confie Musset à 17 ans. Cette admiration pour la liberté créatrice de Shakespeare révèle un désir d’absolu qui se conjuguera avec une vie tourmentée et un tempérament inquiet et complexe.
b. Biographie
1810 : Musset naît à Paris dans une famille de petite noblesse aisée qui lui donne le goût de la littérature.

1819-1828 : élève au lycée Henri IV à Paris, il réussit brillamment sa scolarité et écrit ses premiers vers. Il entreprend des études de droit et de médecine qu’il abandonne, préférant se consacrer à la littérature. Commence alors une vie mondaine.

1829 : il fréquente les cercles littéraires romantiques (Nodier, Victor Hugo). Suivent ses premières publications dont Contes d’Espagne et d’Italie en 1829, un recueil poétique.

1830 : sa première pièce, La Nuit vénitienne, essuie un échec cinglant lors de sa représentation. Musset refuse désormais de laisser jouer ses pièces qu’il destine uniquement à la lecture et non plus à la représentation. Sur le plan politique, Musset prend sans doute part à la Révolution de Juillet en 1830.

1833-1835
: période marquée par sa liaison mouvementée et douloureuse avec la romancière française George Sand (de son véritable nom Aurore Dupin). Leur liaison s’épanouit en Italie puis, de retour en France, s’ensuit une série de ruptures violentes qui marqueront l’œuvre de Musset d’une empreinte lyrique.

1834 : publication d’œuvres majeures comme la pièce On ne badine pas avec l’amour et surtout Lorenzaccio, drame romantique et chef d’œuvre du genre.

1835-1838 : commencent des années productives. Publication des Nuits (La Nuit de mai, La Nuit de décembre), œuvres poétiques célèbres. Paraît également La Confession d’un enfant du siècle, roman autobiographique dans lequel Musset évoque le « mal du siècle » qui touche sa génération (les désillusions d’une jeunesse qui se trouve impuissante dans une société sans perspective).

1848-1853 : Musset remanie certaines de ses pièces afin qu’elles puissent être jouées (excepté Lorenzaccio). Il est élu à l’Académie Française après deux tentatives échouées.

1857 : Musset s’éteint le 2 mai 1857 dans la solitude après une triste fin de vie, épuisé par de multiples excès, une santé fragile, et une inspiration déclinante.
2. L'oeuvre
a. Genèse
Une intrigue florentine, de Varchi à George Sand
La pièce de Musset est inspirée de faits historiques qu’on retrouve chez Benedetto Varchi, historien italien, chargé de rendre compte de la vie florentine du 16e siècle. Varchi rapporte ainsi dans son Histoire de Florence, le meurtre d’Alexandre de Médicis, duc et tyran de Florence par son cousin Lorenzo de Médicis. Celui-ci fuit la ville après son acte pour finir tué à son tour 11 ans plus tard à Venise. L’action se déroule en pleine Renaissance, en 1537.
Ce texte inspire à George Sand, trois siècles plus tard, une courte pièce de six scènes écrite en 1831, Une conspiration en 1537. Jugée peu aboutie, la pièce ne sera pas publiée. Sand décidera d’en faire cadeau à Musset au début de leur liaison en août 1833.

Musset et la naissance de Lorenzaccio
Malgré l’échec de sa première pièce en 1830, Musset ne renonce pas au théâtre. De la pièce de George Sand, il conserve les cadres de 5 scènes et s’en inspire. Mais la pièce de Musset ne doit pas être réduite à un simple prolongement de celle de Sand.
Comme d’autres auteurs romantiques, il est fasciné par le mythe italien (ses premières œuvres en portent la marque). Il multiplie les sources d’inspiration, s’imprègne de la littérature italienne de la Renaissance, lit des ouvrages historiques et même touristiques. La pièce est presque achevée avant le départ en Italie avec George Sand. Elle sera publiée en 1834 mais ne sera jouée sur scène qu’en 1896, bien après la mort de Musset (la censure sous Louis-Philippe n’aurait d’ailleurs sans doute pas permis sa représentation).
b. Un drame romantique
Une œuvre emblématique
Le genre du drame est caractéristique du Romantisme. Les années 1830-1834 voient la publication de grands drames français (composés par Victor Hugo, Alfred de Vigny et Alfred de Musset). À partir d’Hugo qui théorise l’écriture dramatique dans sa préface de Cromwell (1827), les règles de l’écriture classique volent en éclat. Lorenzaccio est emblématique de cette libération des contraintes d’écriture.
Musset va plus loin et s’affranchit des contraintes scéniques. Depuis 1830, il a renoncé à faire représenter ses pièces et opte pour « un spectacle dans un fauteuil » :

Il fait éclater la conception traditionnelle de l’espace : l’action se situe tantôt au palais d’Alexandre, tantôt dans les faubourgs de Florence, tantôt à Venise. La pièce est composée de multiples tableaux (39 au total) qui révèlent les différents aspects de la vie florentine, à la manière d’une chronique.
Il abandonne l’unité d’action : des actions secondaires (centrées tantôt sur la famille Strozzi, tantôt sur la Marquise de Cibo) se mêlent à la principale (le meurtre d’Alexandre par Lorenzaccio).
Des scènes brèves se juxtaposent et peuvent créer une impression de discontinuité. Mais ces libertés, conjuguées à la profusion des personnages et à la variété des tons, contribuent à la richesse et à la fantaisie de la pièce.

Un héros romantique
Lorenzaccio peut être considéré comme un héros romantique. Le titre de l’œuvre renvoie au surnom du personnage (de son véritable nom Lorenzo) donné par le peuple florentin, surnom composé d’un suffixe méprisant qui place au cœur de l’action, la déchéance du personnage.
C'est sa dimension tragique qui lui confère le statut de héros romantique : les véritables motivations de son acte sont relativement inconnues. Désillusionné, Lorenzaccio va au bout de son projet mais ne semble rien attendre de ce meurtre qui résonne pour lui comme un suicide. Enfin, Florence n’est pas libérée puisque ce tyrannicide est un acte isolé qui ne permet pas un changement politique.
Surtout, Lorenzaccio apparaît comme un personnage mystérieux, un héros complexe et contrasté. Il est pétri des obsessions de Musset : une personnalité double, une tendance à la débauche, et une forme de pessimisme politique et religieux.
c. Un drame historique et politique
La Florence des Médicis
L’arrière-plan historique et politique constitue un enjeu important. L’œuvre présente une intrigue de palais classique : le projet de meurtre doit débarrasser la ville de Florence de son tyran, Alexandre de Médicis, et d’un pouvoir corrompu, perverti et illusoire, fondé sur l’exclusion du peuple et de la jeunesse, scandalisés par l’atmosphère de débauche qui règne dans la ville. En 1537, Florence est une oligarchie : les familles aristocratiques se partagent le pouvoir sous la protection pesante de deux puissances, le Pape et l’Empereur d’Allemagne, Charles Quint. Des rapports de force s’installent. Alors que le Pape et Charles Quint soutiennent les Médicis, les Républicains sont soutenus par François 1er.

De Florence à la France du 19e siècle
Musset exprime à travers cette œuvre des problèmes qu’il fait siens. La Florence de 1537 est une métaphore de la France des années 1830. Les lecteurs de 1834 perçoivent la parenté de l’intrigue florentine avec l’actualité en France : la Révolution Républicaine de 1830 a échoué (Révolution de Juillet), laissant les révolutionnaires frustrés par l’arrivée au pouvoir de Louis-Philippe 1er qui instaure une nouvelle monarchie, la Monarchie de Juillet. Musset, témoin d’une jeunesse désabusée, cible le vide et le mensonge des discours politiques de son époque. Rappelons l’influence de Shakespeare et son théâtre historique qui s’interrogent sur le fondement du pouvoir et la possibilité de détrôner ou tuer un roi (Hamlet, Richard II).
Lorenzaccio
révèle l’articulation d’un destin individuel à un questionnement collectif, et s’impose comme une œuvre teintée de scepticisme, voire de pessimisme, tout en exprimant une forme d’ironie distanciée propre à Musset.
L'essentiel
Musset, affranchi des règles classiques du théâtre, livre une pièce qui est l’expression d’une fantaisie et d’une intensité dramatique qui reflètent pleinement les aspirations de son époque. Si elle est souvent considérée comme son chef d’œuvre et le symbole du Romantisme français, c’est sans doute parce qu’elle est avant tout à l’image de son auteur, complexe et multiple.
Sa couleur historique, ses résonances politiques et la profondeur psychologique de son héros en font une œuvre audacieuse qui annonce à plusieurs égards le théâtre contemporain.
Cette fiche de cours t'intéresse ?
N'attends plus pour en voir d'autres !
Lorenzaccio : l'auteur et son oeuvre 4/5 basé sur 62 votes.
Vous êtes ici :
Première visite
Je m'abonne !